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étrangers venaient de toutes les parties du monde pour admirer nos chefs-d'œuvre anciens et modernes, on ne viendra plus voir qu'un cadavre, que dis-je ! un squelette prêt à tomber en poussière , et ces étrangers diront avec stupeur et dégoût : Uœccine est Ma Italia , si riche, si belle, remplie de tous les bonheurs! — Et ils s'enfuiront en se bouchant le nez avec horreur ! S'il plaît à Dieu qu'un jour elle ressuscite, qu'elle se rhabille un peu, qu'elle se pare de quelques bijoux, nous verrons alors les enfants de nos francs-maçons, if importe comment on les appelle, envier de nouveau à leur pjtrie de sJètre restaurée ; nous les verrons chercher, comme ils le font déjà sous prétexte de liberté, à la replonger toute nue dans la boue, où ils la frapperont à mort!
Voilà, mes chers chanoines, voilà ma messe des morts, l'avez-vous entendue? êtes-vous satisfaits?
Les chanoines se regardèrent en face avec étonnement, puis ils entrèrent au chœur où ils entonnèrent avec tristesse: Deus, wi adjutoriùm mettra intende. Domine, ad adjuvandum me festina. — Oh ! qu'ils avaient raison de chanter l adjutoriùm divin en pleurant ! les assassins de 1 Italie festinaient pour la désoler.
Sur la place on avait déjà préparé la palissade en planches et l'échafaud pour une autre enchère : le crieur se rinçait la bouche pour se dérouiller le gosier : assise dans son fauteuil, la république française tournait autour d'elle des regards sombres et courroucés, et avait à ses pieds une montagne de diplômes, d'arbres généalogiques, de titres, de privilèges, d'armoiries blasonnées au champ d'or et d'argent, d'azur et de gueules; drapées, dentelées, échiquetées; à écussons écartelésà trois, quatre et six quartiers; à branches, surmontés; avec des ailes, des lions, des léopards, des licornes, des ours, des serpents, des hippogriffes, des harpes, des barres, des étoiles, cies lyces, des lambels et mille autres insignes de noblesse avec les pennons, les cors, les haches, les épées, les casques à cimiers, les couronnes de ducs, de marquis, de comtes, de vicomtes, de barons, de chevaliers, de vavasseurs et de baillis.
La république française regardait dédaigneusement cette avalanche de titres de noblesse sur laquelle elle cracha avec dépit, l'éparpillant d'un grand coup de pied : se tournant vers
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le cricur, elle lui ordonne impérieusement de commencer : celui-ci se secoua comme un caniche sortant de l'eau, se redressa, levant la main, et dit :
— Peuples de rit:ilie, la république de France abolit tousles titres de noblesse et déc'are hautement la Liberté et l'Egalité. Il n'yauraplus ni marquis, ni comtes, ni barons; tous las hommes sont nobles lorsqu'ils sont libres et citoyens : il n'y a pins de titres d'excellence, d'illustrissime, de chevalier. Citoyen, voilà le seul litre honorifique de tout le monde. Lesanciens juristes, qui étaient des adulateurs, disaient : Plus la noblesse est ancienne, plus elle est solennelle; la noblesse est la gloire des nations, le lustre des cités, la défense du trône. — Maintenant, la fabrique des trônes est fermée ; donc il n'y a plus besoin de soutien et la noblesse peut aller se coucher. Ces ordres privilégiés rompaient l'équilibre social et les plateaux de la balance n'étaient jamais d'aplomb : maintenant tout doit passer sous le niveau de la nature. Depuis mille ans la Justice ne pouvait passer que par les ruelles sales et dépavées du menu peuple, dans les impasses cl dans les cours des miracles: si elle rencontrai Ipar hasard un palais, elle fermait les yeux ouïe sautait à pieds joints. Si elle se fût jamais avisée d'avancer la tête près du seuil de ces superlies et sévères édifices, elle trouvait le pont-levis dressé sur ses chaînes, ou bien elle voyait la grande porte barrée par une énorme chaîne de bronzf tenJue entre deux hautes bornes de granit : si elle avait osé faire un pas en avant et montrer son visage, une troupe de bravi, de bandits, de gardiens à la livrée du comte ou du marquis, le lui eût cassé à grands coups de bâton, et la pauvre Jus lice s'en serait retournée, accommodée aux petits oignons .
