‹ Ubaldo et IrèneChapitre 50 sur 94 · XI. III — LES CORNEILLES · texte numérisé non relu

XI. III — LES CORNEILLES

Dans lés larges plaines de la Lomhardie, entre Lodi et Cicmoue, se réunissent soin ent, en hiver, de grandes troupes de corneilles qui battent les bords des canaux de l'Addaet volent le long des amples fossés qui environnent ces champs immenses et ces prés où elles se nourrissent de fruits tombés, d*î carcasses d'animaux morts et de toutes les autres pourritures qu'elles trouvent à foison dans les étangs et duns les marais. Les paysans ont une singulière façon de les attraper, qui donne envie de narguer et de plaindre à la fois ces vilains oiseaux criards et de mauvais augure. Ils en prennent cinq ou six au trébuchet, ils les étendt-nt sur le dos au milieu des prairies, ils leur écartent les ailes, qu'ils clouent fortement avec deux pieux, contre la terre, comme on dit que fut cloué jadis l'antique Prométhée, sur la roche du Caucase, et ils les laissent la poitrine et les pilles en l'air.

Vous pensez bien que, clouées delà sorte, les malheureuses corneilles doivent gambader et pousser d'étranges cris de douleur et de rage et que ces cris aigus et furibonds doivent remplir un large espace d'atmosphère. Les p aysaris dressent une petite cabane de branchages tout près de leurs prisonnières et ils s'y cachent, en embuscade. Les autres corneilles qui volent par la contrée, à peine ont-elles entendu les croassements de leurs camarades qu'elles s'élancent à leur secours, elles font un bruit infernal autour des captives et se démènent dans les airs comme des forcenées; la pauvre corneille clouée, à la vue de ses charitables compagnes, cesse de crier ;

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elle gémit tout bas., tourne l'œil avec tristesse, tord sou cou et a l'air de se recommander. Alors la plus généreuse s'abat sur elie pour l'arracher au supplice, la remettre sur pied et la faire s'envoler : mais dès que la prisonnière voit l'autre auprès d'elle, elle la saisit avec ses pattes, lui plante les griffes dans la poitrine, la mord et la tenaille si bien, que la malheureuse libératrice se met à son tour à crier, à se démener, à se débattre, à se défendre; l'autre redouble de cris et de fureur, travaille des ongles et du bec ; vous n'avez jamais vu de lutte .plus désespérée. L'oiseleur sort de sa cachette, débarrasse la nouvelle venue des griffes de sa compagne et la fourre dans un sac où elle étouffe; puis il rentre sous sa fouillée où il attend l'amusement d'un nouveau combat : toutes ces charitables, mais stupides bêtes, poussées par le désir de délivrer la prisonnière, s'en approchent et en sont toutes accueillies de la même façon. Le paysan les met dans le sac et souvent il doue qu«b)iies-unes des libératrices qui, à leur tour, déchirent, inordentetmalirailent celles qui viennentà leur secours. Si jamais comparaison entre deux choses ressemblantes a été juste, c'est bien celle des corneilles et des pauvres mondains qui, dans l'espoir de se délivrer, enlacent les autres avec une alternative de douloureux efforts et plus les uns lentent de s'y soustraire, plus les autres les accablent et les tiennent enchaînés sous leurs étreintes mortelles. Ou se débat, on se ronge, on frémit, on crie; maison ne peut se sauver; la mort enfin, qui se tient aux aguets, les délivre des griffes du monde et les entasse dans les ombres du sépulcre. (Je qu'il y a de plus étrange dans tout ceci, c'est de voir que les pauvres mortels, se sentant cloués à terre et voyant que les autres volent librement, se recommandent tellement, que les imprévoyants, guidés par une fausse pitié, s'approchent de trop près et restent pris dans les serres de ces malheureux, victimes eux-mêmes de ceux qu'ils voulaient sauver. L'expérience ne leur apprend rien : ils se croient trop savants; ils pensent que l'intelligence humaine peut atteindre les plus hautes régions, et lorsqu'ils s'imaginent voler au-dessus des nuages, ils tombent lourdement dans les abîmes de leur faiblesse. En ceci on peut encore les comparer aux corneilles prises d'une autre façon.

2(î* UBAI DO fcT lltr.NK.

