XL. — UNE AlTîtE ADJUDICATION
Après la paix de T>lenlino, où l'on avait stipulé le dépouillement des objets les plus rares de l'.ome, qui ne suffisaient
(I) Ce chapitre et te chapitre suivant nous attirèrent de la Roinagne une lettre anonyme très-acerbe dans liquelle on nous demande ce qu'ont à faire avec l'histoire d'ibaldo ees deux articles stupides? — Nous répondrons: peignant dans cet ouvrage la situation de l'Italie vers la fin du dernier siècle, e' les conséquences des œuvres des sociétés secrètes qui détruisent tout ce qu'elles touchent sans jamais rien réédifier, nous ne pouvions, ni plus brièvement, ni peut-être, plus vivement décrire les suites rapides de l'invasion républicaine en Italie, que nous l'avons fait clans cette plaisanterie, qui est bien plus sérieuse qu'elle ne parait l'être ! Ceux qui travaillent à la troisième révolution du Mazzinianisme l'ont compris et en ont enragé; pourquoi lesautresue le comprennent-ils pas? (L'auteur.)
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pas encore à la cupidité des républicains, l'ie VI dut, — ainsi qu'il éiait arrivé quelque temps auparavant aux chefs desauires États de l'Italie, — s'adresser à la générosité des princes et des seigneurs romains, qui vendirent une grande partie de leur argenterie, véritables trésors artistiques, pour pourvoir aux besoins de celte cruelle position. Il arriva par hasard que l'abbé Di Pielra entra dans la sacristie de Castelfidardo, gros bourg de la Marche d'Ancône. L'abbé Di Pielra était un vieillard excessivement instruit, assez bouiru, ayant un esprit trèsfin et une langue bien pendue; il marchait toujours avec un chapeau à claque sous le bras, porl.mt ses cheveux roulés à gros canons et couverts d'un demi-boisseau de poudre, qui se répandait sur une grande casaque à l'ancienne mode, descendant jusqu'à ses mollets; il était gros, trapu, au cou très-court, avec un menton à trois étages; sa face paraissait fichée sur un bastion. Dès que les chanoines, qui étaient sur le point d'entrer au chœur, virent apparaître l'abbé, ils l'entourèrent c n lui demandant :
— Eh bien ! quelles nouvelles, abbé Di Pietra ? fait-on cette paix? que dites-vous?
— Ce que je dis? la messe des morts.
— Comment ! mais ce malin c'est double de première classe et vous voulez nous dire la messe des morts? qu'a-t elle à f lire, la messe, avec le traité de paix qui se discute à Tolenlino entre les agents du pape Pie et ceux du Directoire? Vous plaisantez toujours, vous.
— Je ne plaisante pas le moins du monde : vous vous apercevrez que ce sont les républicains qui plaisantent": messe de ihorl, vous dis-je.
— Expliquez-nous le logogriphe; nous n'en devinons pas le mot.
— La paix de Tolentino, dit l'abbé Di Pielra, en frappant la lorre avec le bout de son jonc : la paix de Tolentino a été
■ conclue par l'outrecuidance républicaine qui a fait la guerre au pape pour le dépouiller de ses Etats, trop heureux sous son gouvernement paternel, sans impôls, sans vexations, jouissant d'une liberté pacifique : le directoire en a eu envie paicc qu'ils étaient riches. On a fait la paix, après une guerre injuste <H c'est pour cela que j-1 l'appelle une messe de morl
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pour l'Italie, c'est-à-dire une messe sans Introït, sans Gloria, sans Credo, et avec un Offertoire qui n'en finit pas. Sans Introït* parce que la guerre a arraché les vergers, les vignes, les arbres, les orangers; qu'elle a foulé aux pieds les avoines, dér voré tous les fruits, dévaste les oliviers, renversé les digues, tué les troupeaux , volé les bestiaux , brûlé les villages et les châteaux, pressuré les paysans et les citadins, fermé les ports, rompu les ponts, arrêté le commerce, saccagé les villes, dépouillé les églises et chippé les trésors des sanctuaires et des Mionts-tle-pii'té.