— Mais de ces palais, s'écria un artisan, sortaient au&sides bienfaits et des aumônes; uous autres ouvriers nous trouvions toujours là du travail et du pain : les peintres peignaient ; les tapissiers ornaient, les ébénistes faisaient de tiès-beaux et très-riches meubles ; les maçons, les serruriers, les menuisiers, les doreurs, les tailleurs, enfin tous les artisans de n'importe quel métier y gagnaient leur vie et étaient protégés de père en fils depuis des siècles. Maintenant que vous nous enlevez tous nos seigneurs, qui nous soutiendra ? ces grattepapiers de procureurs, ou bien ces faiseurs d'emplâtres de
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petits médirai lions qui n'ont pas le. sou et qui sont assez insolents pour vouloir jeter à bas les nobles et se mettre à leur place ? ils nous laisseront crever de faim ! Ces gens-là savent prendre, mais ils ne donnent jamais : ils s'installeront dans les palais au lieu et place des maîtres et y feront àesribottes soignées. Ils crient à présent contre les diplômes et les arbres généalogiques; mais laissez-les traîner leurs guêtres dans les palais et vous verrez qu'ils vous auront bientôt déterré des parchemins qui, depuis plus de mille ans, les avaient créés ducs du Fumier et comtes de la Crotte; ils se fabriqueront des arbresqui, de branche en branche remonteront jusqu'au marmiton de Charlemagne qu'ils appelleront le Grand Sénéchal!
— Tais-toi, insolent, hurla le crieur. La république française vous prend les nobles, mais elle vous fait libres et égaux.
— Même à table, n'est-ce pas? dit un savetier; même dans la bourse? si nous n'avons pas celte égalité-là, le titre de citoyen ne nous mettra pas nos haillons à neuf.
— Braille tant que tu voudras; nous autres, nous agissons. — Voyons, les amis : je mets à l'enchère toute la noblesse, qui en veut? qui en désire? faites-vous servir; faites votre mise. Voyez que d'insignes, que de croix, d'étoiles et de cordons; il y en a un tremblement. — Voici d'abord un jeune marquis, c'est un beau garçon bien bichonné, bien pomponné, qui sent bon comme une cassolette. Qui en veut ? à deux centimes le marquis : mettez dessus. — Il se la passe douce; il se lève à midi, il fait sa toilette pendant deux heures et va faire des visite-; en voiture jusqu'à l'heure du dîner; au commencement de la soirée, il entre au café; plus tard il se rend au spectacle dans sa loge d'avant-scène; sortant de là il va jouer au pharaon où il coupe hardiment et tourne la carte du paroh avec aisance : il est très-heureux sur le cinq ; il double; il fait son va-lout : il perd cent, deux cents, trois cents sequins sans changer de visage, sans perdre un instant son gracieux petit sourire; il est très-habile au biribi, à la bassette, à la roulette; enfin, c'est un charmant joueur. — Qui en veut ? celui qui l'aura g ignera un lerne à la lolerie : il peut vous rapporter mille sequins dans une nuit.
— Et la nuit d'après, dit un mercier, il vous décavé et vous laisse en chemisel
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— Citoyens, ce paquet de comtes, on le donne pour pas grand'chose : ce sont des gens du beau monde qui vivent sans souris et laissent aller Teau an moulin ; ils ont été de fameux compagnons dans leur temps; maintenant, comme voua le voyez, il y en a quelques-uns d'un pou vieux, un peu gros et un peu flasques. Mettez les devant une bonne table et vous ▼errez comme ils sont vaillants contre les perdrix, les becfigues, les cailles, les chapons, les petits pâtés chauds, les nougats, les biscuits, la pâte feuilletée et les chatteries; c'est un plaisir que de les voir triomphe» à double mâchoire ! ils ont presque tous raffolé des plus célèbres cantatrices de leurs jours et des nôtres; celui-là a fait des folies pour la Faustina et pour laCuzzoni; celui-ci pour la Mingotti, pour l'Astrna, pour la Bastardella et pour la Mora; cet autre pour la C.rnssini et ponrlaTodi : ce petit jeune homme rempli de pirfon:s donne tout ce qu'il a pour la Vicentina, élève célèbre de Paechiarotti : quanta la Gabrielli, tous tant qu'ils sont, jeunes et ■vieux, ils ont été pour elle, comme des Rolands furieux. — Combien de sequins se sont envolés ! que de rouges boutonnières n'a-t-on pas faites aux gilets, dans les duels! que de larmes ont été lépandues, à seaux, à barriques : on a exhalé des soupirs de quoi faire tourner les ailes d'un moulin à vent ! — Voyons, qui vient acheter tout le tas? l'acquéreur n'entendra plus chez lui que des chants mélodieux, des cadences, des gargouillades, des traits et des roulades de rossignol.