Les paysans de la Lombirdie creusent dans les prairies où abondent les corneilles, plusieurs trous, au fond desquels ils déponent des cornets de gros papier, contenant un morceau de vieille viande et dont les bords sont englués. Les corneilles, attirées par la puanteur, fourrent la tête dans le cornet qui s'attache à leur cou. Klles veulent retirer leur tête, mais elles emportent le cornet qui les aveugle, et leur vol, droit jusqu'auprès des nues, s alterne sans cesse sans aucune direction jusqu'à ce que, fatiguées et étourdies, ne pouvant plus se soutenir, elles tombent comme un paquet sur le pré où elles res-tent moulues et brisées. Les sages du siècle, qui croient s'élever aux plus sublimes régions, ne s'aperçoivent point qu'ils ont ravi un morceau de viande pourrie, et que le cornet englué qui les aveugle, les fera tomber aux pieds du chasseur, qui rit malignement de leur vol et de leur culbute !

Pour en revenir à notre propos, nous devons dire que le comte d'Almavilla avait laine brisée par mille angoisses et qu'il était abattu et vaincu par tous ses malheurs ; il avait beau regarder autour de lui, il ne voyait que de plus grands et de nouveaux tourments dans l'avenir. L'affection extraordinaire qu'il avait toujours eue pour Laurette venait mêler au ressentiment qui le rongeait cruellement, le profond regret de l'avoir perdue, car elle entraînait avec elle toutes les folles espérances que son imagination avait caressées. Il avait le portrait de sa fille suspendu aux parois de son cabinet : autour de ce portrait étaient accrochés des tableaux contenant les plus beaux papillons et les plus belles fleurs que Lauretta lui avait donnés. Cette vue contrislait son cœur paternel et il ne pouvail se consoler de ce départ si prompt, advenu sous d'aussi tristes auspices. Le sort de sa patrie, abîmée par les guéries et courbée sous la perfidie de l'étranger, le laissait sans espoir ; sa fortune avait grandement diminué ; sa femme lui était à charge; ses gens ne l'aimaient point; Icj hommes raisonnables ne l'estimaient plus; tout le monde se moquait de lui. Il souffrait, il gémissait, il vivait dans la solitude, toujours de mauvaise humeur, toujours mécontent : il entrait dans de fréquentes colères; rien ne le consolait, sa tristesse ne trouvait nulle part ni sympathie, ni soulagement. Comme il advient à toutes les âmes sans vertu qui ne savent

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ni modérer leur joie dans le bonheur, ni se résigner dans la mauvaise fortune, d'Ahnavilla, au lieu de se retrancher et de trouver des consolations dans la tendresse de ses deux enfants, les rudoyait de plus en plus et se lâchait de les voir si doux et si pieux, car c'était pour lui un reproche : ce qui aurait dû panser la hlcssure que Lauretla lui avait faite, n'était donc pour lui qu'un sujet d'irritation qui l'envenimait; et comme nous l'avons vu faire aux corneilles sur la prairie, il tourmentait ses enfants, espérant se délivrer de ses peines en les empêchant de s'envoler vers Dieu.

Plongé jusqu'au cou dans l'amertume des événements qui lui étaient arrivés récemment, le comte ne s'était pas occupé jusqu'alors de la vocation d'Ubaldo; mais un matin, après déjeuner, dès que les jumeaux eurent quitté l'appartement, se tournant vers sa femme et vers l'abhé Leardi, il dit, en secouant la tèle d'un air de mauvaise humeur :

— Dans cette maison, il n'y a plus moyen de goûter de repos : tout y est sens dessus dessous : je ne saurais trouver de consolations auprès d'aucun de ses habitants; mais pour de l'ennui, du dégoût, du dépit, j'en trouve de quoi en remplir des sacs ! que le diable soit! maintenant que, selon madame Virginie, Voltaire et toute sa suite en sont sortis avec Lauretla, il y est entré, non pas quelque chose qui vaille, mais des capuchons et des cagoules de Paeomes et d'Hilarions, oui m'empoisonnent depuis les combles jusqu'aux caves, avec une puanteur monacale qui empesterait le camphre et le musc eux-mêmes !...

— Mais il ne vient ici ni religieux, ni moines, répondit doucement la comtesse; je vous prie de me dire quand vous en rencontrâtes un seul sur nos escaliers, dans nos appartements. Oh ! dans cette maison on respire trop d'air profane pour que les serviteurs de Dieu s'y acclimatent.

