‹ Ubaldo et IrèneChapitre 38 sur 94 · TEL AIIBMK, TEL FRUIT. 53J · texte numérisé non relu

TEL AIIBMK, TEL FRUIT. 53J

par la crainte de Dieu, qui est la base de l'obéissance et du respect envers les parents, le remède contre les passions naissantes, le soutien de l'innocence, la source de la charité et de l'amour de toutes les vertus. Ta Laurelta ne s'est nourrie que d'une trompeuse philosophie, qui fomente les mauvaises affections, l'amour-propre, la fureur de la liberté, une f;iusse idée de ses droits et la haine des devoirs de chrétienne et de 011e soumise et affectionnée. Avec de pareils enseignements, elle est tombée victime de la séduction en se trahissant ellemême; elle a taché sa noblesse; elle a porté dans sa famille la honte et le malheur.

— Mais, mon ami, comment sais tu qu'elle a contracté un mariage clandestin? et ha mère n'en a rien su? a-t-elle bien promis cette dot exorbitante? est-ce que c'est aux filles

maintenant d'assigner le chiffre de leur dot? depuis quand

mais tu vois bien que toutes les filles à marier pourraient dire: — J'ai tant, et ne pas avoir le sou ! mais Lauretta est encore mineure; je suis vivant, j'ai femme et enfants; qui a donc le droit de me dépouiller avant ma mort?

— Tu me poses là beaucoup de questions à la fois; je vais tâcher d'y répondre par ordre. Sache d'abord que ce mariage est un fait accompli; Nardos en le déclarant à l'ambassadeur lui a dit qu'ils étaient convenus de se trouver ensemble à la paroisse, d'y surprendre le curé et de procéder en présence de deux témoins. Ta Lauretta, sous le prétexte de se faire inscrire au scapulaire de la sainte Vierge, donna au curé le faux nom de Caroline Fulk, s'engagea et disparut. Le curé rendit compte à l'archevêché; on chercha partout cette Fulk iont on n'eut jamais ni vent ni nouvelle; mais sur la déposition de Nardos, on trouva sur le livre des inscriptions du Carmel ce nom de Caroline ; on fit appeler les témoins, qui prêtèrent serment et on démêla le fil de cette intrigue.

— Mais, mon cher Grimaldi, ce mariage est nul, puisque la personne est supposée.

— Elle est supposée dans le registre de la paroisse, mais non dans le mariage; parce que Laurelta et Nardos se connaissaient et que les deux témoins étaient présents et qu'ils étaient au courant de l'affaire; Lauretta étant de la paroisse, le curé n'avait pas besoin de la connaître.

— Je veux bien t'accorder cela, inais ça n'a aucune conséquence pour ce qui concerne la dot: qu'ils soient marié?, au diable: mais ils n'auront pas le sou: le curé peut lier les personnes, mais il ne peut pas délier les bourses. Dans quel code trouvera-t-on que le père doive se soumettre aux volontés d'une fille folle et perverse?

— Quant à cela, la raison est pour toi : c'est clair comme le soleil ; mais le code de la violence n'a rien de commun avec celui de la justice. Je t'accorderais même, si tu y tiens, qu'ici ce n'est pas seulement de la violence, mais que c'est un vol bel et bon: penses-tu pour cela, mon pauvre Edouard, que ces larrons te donneront gain de cause? Ne t'y trompe pas : il te faudra bouleverser ton patrimoine, vendre comme tu pourras une de tes plus belles propriétés et verser en or et argent bien sonnant et ayant cours ces cent cinquante mille francs qui partiront en compagnie de ta fille. H n'y a pas le plus petit mot à dire. — Si tu veux venir avec moi à Turin chez l'ambassadeur, nous allons partir.

— Cela n'est pas possible; il faut que je parle à Lauretta et à Virginie: demain je serai chez toi : prie l'ambassadeur de m'excuser. Il faut aussi que je me présente aux triumvirs de notre république, pour savoir s'il leur convient que les étrangers assassinent de la sorte et sans obstacles les citoyens à l'ombre de la loi

— Tu perds ton temps, mon ami. La loi du plus fort est la seule justice qui règne maintenant en Piémont: les trois Charles, qui ont chassé notre bon roi de son royaume, nous gouvernent en tyrans et secondent les Français pour nous voler et nous ronger jusqu'à l'os.

On passa au salon : le comte Grimabli trempa deux rôties dans le café, remonta en voiture et repartit pour Turin. La pauvre Irène toute tremblante était accourue vers son frère pour lui apprendre à la hâte la colère du comte : elle l'exhorta à le voir, à lui parler avec une grande douceur, afin de conjurer l'orage : Dieu viendrait à son aide avec sa divine grâce ; elle irait prier et supplier la sainte Vierge et les bons înges gardiens de son frère et de son père : elle tâcherait d'être présente à l'entrevue pour calmer, s'il était possible, le xmrroux paternel.

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