L>E AUTRE ADJUDICATION
A ces mois, la république descendit de son siège et alla faire ripaille autour de sou arbre, dans les tavernes, dans les tripots, dans les lupanars où les francs-maçons italiens payaient sa dépensera caressaient et aiguisaient son poignard pour qu'elle pût l'enfoncer plus profondément dans les entrailles de leur patrie.
En attendant, ces satellites couraient sur les places, dans les palais, dans les églises, effaçant avec la pointe d'un couteau les armoiries, les insignes des monarques et des seigneurs : à Venise et dans toutes les villes de terre-ferme on abattait le lion et ils s'étaient tellement acharnés à cette besogne qu'ils se faisaient descendre avec des cordes, par-dessus les créneaux des plus hautes tours, pour y effacer l'empreinte du lion de Saint-Marc. On montait avec des échelles aux clefs de voûte des grandes arcades de toutes les immenses portes des villes pour l'abattre à coups de pic, et à Vérone, voulant effacer le lion de l'arche du pont de navires qui est sur l'Adige, ils forgèrent une grande cage en fer dans laquelle ils enfermèrent un tailleur de pierres, pour qu'il eût à démolir l'insigne fatal, et la canaille, à chaque fragment qui tombait, criait :
— Bravo! bene! vive la république !
A Turin on effaçait la croix de Savoie; à Florence on détachait les boules des Médicis ; à Milan on décapitait l'aigle bicéphale; à Modène on abattait l'aigle blanc de la maison d'E>te ; à Parme on rasait les fleurs de lys des Bourbons ; les clefs de Saint-Pierre dans les villes de la Romagne, faisant aux insignes glorieux de tous les princes de l'Italie le même affront que nous avons vu faire à Rome, en 1848, par les mazziniens aux aigles impériaux arrachés avec fureur du palais de l'ambassadeur d'Autriche.
On lit la même chose aux armoiries des maisons nobles,
l'Église étaient le véritable trésor du peuple, le lustre national, le soutien toujours prêt pour les besoins de l'État. Tout a disparu, non-seulement en Italie, mais dans toute l'Europe catholique : les conséquences de cet horrible vol sacrilège sautent aux yeux des hommes religieux, tout aussi bien qu'à ceux des politiques les plus expérimentés : en attendant, la masse des impies et des imbéciles prend pour un événement heureux ce qui n'est qu'un désastre qui constitue la banqueroute irréparable de la nation.
lit IIIALH0 ET 1RES! .
sculptées dans les ch ipe!!e= particulières sur les sarcophages et les tombes ries morts, sur les demeures des vivants, sur les fontaines, sur les aiguilles des clochers et même sur le piédestal des statues élevées par la reconnaissance de la patrie à ses plus glorieux et plus magnanimes citoyens.
Les nobles durent effacer leurs écussons des panneaux de leurs voitures, des piques de leurs laquais et de leurs concierges ; des plaques de leurs gardes forestiers, de leurs gardes champêtres, de leurs courriers ; des boulons de leurs domestiques et même ceux qui étaient tissés dans les galons qui bordaient la livrée des valets de pied auxquels ils furent forcés de faire porter la cocarde tricolore au chapeau. Malheur au gentilhomme qui eût osé porter le ruhan ou l'étoile de chevalier ; un va-nu-pieds, payé par les républicains, les lui eût arrachés immédiatement du cou ou de la poitrine.
— Savez-vous? criaient les mendiants, se grattant au soleil : maintenant nous sommes tous égaux, tous citoyens actifs, pouvant aspirer au trône ; il n'y a plus de noblesse qui vaille : les marquis, les comtes et les barons, on en fait des fagots: oh ! la belle chose ! nos vieillards ne se doutaient pas d'un bonheur pareil : il fallait les républicains et leurs frimousses pour abattre l'orgueil de ces messieurs. Tous égaux! entendez vous? —
En attendant ils se grattaient comme des malheureux ; ils se secouaient pour échapper aux morsures des anglais qui se promenaient dans leurs haillons.
Pendant qu'ils bavardaient d'égalité à tort et à travers, un riche patricien charitable vint à passer ; ces misérables gredins. prenant un visage de circonstance, tendirent la main et dirent d'une voix pleurarde :
— Excellence, la charité, s'il vous plaît, pour l'amour de Dieu.
Le gentilhomme répond :
— Citoyen, à présent nous sommes tous frères.