— On n'en voit pas, dites vous, madame? on en voit à mon

grand dépit, on en voit un qui est revêtu de ma propre chair

et qui a le sang des AIrmvilla dans les veines, sang qui n'est

pas aussi lâche que le vôtre ; ce moine-là se couvre de mes

habits, mange mon pain et demeure sous mon toit: mais je

jure bien que, tant que je vivrai, aucune tête d'Almavilla ne

r'cncauuchonnera. Vous pouvez vous glorifier, abbé Leardi, 11. 23

2»>6 l'BALDO ET IP.ENE.

d'avoir élevé ce beau eh impion de cellule et d'ermitage.

— Uonsieurle comte, répondit résolument l'abbé, soyez asseï

bon pour parler net et clair; si vous f lites allusion à UbaWlo, je vous affirme que vous ne trouverez pas parmi tous les jeune; seigneurs de Turin un cœur plus brave, un esprit plus élevé que les siens. Si vous applez sentir le muine, pour ètie pieux, bien élevé et modeste, je voudrais, moi, que le monde entier lût rempli d'une pareille | uanteur. Croyez-moi. monsieur le comte, les pères et les mères n'auraient p<s besoin alors de pleurer et de gémir si souvent que nous le voyons faire de nos jours.

— Oui, monsieur, je parle justement d'L'baldo. qui fait son [.nuis de Gonzague et qui n'ose maintenant lever les yeux, non-seulement sur les jeunes personnes qui viennent ici avec leurs mères, mais sur Irène, sa propre sœur ! Peut-on être plus sot et plus mal élevé que cela ? Je dirai plus : je l'ai surpris lisant la Perfection ch retienne d'un certain frère Roiriguez, qui doit être quelque moine espagnol, revêche et ébouriffe. Ces livres stupides ne sont pis faits piur des jeunes gens vaillants, puisqu'ils amollissent le cœur et l'appauvrissent, en lui donnant la peur du diable.

— Dites la peur du pécbé et le .mépris du diable : ceux qui craignent Dieu n'ont pas peur de cent mille diables déchaînés. Nous voyons les lec'eurs de Roiriguez défier les tempêtes de l'Océan et se rendre dans les régions barbues, au milieu des cannibales sauvages, pour y enseigner le Christ et cette civilisation que vos encyclopédistes ne prêchent pas, quoiqu'ils se tiennent couchés dins un bon lit et assis devant une table bien servie, lors pie ces héros de frère Rodrigue! viventau milieu des privatiousetderabslincnce,exposani Irurs poitrines aux flè hes et aux tomahawks des anthropophages, qui souvent 1rs mangent, après les avoir mis à la broche ! Si tous les lecteurs de Roiriguez ne sont pas des apôtres, des moines et des piètres, il y a, du moins, des séculiers de tous les ordres et de tous les étals qui, en suivant les maximes de celte Perfection chrétienne que vous appelez un livre slupidc et imbécile, montrent tant de courage et font de si grandes choses, que le monde enlier en est étonné ; tandis que vos VolUiiiens ne servent qu'à le bouleverser, à le piller , à l'i-

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nonder de sang. Soyez certain, monsieur le comte , que m Robespierre, l'élhion et filarat avaient un tant soit peu étudie' frère Rodriguez et suivi ses conseils, soyez assuré, vousdis-je, que le couperet de la guillotine ne sérail pas descendu si souvent pour trancher les meilleureset les plus nobles tôles de la France cl qu'ils ne se seraient pas attiré toutes les malédictions des siècles à venir : sachez aussi que le courage héroïque nionlié par Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, et madame Llizabeth, devant le billot de la mort, leur a été inspiré par les maximes de frère Rodriguez qui, en définitive, sont les maximes de Jésus-Christ.

— Oh, en paroles, vous remporterez toujours la victoire ; mais je sais que les héios de MonUnotie, d'Aicole, de Rivoli et de Bassano, n'ont pas lu votre Kodriguez et qu'ils sont plus courageux que des lions.

— Assurément. Le diable aussi a son Rodriguez; mais avec celte différence, que chez les premiers, lame puise sa vigueur dans la vertu ; chez les autres, dans une fureur de gloire qui les enivre : et vous savez qu'on juge de la valeur des actions humaines par leur principe. Si on ne devait avoir égard qu'à l'acte matériel, quelle différence y aurait-il entre le citoyen qui expose sa vie sur un rempart pour sauver sa patrie et l'assassin qui s'élance sur un voyageur armé, pour lui voler sa bourse? Tous les deux s'exposent au danger d'être tués, celui-là sur la brèche, celui-ci dans un fossé ; mais le premier sera un héros et le second un assassin !