Sans Gloria, puisque les Italiens se sont laissé égorger par les étrangers Comme des agneaux, ce !ant aux premières menaces, tremblant à la vue des premières épées, fuyant comme l'enfant qui, la nuit, a peur du bahou , buhou; tombant, comme dit le Vénitien, colle braghesse in titan, sans montrer le visage; de sorte que les républicains ont raison de nous appeler : CAGOTS D'ITALIENS. — Comprenez-vous, mes iiès-chers, ce français-là? En bonne langue vulgaire, cela signifie que nous sommes de petites gens faits de chiffons et de fromage mou, capables seulement de bavarder, mais fuyant pour aller... vous savez où, à la première rencontre. Au fait, en voyant comment Venise, Milan, Florence sont tombées, il y a de quoi ne plus oser lever les yeux devant les autres nations : et ces républicains en guenilles nous crachent au nez, nous foulent aux pieds, nous dépouillent jusqu'à la chemise ; nous n'avons désormais pour nous couvrir que notre courlehonle (I).
Sans Credo. Lorsque les Italiens croyaient véritablement à la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, ils avaient le cœur et le bras forts, les pensées grandes et vigouieuses; ils aimaient la pairie, ils étaient prudents et puissants, ils se faisaient honorer, respecter et craindre des étrangers. Tous
(I) Les républicains français conduits par Bonaparte eurent très-peu de rencontres avec les Italiens; mais dans ces quelques rencontres, qui furent plutôt des escarmouches que des batailles, les soldats italiens s'enfuirent comme des lièvres, et les Fiançais purent se promener l'arme au bras depuis t'arme et Venise jusqu'à Naptes, sans la moindre opposition par le défaut d'entente et la pénurie de chefs: on a vu clairement, dans les guerres de Napoléon en Espagne, en Allemagne et en Russie, quelle a été la valeur des Italiens mené.- au combat par des capitaines expérimentés. (L'auteur.)
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les Étals de l'Europe ont vu, à la ligue de Cambrai , si Veuise était la danseuse, la chanteuse, la joueuse, la sirène de nos jours, ou si elle était la femme forte, capable de résister à (nus les chocs ; les Turcs l'ont vu aussi ; les Français l'ont appris, lorsque Jules II les repoussa au delà des Alpes: on l'a vu aux grands siècles de la foi : les Conrad , les Henri, les Barberousse ont vu ce que savait faire l'Italie croyante ! maintenant que nous sommes inondés de jansénistes, de voltaii iens, de francs-maçons, nous sommes restés comme les souris, pris sous la première petite secousse de la souricière ! Un peuple qui n'a plus de Credo n'a plus de valeur. Pour plus de honte, ces lâches francs-maçons italiens, qui ont vendu leur patrie pour une misérable bouchée de gâteau, se font appeler patriotes! Patriotes? Appelez-les plutôt parricides; car, en trahissant lâchement la patrie, ils lui ont ravi sa gloire, sa paix et sa liberté; ils ont désolé, appauvri et réduit à néant <'es familles entières; l'Italie est devenue une pauvre mendiante, en guenilles, abjecte, esclave, servante et blanchisseuse du Directoire exécutif; et lorsqu'elle croyait en sa sainte mère l'Église, elle était la reine, l'impératrice de ses tyrans ! Avec un Offertoire qui n'eu finit plus! voyez quel offertoire: il est pour les républicains videurs de caisses. Les commissaires dépècent, écorchent et désossent l'Italie » Dieu sait comme! Des millions du duché de Milan, des millions de Venise, des millions de Turin, des millions de Florence, des millions de Lucques, des millions de Gènes, des millions de Hume, des millions de Naples; il y a tant de millions que, si vous les réunissiez, vous auriez une pyramide d'écus plus large et plus haute que celle d'Aménophis 1", qui est la p!us grande de toutes les pyramides d'Egypte. Et tous ces millions accumulés par l'Italie, pendant tant de siècles d'art, d'étuue, de commerce, de gloire et de bonheur, le Directoire les a avalés d'un Sfi»I trait, comme on avale un œuf à la coque : vivent les francs-maçons ! vive l'incrédulité ! Et le jeu, je le crois bien , n'est pas encore terminé. Ces gens-là, après nous avoir volé les millions publics, nous voleront les millions privés : ils nous voleront le pape, ils nous voleront les rois, ils nous voleront nos enfants qu'ils enverront se faire tuer Dieu sait où; tout ce que nous avons de beau partira pour Paris, et ici, où le*