II
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La veille du départ arriva au milieu de 1 amertume do ces passions et de tous ces bouleversements, toute la maison était dans une confusion et dans une tristesse mortelle. L'avocat avait déjà fait emporter chez Nardos tout le bagage de Lauretta qu'il avait aidé à placer dans les coffres de la voiture;; les chevaux étaient commandés pour onze heures du lendemain. Le soir, tous les gens de la maison étaient entrés, perplexes et taciturnes, chez Lauielta pour baiser la main à la mariée: les vieilles femmes elles-mêmes étaient muettes; mais on soupirait, on pleurait, on sanglotait partout. L'abbé Leardi qui pendant tout ce remue-ménage, avait été le conseil, le guide et la consolation de Virginie et qui avait, par une longue expérience, proposé au comte les partis les moins ruineux dans ses ventes et ses emprunts, se trouvant ce soir-là dans les appartements de Lauretta, il paraissait absorbé dans de profondes réflexions.
— Voilà, se disait-il en lui-même, de belles noces pour la fille aînée d'une aussi grande maison ! Un mari qu'on ne p>ut pas laisser approcher; le père renfermé dans sa chambre, qui ne veut pas la voir; la mère éprouvant une agonie de souffrances; les frères affligés, les gens de la maison consternés; l'épouse déchirée par les remords, abandonnant le palais où elle est née et qui la voit partir seule, sans l'escorle des parents et des amis, sans l'appui du bras matrrncl, sans la bénédiction de son père : la honte de sa faute l'acompagnera seulement ! — Sera-t-elle heureuse ? Dieu bénira-t-il une union qui a coûté tant de chagrins et tant de larmes à ses parents? les brillantes fantaisies qui tourbillonnaient dans celte cervelle nourrie de romans, enflammée par des affections folles et privée de la crainte de Dieu, ne se changeront-elles pas en larmes funestes de repentir trop tardif et en pressentiments qui deviendront, hélas ! une terrible réalité? Comme je voudrais que les jeunes filles pussent se voir en présence de ce triste exemple de Lauretta !
Le lendemain, midi avait sonné : la comtesse Virginie, L'baldo et Irène, qui avaient tenté les derniers efforts pour amener le comte à revoir et à bénir Lauretta, étaient assis autour d'elle silencieux et tristes et attendaient l'arrivée de la voiture de Nardos comme on attend le prêtre et les por-
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tours qui viennent enlever le cercueil tjui renferme un défunt Itien-aimé. Les femmes de service, curieuses de voir le nouveau marié, s'étaient mises aux fenêtres du rez-de-chaussée pour le lorgner au passade ; les domestiques étaient à la grand'porte ou sous les arcades de la cour : les marmitons avec leurs tabliers relevés sur la hanche, se tenaient à moitié cachés derrière les piliers : à chaque bruit de voiture qui passait dans la rue, toutes les tètes se montraient: le voilà ; non, c'est la voituie de la maison Prunei; l'autre est de la maison d'Azeglio; celle-ci est de la maison la Marmora. — Une heure sonne ; une heure et demie; personne n'arrive.
— Qu'est-ce que ce retard ? dit l'abbé Leardi, qui étail avec les autres chez Lauretta. Comtesse, envoyez Raph.iël chez Nardos pour savoir ce que cela veut dire; qu'il passe par Saint-Philippe ; on doit arriver par là.
Raphaël partit et revint en disant que la remise était fermée, qu'on n'avait pas su de portillons; qu'il était monté dans la maison où il avait demandé le vicomte de Nardos; qu'une femme lui avait répondu qu'il n'avait pas couché celte nuit-là à l'hôtel; qu'elle avait appelé à haute voix Thibault: alors un gros homme à ligure rébarbative était arrivé ei avait répondu d'un air inquiet :