— Voilà la charité des prêtres ! comparer les vaillants républicains à des assassins!

— Je vous en prie, comte, ne donnez pas de coups de pied à la logique: nous parlons en général des principes des actions, el vous nous mettez les républicains sur le tapis.

— Je mels sur le tapis que j'envoie faire f tous les

moines du monde entier ; je n'en veux nec [jropè nec p-ocul ; et mon Ubaldo ne salira pas notre maison d'une tache si noire. M'entendez vous ?

— Ne craignez rien à ce propos, monsieur le comte. Je" pousse l'audace assez loin pour vous prier, — tant je connais votre bon cœur, — de me laisser traiter tout seul et tranquillement celte affaiie avec Ubaldo.

2GS UBALDO F.T IRÈÎiE.

— Oh oui, Edouard, ajouta la comtesse ; écoutons un peu ce que va nous dire l'abbé; cela nous éclairera sur plusieurs points, car, enfin, il aime Ubaldo et je ne crois pas qu'il veuille le voir se faire moine.

— Oh certes, non, dit l'abbé; non, vraiment. Avant d'écouter un jeune homme sur un semblable parti, il faut le passer au crible par le menu ; je vois que nous nous effrayons d'une ombre, car Ubaldo ne vous a pas encore parlé, ni de se marier, ni de se faire moine.

— Oui, s'écria d'AImavilla; mais Irène m'a dit des demimols qui m'ont donné fortement à penser. Après tout, ce frère Rodriguez me fait peur; ajoutez que j'ai trouvé dans sa chambre le livre d'un certain Rossignoli qui parle de la vocation, et Dieu sait quelles diableries contient ce livre, pour lui faire tourner la cervelle ! —

Pendant que son mari déblatérait avec colère contre ces saints ouvrages, qu'il craignait tant pour son tils, la bonne Virginie pensait à Lauretta, qu'elle avait tant de fois surprise lisant ces détestables écrits qui lui avaient troublé la tête et gâté le cœur au point de lui faite oublier tous les sentiments de la piété chrétienne et la poussera ces excès déperdition qui lui faisaient maintenant verser tant de larmes, ainsi qu'a son père. Pourtant le comte n'avait pas eu peur de ces livres qui dépravent les cœurs, même les meilleurs, et il craignait l'influence de ceux qui changent les pécheurs en saints. Elle plaignait l'aveuglement humain et s'apprêtait à soutenir le choc du flot qui se renverserait sur sa tête, si Ubaldo venait à persister dans sa détermination. Mais l'abbé, qui était prudent et discret et qui pensait avoir en mains les meilleurs moyens d'amener ce furieux à raisonner tranquillement, se tournant gaiement vers d'AImavilla, lui dil :

— Je crois, monsieur le comte, que vous seriez content, car vous êtes né et vous avez été élevé en chrétien , que votre Ubaldo arrivai à ce degré de piété chrétienne qui pût lui valoir l'amitié du Seigneur et la récompense de la vie éternelle promise à ceux qui font le bien, récompense proportionnée à l'exercice des vertus dans ce monde.

— Je serais une bête, répondit le comte, si je n'aimais pas voir l'âme de mon fils ornée des plus belles vertus. Je veux

LES COBNEILM S. *26!)

qu'il soit honnête et bon ; je veux même, — que Dieu me le pardonne, — qu'il devienne un saint ; mais un moine, non : saint, très-saint comme le pape ; soit, mais moine ! moine ! avec un capuchon ! avec une cagoule ! mon cher abbé Leardi, vous moquez-vous? avec une ombre de bon sens dans la tête, peut-on seulement penser à une chose pareille? Je compaie celui qui a inventé les moines à celui qui a inventé la fièvre et le mal caduc !

— N'en dites pas de mal, je vous prie: l'inventeur d. s moines a été notre père Adam, qui fut le premier moine; le voyant ennuyé de vivre seul en ermite, Dieu lui fit une Eve, et l'ermitage devint un cénobe. A mesure que les habitants du monde augmentèrent en nombre, chaque famille devint un couvent dont le père élait l'abbé, les frères étaient les moines et les sœurs étaient les nonnes. On sait que chaque famille vivait selon la règle et la constitution de son chef, de sorte que le monde ancien était rempli de couvents comme le monde moderne; et vous, dans votre maison, c'est-à-dire dans votre petit couvent, vous êtes l'abbé mitre et vous voulez porter votre crosse pasl orale.