Voici une grande baronne. Croyez moi, si vous voulez; mais elle a près de soixante ans et vous ne lui en donneriez pas vingt-six ou \ingt-sept : dame ! elle a tant de rouge, tant de blanc de céiuse sur la face; elle a si bien bouché tous les sillons de ses rides; elle a si bien couvert avec des mouches tous ses petits boutons, ses taches de rousseur et ses furoncles ! c'est une femme qui sait bien employer son temps : pensez donc ! quatre heures h sa toilette et c'est fini :1e soir, à la veillée, elle joue aux dés jusqu'après minuit ; elle perd de belles pièces d'or, qu'elle sait rattraper par d'autres moyens. Dans son bon temps, elle accordait sa haute protection aux virtuoses; le Scarlatti, le Porpora, le Giomelli, le Sacchini, l'Anfossi, le Caffariello, le Gizielo et tons les autres grands inaîties qui depuis cinquante ans font la gloire de la scène
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italienne. C'est une Aspasie digne de la vieille Athènes : qui veut être son Périclès, son Alcibiade? qu'il sera donc heureux, celui-là !
J'ai là également cette jeune dame : voyez comme elle est pâlotte, languissante et maniérée : elle, est toujours étendue sur un sopha, entourée d'eaux de senteur, d'essences, d'élher, de sels ; elle craint les vents coulis; son thermomètre est toujours à 18 degrés: elle est enveloppée dans de précieuses fourrures en zibeline, en souris du Canada, en écureuil de Laponie; elle a autour d'elle des écharpes du Thibet et de Cachemire; vous la croyez malade ou malingre ; non vraiment : si vous la voyiez aux bals, aux soirées, dans les mascarades ! vous la prendriez pour une amazone, une pandoure, une cosaque : par un froid de douze degrés au-dessous de zéro, elle n'est couverte alors que d'une gaze légère, et très -souvent, elle oublie de jeter sur ses épaules une petite écharpe en dentelles. — Qui veut la jolie petite dame? elle est mijaurée, dédaigneuse et un peu grognon, elle n'est près pie jamais contente de quoi que ce soit : elle change de femme de chambre tous les samedis, de valets de pied tous les quinze jours et de cocher tous les mois : en somme, elle est bonne comme du pain frais; c'est un cœur de sucre, une âme de miel rosat. — qui en veut; qui veut avoir le bonheur de la posséder dans sa maison?
— Mais en voilà une autre, c'est une vicomtesse théologienne, philosophe, poète, bas-bleu! elle a toujours à la bouche Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Hobbes, Helvétius, Montesquieu et tous les autres théologiens de notre siècle. Quelle femme ! c'est un prodige de science, de prudence et de savoir! elle ne croit ni à Dieu, ni à l'àme, ni à la vie future ; elle dit que notre béatitude est tout à fait pareille à celle des bêtes, et la bande de francs-maçons qui l'entourent, s'écrie : C'est vrai, archivrai; c'est tout à fait ça ! l'homme et le chien 6ont frères ! — Hein, quelle sublimité de pensées! quelle profondeur de philosophie ! — qui en veut, de la vicomtesse? — Celui qui l'aura n'aura plus peur, ni des piètres, ni des moines, ni de l'enfer !
Citoyens, voici maintenant un lot de sigisbé, des cavalieri servent! : achetez-les : ce sont des gens très-purs, fuyant les
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mauvaises occasions, pleins de respect pour le saint sacrement du mariage ; ils sont le bon exemple de l'Italie, l'édification du monde.
— Oui, oui, excellente marchandise pour chauffer mon fuur, cria un boulanger.
— Non, non, dit un Lucquois: il vaut mieux en faire des barils pour y mettre des olives et des fruits confits que les marchands de Lucques et de Florence achèteront et paieront très-cher; ou mieux encore, en faire des demoiselles que les paysans de Nice voitureront la nuit, à dos d'âne, pour ne pas nous empester!
— Italiens, continua le crieur, voulez-vous d'autres nobles? ils sont d'antique lignée, ils payent leurs dettes à coups de cravache; ils veulent toujours avoir raison et tous ceux qui ont le malheur de les offenser ou de les ennuyer, n'ont jamais besoin du médecin ni de l'apothicaire, car ils disparaissent tout à coup, partant pour l'autre monde sans passe-port. — Je dis donc, qui en veut? de ces hommes de canapé, à la vie douce, commode et aisée, qui s'écoule aux dépens des artisans, des fournisseurs, des cuisiniers, des valets, des cochers, qui sont toujours bien repus, bien habillés, chamarrés d'or et de soie : qui veut de ces nobles ! à six blancs, les rouges et les blancs!
