I.E DEPART. 2 if
paroisse : elle le suppliait tendrement de veiller sur sa file dans cette grande ville si pleine de pièges et de séductions. I^lle engagea fortement et chaleureusement Laurel la à aller voir ce bon prêtre, à son arrivée en France, et à suivre ses sages conseils. Elle lui dit de ne pas oublier qu'elle avait un père, une mère, un frère et une sœur qui l'aimaient sincèrement et dont les cœurs la suivaient dans son exil; qu'ils avaient oublié, qu'ils lui pardonnaient tout le mal qu'elle leur avait fait et qu'ils n'y penseraient plus dorénavant ; qu'elle eût donc à recourir à eux en toute confiance :
— Ah 6i tu deviens mère, disait-elle, lu verras, Lan retta, que le cœur maternel ne peut jamais manquer à ses enfants î je prie Dieu qu'il te tienne en sa sainte garde et que ton ange gardien le guide et l'acompagne. Aime le Seigneur, Lauretla: il est si bon, si doux, si tendre dans son amour envers ses créatures; il les soutient dans sa providence: il les dirige avec tant de bonté; son bras tout-puissant les défend avec tant de force, qu'aucun adversaire ne pourra jamais les perdre si elles mettent en lui toute leur confiance.
Pour la première fois de sa vie, Lauietta écoutait ces enseignements maternels avec la commotion intime d'un cœur de 11 lie : elle pleura, elle demanda même le pardon de ses fautes à sa mère; elle promit de se conduire avec sagesse et de suivie en tout ses désirs et ses conseils. Dans les derniers jours elle ne pouvait se séparer d'Ubaldo et d'Irène; elle les traitait avec une affection fraternelle, qui redoublai' leur chagrin de la voir partir si vite, pour aller si loin, sans leur laisser beaucoup d'espérance de la revoir. En voyant que leur père était courroucé et chagrin à cause de la trahison de sa fille, de l'infamie de Nardos, de l'injustice de l'ambas ^adeur, et de la ruine de son patrimoine, ils cherchaient tous les moyens de le calmer et de l'amener à p irdonner à Lauretta ; mais le comte resta ferme en disant qu'il ne voulait plus la voir. Ubaldo se jetait à ses pieds; Irène mouillait ses mains de larmes; la pauvre Virginie se désolait : les amis suppliaient; mais tout était inutile: son âme était trop cruellement frappée: l'amour-propre et le dépit de savoir qu'il était la cause de ses malheurs, ne lui permettaient pas d'écoHler les consolations de la clémence.