— Vous tournez la chose en plaisanterie, et moi, je n'aime pas à plaisanter sur un pareil sujet, où il y va du cou de mou fils qui risque de se le rompre, si je ne m'oppose pas à sa chute.

— Je ne plaisante pas du tout et je vous dis les choses tout naturellement comme elles sont. Que signifie en grec ce mot monox? cela veut dite solitaire, seul: cénobe veut dire vie commune, des deux mots cénos , commun, et bios, vie. Or toutes les familles ne font- elles pas la vie en commun ? frater veut dire frère; soror ne veut dire que sœur; abbas, c'est père; conventus signifie réunion. En quoi trouvez-vous donc que j'aie plaisanté, quand j'ai dit qu'Adam, qui d'abord était moine , avec Eve devint cénobite? quand j'ai dit que vous étiez Yabbé de votre couvent ? Mais si vous voulez discuter la chose plus sérieusement , je ne vous parlerai pas longtemps sur ce thème; mais je vous en parlerai avec des arguments si graves, que je suis sûr de vous édifier assez pour que vous ne conserviez pas votre mépris pour l'état religieux et peutêtre même pour l'ennoblir à vos yeux. Nous autres chrétiens.

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nous savons qu'après la mort et la résurrection du Christ, les apôtres qu'il avait envoyés pour convertir le monde, prêchant les biens ineffables de la rédemption, c< avertirent des multitudes en vertu de la grâce, et firent des chrétiens d'une infinité d'Hébreux et de païens. Les premiers germes de l'Évangile tirent naître en eux des vertus si célestes qu'ils devinrent des anges sur la terre, tant le feu de la charité qui brûlait dans leur cœur était intense.

Ces premiers fidèles, suivant ce que nous lisons dans les Actes des apôtres, n'avaient qu'un seul cœur et une seule âme ; persévérant dans l'oraison, s'approchant tous les jouis de la table sainte du divin agneau; doux, humbles, mortifiés, sobres, justes et aimant Jésus-Christ par-dessus tout ; ils se dépouillaient de toutes leurs richesses pour l'amour de lui et ils les déposaient aux pieds des apôtres, mettant tout en commun avec leurs frères, les honorant et les soutenant, pourvoyant à tous leurs besoins et se fondant dans cette charité mutuelle, sans acception de personne; se reconnaissant tous égaux dans la gloire de l'adoration, en véritables enfants de Dieu. Hommes libres et esclaves, maîtres et serviteurs, Juifs et Gentils, hommes et femmes, riches et pauvres, doctes et ignorants, ils ne gardaient ni ordre, ni rang, ni dignité dans l'Église, mais prosternés devant Dieu, ils le suppliaient tous pour obtenir sa grâce, invoquant le Saint-Esprit pour qu'il se transfusât dans leurs cœurs, les purifiât, les ragaillardît et les élevât à la hauteur des choses éternelles, pour qu'ils pussent mépriser les intérêts de ce monde et leur propre vie, afin de donner témoignage à Jésus de la foi et de l'amour dont leurs cœurs étaient pleins. Après la prière, leur âme se relevait; ils se présentaient fermes et courageux devant les tyrans, et, plutôt que de manquer à leur foi, ils soumettaient leurs membres aux tortures, leurs tètes à la hache, leurs poitrines aux épeeset toute leur personne au feu, aux dents et aux griffes des bêtes féroces.

Vous le voyez, cher comte , dans ce bienheureux premier â^e du christianisme, il n'y avait nul besoin d'ermitages, de cénobesni de couvents: ces premiers ch étiens vivaient entièrement selon les très-saintes lois de l'Évangile du Christ et suivaient ses conseils. Les vierges voilées restaient au sein de

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leurs familles, au milieu desquelles les pères portaient, des catacombes, le sacrement de l'Eucharistie, le conservant jalousement renfermé dans des thèques d'or, et le distribuaient, en pleurant d'amour cl de respect, à leurs femmes, à leurs enfants, se levant à minuit pour prier et réciter tous ensemble les hymnes et les psaumes du Seigneur, se nourrissant de la parole des saintes Écritures. Les vierges ne sortaient de leurs maisons qu'au milieu de la nuit, pour descendre dans les souterrains et y assister au saint sacrifice ; ou bien, pendant le jour, pour se trouver présentes au martyre de leurs frères, les encourager à la persévérance, au milieu des tourments, sur les bûchers, sur la roue et sous la morsure impitoyable des tenailles.