Pendant que le crieur s'égosillait à pousser l'enchère de la noblesse italienne et qu'il prêchait à pleine gueule la liberté et l'égalité ; on vit tout à coup se dresser sur une élévation en face de lui, un homme de haute taille, d'un aspect grave et doux à la fois; son front était large et ouvert; ses manières étaient pleines de grâce et de décence. A peine eut-il paru sur la place, que la multitude cessa de rire bêtement aux plaisanteries du crieur; toutes les têtes se découvrirent et tous les visages prirent un air de respectueuse curiosité. C'était le Vénitien Francesco Pesaro, procurateur de Saint-Marc, celui-là même qui avait si bien parlé devant le sénat, en faveur de Ja neutralité armée ; qui avait donné de si sages et si fermes conseils à la patrie qu'il avait illustrée par son savoir et son courage et qui l'aurait sauvée, si mens non lœva fuisset, si les patriciens francs-maçons ne l'avaient pas trahie et si le sénat avait voulu écouler ses reproches, plutôt que les flatteries des autres I
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Lorsque Francesco Pesaro eut vu se rétablir le calme, il tourna tranquillement les yeux sur cette foule compacte qui le contemplait; puis il fixa son regard de lion sur la figure ébaubie du crieur, lui fil impérieusement un geste de silence et lui dit d'une voix haute et majestueuse :
— Tais-toi, misérable, cesse de déchirer la noblesse italienne qui ne pouvait recevoir d'affront plus sanglant que celui de passer par ta bouche impure et sordide. Ta république, née dans la fange, grandie dans le sang, nourrie avec l'or qu'elle avait volé aux nobles, ne pouvait se mentir à ellemême et devait insulter les victimes de ses fureurs après les avoir jetées dans sa fange naive qui avait produit un ver si puant et si venimeux. Mais ta république peut bien traîner dans sa fange les insignes glorieux des nobles; la noblesse, jamais : la noblesse est dans l'âme et dans le génie : l antiquité de race, l'opulence des patrimoines, la magnificence des palais, l'étendue des domaines, la splendeur des titres ne sont que des ornements extérieurs assujettis aux vicissitudes de la fortune qui,aveug'e et capricieuse, peut les donner aux plus lâches ribauds sans les ennoblir jamais; car la vraie noblesse est un don du ciel et non du sort; c'est une céleste lumière, c'est un rayon de Dieu, noble par essence. C'est la source de toute distinction, de toute courtoisie; la valeur, la magnanimité, l'élévation et l'excellence des sublimes esprits qui s'élevèrent généreusement au-dessus des bas et lâches sentiments d'une vile cupidité, parlent de cette source. La noblesse tend à ce qui est bon, à ce qui est juste, à ce qui est beau, à ce qui est grand ; sans ces qualités elle n'est plus qu'une lie immonde et une turpitude ; qu'on la pare du titre de duc, de comte ou de baron, elle seia toujours ignoble et plébéienne.
Tu as mis à l'encan les vices de quelques hommes titrés, mais non les nobles; car ces gens-là, en s'abandonnant à la lâcheté, ont perdu toute noblesse : les tities de marquis et de comte ne sont que des mots ; la noblesse est une chose vraie et réelle.
Ta sale république n'est point capable de c mprendre mon raisonnement; parmi les siens, il n'y a que le vainqueur Bmaparte qui le comprenne; celui-là, sous les semblants du
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démocrate, révère la noblesse ; il sera le premier à la restau rer ; il en environnera son trône qu'il élèvera sur la carcasse morte de la démocratie. Bonaparte voit et comprend qu'une nation sans noblesse, est un sac de noix sans liens, d'où elles se répandent partout pour disparaître sous la griffe rapace de la canaille affamée.
Bonaparte connaît l'histoire ; il a appris dans l'histoire que la noblesse seule a la vertu de défendre la patrie dans la guerre et de l'illustrer pendant la paix : il îetrarde l'Italie; il y voit des républiques et des royaumes et il a observé que, soit les grands de la couronne, les patriciens des républiques aristocratiques, ou les citadins des républiques populaires, ce sont eux seuls qui ont rendu l'Italie le plus beau et le plus illustre pays de l'Europe. Tons les monuments sacrés et profanes qui l'ont l'émerveillement del'étiangerqui les visite, ont été créés, édifiés et dirigés par les nobles italiens.