— Excellence, cela n'est pas, reprenaient ces coquins : ceux qui le disent sont des canailles, Votre Excellence est marquis, et nous, nous sommes de pauvres diables ; Votre Excellence est bien habillée, et nous, nous sommes en guenilles ; Votre Excellence a une bonne table, et nous n'avons
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que du pain dur cl noir: enfin Votre Excellence est riche, et nous sommes pauvres. La charité, Excellence, pour l'amour de Dieu !
— Pourquoi neme la demandez-vous pas pour l'amour de la république ?
— Parée que c'est une mauvaise voleuse ; si elle savait que Votre Excellenee nous donne un sou pour l'amour de l'égalité, elle nous le volerait et nous laisserait mourir de faim. Ce qu'il y a de plus beau, c'est que la république nous promettait monts et merveilles; elle disait qu'elle faisait tout pour le
bien du peuple, tandis que la s b nous a enlevé
tous les moyens de payer notre pain ; elle ne nous en donne pas, et si nous mendions dans la rue, elle nous fait empoigner et nous f... en prison. M.... pour la république, parlant par respect de Votre Excellence. Nous étions beaucoup mieux avant: on a voulu nous faire rois, et notre royaume est celui d'Arlecchino finto principe, de la comédie.
TLI. ARCHE, TEL FIUIT.
La république Française avait fait annoncer pour le lendemain, la mise en adjudication des moines, des frères, des vierges du Seigneur avec toutes leurs possessions et les maisons dans lesquelles, depuis tant de siècles, ces âmes, se mettant à l'abri des orages de la merde ce monde, se réunissaient pour louer, prier et bénir Dieu. Mais l'heure funeste de l'exécution de cet abominable décret n'était pas encore inscrite au livre du divin conseil : nous vîmes, au contraire toutes ces républiques jacobines, qui devaient être éternelles. disparaître, après n'avoir vécu que de la vie éphémère des insectes : et lorsque Bonapaile s'embarqua pour voler à la conquête de l'Egypte, Kray et les Allemands, Souwaroff et le? Russes alliés, nous les vîmes descendre en Italie a\ec l'im-
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pétuosité des aquilons et balayer en un instant toute cette fange républicaine. Dans l'intervalle il était arrivé en Piémont bien du nouveau : le roi Victor-Amédée 111 était mort et Charles Emmanuel IV lui avait succédé : les républicains piémontais, par une suite de soulèvements, avaient mis le royaume dans une bien triste position; battus et dispersé» par les troupes royales à Ornavasso, ils n'étaient poinl éteints : ils firent si bien, qu'ils poussèrent Ginguené el Brune, ministres français, à exiger qu'on leur livrât la citadelle de Turin. Non content de ce cruel abus de pouvoir, le Directoire envoya le général Joubert pour envahir le Piémont et forcer le roi à abdiquer; le magnanime Charles- Emmanuel, s'y étant formellement refusé, se vit forcé de partir par le voleur républicain : en quittant le royaume, Charles s'embarqua pour la Sardaiyne ; arrivé devant Cagliari, il protesta hautement contre la violence qu'on lui avait faite, et quelque tempsapiès, céda son royaume à Victor- E umanuel, son frère.
Dans le courant de ces tristes événements, le comte d'Al mavilla qui, après la trêve de Cherasco, était revenu de Venise à Turin, vivait oublié, avec toute sa famille, dans sa villa près de Chieri d'où, tant que le roi eut une ombre de pouvoir, il venait de temps en temps à la cour revoir ses amis, et converger avec le ministre Priocca qui lui donnait souvent des leçons de celte mâle et ferme constance si profondément enracinée dans la poitrine de ce grand homme d'État. Mais d'Almavilla était un de ces individus, si nombreux, qu'ils encombrent le monde, qui admettent les principes des choses dont ils ne voudraient pas subir les conséquences. Ces genslà ont la prétention de se jeter dans le feu sans s'y brûler; de sortir sous la pluie sans se mouiller, de prendre de l'émétique sans vomir : si le feu brûle, si l'eau mouille, si la médecine dérange l'estomac, ils se tapent la tète, en s'écriant tout étonnés :
— Ça ne devait pas aller comme cela ; c'est une trahison; oui, monsieur : cela devait marcher tout autrement; ce n'est pas ma faute ï
Ces sottes exclamations, ces oh ! ces ah ! tous ces hélas ! on nous les corne aux oreilles depuis cinquante ans, dans toutes