11 arrivait souvent que les maisons des premiers chrétiens, où s'exerçaient tant de vertus dans le profond secret du foyer domestique, étaient consacrées par le sang de leurs habitants ; envahies par les satellites des tyrans, les chambres mêmes où ces chrétiens se tenaient prosternés en adoration devant Dieu, voyaient tomber leur tête décollée en commençant par celles des jeunes (illes et des garçons et terminant par les pères et les mères qui, au milieu du massacre, encourageaient leurs enfants, les invitant à offrir leur cou à la hache et leur poitrine au poignard. Les monastères de ce temps-là, c'étaient les prisons remplies de chrétiens enchaînés, dans les ténèbres, plongés dans une longue misère et d'où ils ne sortaient que pour aller dans les amphithéâtres, servir de spectacle à un peuple plus féroce que les lions et les tigres qui s'apprêtaient à déchirer les beaux membres des admirables vierges du Seigneur et les corps robustes des jeunes athlètes de la foi. Les couvents de ce temps là, c'étaient les trirèmes où l'on entassait les chrétiens qui devaient voguer dans les naumachies et qu'on noyait ensuite dans les fleuves, dans les lacs et d.sns la mer, en leur attachant une pierre au cou. Les cénobes, c'étaient alors les latomies et les mines, où les martyrs enchaînés étaient condamnés à extraire les métaux, à tailler les maibres qui devaient orner les villas des empereurs et les temples des faux dieux. Je vous dirai, monsieur le comte, que lorsque j'allai à Rome et que j'y vis les ruines de ces rostres superbes, de ces forums, de ces arcs de triomphe, de ces bains,

2Vl LiiAi.ii<« 1:1 niKM..

beaucoup dont furent ériges par les Néron, les Domitien, les Décius, les Dioclétien, il m-1 semblait voir ces marbres encore tout mouillés par la sueur, les larmes et le sang de tant de martyrs qui les ont travaillés dansles montagnes de l'A* Crique, de la Chersonèse, de la Corse et de la Grèce.

Voilà, comle, quels ont été les monastères des premiers chrétiens : les maisons tics fidèles, les prisons, les latomies et les trirèmes : il ne fallait donc, dansées temps, ni frères, ni moines, ni nonnes, puisque les vertus évangéliques étaient communes à tout le monde et il n'eût pas été nécessaire alors que le frère Rodriguez écrivit ce long traité de la Perfection chrétienne, puisque tout le monde la pratiquait. Mais dès que les peisécutions eurent cessé et que la ferveur des fidèles se fut refroidie, des hommes remplis de l'esprit de Dieu surgirent, et, après avoir considéré que l'esprit du monde s'était débordéet inondait la chrétienté, l'étouffant sous le désir des richesses, des plaisirs sensuels et de l'orgueil humain, ces hommes se sentirent dévorés parle zèle de la maison de Dieu et invitèrent les hommes de bonne volonté à fuir avec eux les tromperies du monde pour s'assurer la vie éternelle, en échangeant les misères terrestres contre les richesses immortelles et incorruptibles.

D'abord ils virent qu'il fallait fuir du milieu des familles qui avaient oub'ié l'ancienne ferveur de la piété ; les prêtres, les diacres et les autres lévites se retirèrent dans les épisco pats et vécurent en commun autour de l'évêque, comme on l'a vu pratiquer par la suite en Orient, par le clergé de saint Basile, de siint Grégoire de Nysse et de saint Grégoire de iNazianze, ainsi que par quelques autres, tels que celui de saint Jean l'Aumônier à Alexandi ie, de saint Augus'in en Afrique , de saint Isidore en Espagne , de s tint Martin de Tours dans les Gaules et par presque tous les clergés du quatrième, du cinquième et du sixième s ècle de l'Église. Les séculière laïquesayantàleur tour compris le danger de perdre leurs âmes que le monde assiégeait de tous côtés, se décidèrent à fuir dans des lieux sauvages et déseits, pour y mener la vie solitaire, mortifiée et abstinente, qui devait leur assurer les trésors du ciel. D'autres anachorètes se joignirent aux premiers, et bien d'autres encore, de sorte que l'on vit en quelques

lis CORNEILLES. 273

années les déserts de la ThébaïJe, de la Nitrie, de la Syrie et de la Palestine se peupler de plusieurs milliers de moines, les uns solitaires dans des grottes et dans des cavernes, les autres réunis dans des monastères.

