TEL AKBKE, TEL FRUIT
Lorsque Grimaldi fut parti, le comte monta furieux chez sa femme qu'il trouva avec Irène, qui de son côté venait pour informer sa mère de ce qui s'était passé dans le jardin. Se tournant vers sa fille, d'Almavilla lui dit d'un air terrible : Sors d'ici, et fais immédiatement appeler Lauretta.
Irène sortit à la hâte et le comte dit à sa femme avec une ironie mêlée d'une profonde colère :
— Très-bien, madame ; merveilleusement bien! nous avons des noces dans la famille, et vous, madame la profonde politique, vous n'en dites rien au maître de la maison : au moins vous nous ferez goûier aux dragées et aux bonbons, je pense !
— De quelles noces, mon cher Edouard, et de quelles dragées me parlez-vous? je ne vous comprends pas.
— Comment! vous ne savez pas que Lauretta est mariée, bah ! vraiment? mais vous êtes la cause de ce mariage; car vous l'avez tant tourmentée, qu'elle s'est abandonnée au désespoir et qu'elle a épousé ce casse-cou de Nirdos pour se soustraire à vos griffes de belle-mère.
Que le lecteur s'imagine quelle dut être la terrible peine du cœur de Virginie lorsqu'elle apprit cette fuue&te nouvelle ; toutefois, pour ne pas augmenter la fui eur de son mari et lui faire voir sa faute, elle ajouta immédiatement :
— Ce casse-cou, dites-vous? je trouve cela bien singulier : avez-vous donc oublié tout le bien que vous m'avez écrit de cet homme, lorsque je vous prévins de ce qui se passait, quand vous étiez à Venise? C'était alors un parfait honnête homme, immensément riche et de grande naissance; vous m'imposâtes alors avec menaces que je n'eusse point à mettre empêchement à cette union excellente. Comment donc avezvous tellement changé d'avis?
— Je vous disque c'est un misérable, un voleur, la ruine de notre maison, notre honte, notre opprobre
Lauretta entre tout à coup et demande à son père :
— Mon ami, que me veux-tu ? quelle moucheté pique? vite, vite ; papa t'appelle. — Voyons ; tu as l'air en colère : mais dépêche-loi, car en ce moment j'ai affaire.
— 11 ne s'agit pas de me dépêcher, madame Caroline Fu!k : voyons, parions fiauchemeni. EjI-K vrai que vous
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ayez épousé le vicomte de Nardos, à Sainte-Thérèse, sous le Taux nom de Fulk?
— Vous êtes fou, H. le comte d'Almavilla :qui vous a donné une pareille bourde à avaler? qu'est-ce que c'est que Fulk ? Si nous étions après dîner, je dirais que vous avez pris quelques verres de nebbiolo de trop.
— Lauretta, s'écria Virginie avec force; est-ce ainsi que l'on parle à son père?
— Je ne vous parle pas, madame ; mais je dis à mon père qu'il rêve; que je ne sais pas un mot ni de Caroline, ni de Charlotte, ni de Sainte-Thérèse, ni de mariage. Si j'étais mariée, j'en saurais bien quelque chose, je pense.
— Tu t'es mariée en contrebande, reprit le comte ; il est inutile de le nier; cette canaille de Nardos te demande avec les cent cinquante mille francs que tu t'es donnés en dot : il présente les deux témoins ; il raconte la ruse dont tu t'es servie envers le curé en te faisant insérer au scapulaire du Carmel : il a fait appel à l'ambassadeur de la république qui fait un bruit d'enfer, me faisant citer et réclamant la dot argent Comptant.
— Puisque vous êtes si bien informés, je n'ai plus rien à vous cacher : oui, je suis la femme du vicomte de Nardos; j'ai usé de mes droits inaliénables de nature : le jeune homme m'a plu, il m'aime, je suis libre de mes volontés et de mes affections, je l'ai épousé ; il m'appartient et personne n'a rien à y voir.
— Qu'il t'appartienne, peu m'importe ; mais quant à la dot que tu t'es donnée, c'est une autre affaire : tu es mineure; tes parents sont vivants et tu n'as rien à toi.
— Je ne sais pas ce que j'ai à moi : je ne me suis point assigné de dot; j'ai dit seulement que, lors de notre voyage dans le Tyrol, tu me disais en causant que je pourrais avoir1 en dot la somme dont j'ai parlé : voilà tout.
— Comment se fait-il alors que cet homme exige maintenant cette somme de moi? je puis bien t'avoir dit, à celte époque, quelle serait la fortune que tu pourrais avoir, non comme dot, mais comme héritage, en y comptant les biens maternels et les espérances sur la tante Marianne que nous avons perdues, puisqu'elle a tout laissé en mourant à l'hôpi-