Regarde, malheureux, regarde Venise; vois Milan, Gênes, Florence, Naples et Rome ; tout ce que tu vois de somptueux dans les temples, dans les palais publics, dans les tours, dans les hôtels, dans les musées des arts libéraux, dans les hospices de bienfaisance, tout est l'œuvre de la noblesse, quel que soit le nom que tu lui donnes. Et tu oses, Italien renégat, vendre à l'enchère l<'s oisifs, les coureurs de femmes, les emprunteurs, les dissipateurs, les joueurs et les débauchés sous le nom de nobles; ces gens-là sont plus plébéiens et plus vils que toi-même, car lorsqu'à la mauvaise conduite, se joignent la richesse, la parenté et les complaisants, les excès ne sont que plus grands et plus dégoûtants : appelle-les donc la plèbe des nobles, et vends les trente pour un liard, puisqu'ils ne peuvent servir qu'à engraisser la vigne ou à repaître les corneilles et les vautours.
Pendant que ce noble courroucé défendait si hautement et si courageusement la cause de la véritable noblesse, la république française se leva furieuse, et, après avoir secoué la houppe de son bonnet phrygien, cl'e dit avec une bouche pleine d'écume et de bave infernale :
— Si nous étions à Paris, aristocrate superbe, je t'aurais déjà fait rentrer dans la gorge ton insolent discours, en «'accrochant à une lanterne : moi, qui ai déeflfHlé et exterminé
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•les rois, des princes, des ducs et des dynastes, je n'arriverai pis à faire tomber le nom d'aristocratie? Oui, je l'enverrai dans les déserts avec les serpents et les bêles féroces ! Oh, oh ! Bonaparte, dis-tu, aspire au trône? il veut restaurer la noblesse ? qu'il essaye ! je suseiteraj contre lui Moreau, Pichegru, Cadoudal et tous les autres enfants de la révolution. S'il parvient à donner un corps à ses projets ambitieux, j'aurai recours à l'illuminisme Germanique, père de toutes les révolutions : il ne mmquera pas d'arts secrets, de moyens assez puissants pour lui casser la couronne sur la tète et renverser sur lui ce trône qu'il aura dressé sur mes ruines, et mon ombre menaçante le poursuivra partout jusqu'à ce qu'il ne trouve plus de terre sous ses pieds (1). S'il me chasse de l'Europe, je me sauverai en Amérique et, à travers les Andes, du sommet duChimboraço,je sonnerai ma trompette, prêchant si fort la liberté et l'égalité, qu'on m'entendra au Mexique, au Pérou, au Brésil, au Chili, au Paraguay et jusqu'aux embouchures de la Plata et à la Terre de Feu.
Après avoir prononcé ces féroces paroles, la république commanda, pour le lendemain, l'adjudication des maisons et des propriétés de l'Église, en disant :
— Morts les monarques, la noblesse et les congrégations religieuses, la liberté et l'égalité pourront commander librement en Italie sans la moindre opposi'ion (2).
(i) La république a tenu parole : la maçonnerie aida grandement Uonaparte et donna des ailes à son génie pour qu'il sortit vainqueur des plus rudes et des plus dangereuses entreprises; mais des qu'il voulut devenir le maître, l'illuminisme lui suscita les puissances ennemies du Nord qui se réunirent pour le combattre, lui enlevèrent le Irène de France, le défirent et le réduisirent à néant. Depuis cet instant Dieu permit a l'illuminisme d'opprimer le monde et d'être l'instrument de son éteruelle justice, offensée par l'infidélité et les péchés des chrétiens. (L'auteur.)
(i) Les ordres religieux furent abolis plus tard, d'abord dans les provinces italiennes dont on avail l'ait îles départements français; ensuite dans tout le reste du royaume d'Italie. Aucun des actes de l'invasion de 1799 à 1910, ne fut plus mortel que cette abolition et la vente de tous ces biens qui étaient un riche dépôt national auquel les Ltats italiens avaient recours dans leurs plus pressants besoins. Ceux qui connaissent les histoires d'Italie, comprendront parfaitement celte vérité; qu'on se rappelle combien de fois les papes pourvurent aux besoins nationaux avec les subventions de l'Église. L'Italie n'a plus, maintenant, dans les nécessités publiques, le moindre secours; elle ne peut recourir qu'à l'impôt extraordinaire sur les simple* citoyens. Le» richesses du