On fit ces choses dans les chrétientés du Levant; mais Rome vit en même temps le jeune patricien Benoît fuir les délices romaines, se réfugier dans les tanières de Subiaco et y mener une vie angélique. Le saint parfum de ses vertus célestes attira plusieurs autres jeunes patriciens qui eurent la sainte sottise de renoncer à leur riche patrimoine, aux mollesses domestiques, aux plaisirs et aux somptuosités de Rome, pour aller vivre sobrement, incommodément et durement, le cœur et la tète remplis de cetie solennelle sentence du Christ : — A quoi sert à l'homme de devenir le maître de l'univers entier, s'il perd son âme pour l'éternité? — Ce mot, éternité, retentissait continuellement à leurs oreilles; ils voyaient que tout passe comme une ombre légère; mais que l'éternité ne passe jamais. Parmi ces saints fous, il y en eut de ceux qui pendant cinquante ans ne méditèrent que ces deux mots seuls : — Quid prodest? quid obest? à quoi sert de jouir pendant quelques années et de souffi ir pendant toute une éternité? quel mal y a-t-il à souffrir pendant quelques années, pour jouir pendant l'éternité? — Voici, comte, la sottise du Christ, qui renferme tant de sagesse, qui rend l'amertume si douce, la douleur si aimable, la souffrance si gaie, cette sottise a produit les nobles et magnanimes résolutions de tant de jeunes gens si délicats et de tant de jeunes filles si timides, qui ont étonné le monde par l'éclat de leurs vertus.

— Comment se fait-il donc, répondit alors d'Almavilla, que les moines et les religieuses soient tellement méprisés, que tout le monde en parle avec ennui et avec dégoût?

— Cela devait être ainsi et ne pouvait être autrement : le monde les regarde comme des transfuges; les soldats diraient des déserteurs; donc il les traite le plus mal qu'il peut : ne. pouvant pas les arracher au cloître, après avoir mis tout en œuvre pour les empêcher d'y entrer, le monde fait comme le renard qui ne peut pas attraper les raisins, et qui après avoir sauté et gambadé sous la treille, lassé et furieux, s'écrie avec dépit:

tï. 24

27 4 DBALDO EX IKKNF..

Us >out trop verts, et bons pour les goujats.

C'est l'histoire du monde envers les bons religieux qui le méprisent, lui crachent au visage et le fuulent aux pieds. — Le monde secoue son dos, leur fait la grimace, comme fait un enfant qu'un grenadier a calotte : ne pouvant faire autre chose, il s'écrie :

— Haro sur les moines, ce sont des pourceaux!

Il leur fait la nique et a l'air de les mépriser. S'il peut arriver à leur mettre la patte dessus, il les vole comme il faut, les maltraite et les insulte : souvent aussi, il les égorge et il s'en vante comme d'un beau liait.

— Le monde a pourtant raison de les h iïr : car ils sont mal élevés, sales, paresseux, sots, gauches et ignorants.

— Ah, si nous parlons de l'ignorance des religieux, je vous prie, comte, de ne plus entrer dans aucune bibliothèque, car vous en trouveriez sur les rayons quatre-vingts sur cent.

— Mais, que Dieu vous pardonne! quel est donc ce caprice de s'enterrer vivant dans les cloîtres?

— Degustibus non est disputandum. Celui ci a le caprice de se faire moine, celui-là a le caprice d'aller se faire tuer à 1 1 guerre ; cet autre a le caprice de se geler à la recherche des terres polaires ou de se rôtir sous le soleil del'équateur; mais le plus grand nombre ont le caprice de prendre femme et font de capricieux mariages, en prenant de capricieuses cervelles qui les font capricieusement crever à la peine. Le monde ne s'occupe pas de tous ces caprices-\h ; mais si l'on parle de moines, ce sont des pleurs : si l'on parle de religieuses, ce sont des soupirs! — Celte belle jeune fille, quel caprice! quel dommage! pauvre fille, quel sacrifice! — Si elle se casse le cou avec un malheureux qui ait de la noblesse ou de l'argent : — qu'elle est heureuse ! — En attendant, la nonnain viteon tente et la femme heureuse a l'enfer dans la maison.

— Mais vous ne nierez pas que c'est une cruauté contre na ture que d'abandonner ses patents, ses amis et sa patrie!

— Oui, certes ; mais seulement parce que le Christ les invite à faire cela par amour pour lui ; car si le monde les appelle, il faut obéir au monde et c'est fort bien! un oncle a fait furtune aux Indes; il y appelle son neveu : celui-ci abandonne

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sur-le-champ père, mère, frère, sœur, amis et patrie, peutêtre pour toujours : les amis lui font mille compliments; on le conduit jusqu'à la voiture ou jusqu'au navire : — Va, que le ciel t'assiste et t'accompagne; que tu es heureux! sais-tu bien que ton oncle te laissera deux millions? tu es né sous une heureuse étoile ! souviens-toi de tes amis : adieu.

Si une belle jeune fille montre le moindre petit désir de tourner vers le cloître, mille voix viennent de tout cô'é rompre la tète à sa mère : — Prenez garde ; réfléchissez; allez tout doucement, par charité : vous êtes sa mère, enfin; il s'agit de vos entrailles; les droits maternels sont irrévocables; diantre! la détacher d'auprès de vous? les prêtres ont beau dire : non, non, qu'on attende; on verra; on fera des épreuves. Eh! ces pauvres jeunes filles sont mal conseillées! si j'étais mère, je voudrais leur montrer s'il est permis de trahir lu jeunesse de celte façon, de surprendre la simplicité, d>' tromper l'inexpérience ! Religieuse? mon Dieu! BtUna religieuse? elle est faite pour porter le paradis au sein d'une heureuse famille, tant elle est douce, gracieuse et modeste: ce charmant visage de pomme d'api n'est pas fait pour êtie enveloppé dans des bandeaux et enseveli sous le voile : je vous recommande de la mener aux spectacles, aux soirées, aux fêles, aux bals; qu'elle cause, qu'elle voie, qu'elle agisse, enfin, qu'elle connaisse ce qu'elle veut abandonner : il est toujouis temps de se repentir d'avoir eu l'idée de commettre une pareille sottise.

Si Betlina est demandée en mariage par un jeune homme riche qui demeure à plus de mille lieues et qui conduira sa femme si loin, qu'on n'en aura plus ni vent ni nouvelle, tous ces :Prenez garde, réfléchissez, attendez, disparaissent ainsi que les craintes du repentir et l'exhortation des »' preuves; en attend ml, la pomme d'api se flétrit d\ns l'éloignement, dévorée par le ver de tous les tourments qui l'accablent avec un mari colère, étrange, lunatique, qui souvent lui profère une pomme rogneuse ou une nèfle insipide. Ma foi, arrive qui plante! — N'ai-je pas raison, monsieur le comte?

— Je ne nie pas que quelquefois cela n'arrive comme vous dites; mais nous sortons de la question : pourquoi se faire moine? Pourquoi ne pas vivre chez soi en bon chrétien? De

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quelle utilité sonl le capuce, le cordon, la corde ou la courroie qui serrent la robe autour de la taille?

— S'il ne s'agissait que du capuce, de la cagoule, de la ceinture, de la tète rasée, de la longue barbe, de la grande tonsure, de la couleur grise, blanche, brune ou noire, vous auriez peut être raison de me demander ce que tout cela a de commun avec le salut éternel ; mais vous connaissez le proverbe : L'habit ne fait pas le moine. — Le sérieux n'est pas là. Je vous ai déji dit qu'aux premiers temps du christianisme, temps de ferveur, il n'y avait ni frètes, ni moines, parce que tous les chrétiens vivaient dans la perfection évangélique puisée chez les apôlres qui l'enseignèrent suivant les préceptes et les conseils dudivin Rédempteur : mais le Léviathau de l'esprit mondain ayant soufflé son poison dans la chrétienté, Dieu éleva plus que jam Us la voix de sa miséricorde en disant hautement et clairement : — Àre vous conformez pas à ce siècle, mais réformez-vous vous-mêmes par le renouvellement de votre esprit, afin de connaître que la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite.

Les oreilles dociles de quelques élus entendirent cet appel et connurent que la volonté du Seigneur se manifestait dans ces mots: — Va et vends ce que tu as; donne le aux pauvres et suis-moi. — Ils répondirent immédiatement, remplis de bonne volonté :

— Nous voici, et nous vous suivrons partout où vous irez. — Jésus-Christ leur répondit : — Je m'en vais au Calvaire; reniez-vous, mortifiez-vous vous-mêmes, prenez votre croix et suivez-moi. — Alors ces appelés à tant d'honneur suivirent les pas du Rédempteur par beaucoup de chemins qui tous conduisent à la croix et de la croix à la gloire. Les uns le suivent par la voie de l'ermitage et se font anachorètes; les autres, par la voie de la prière en commun, et ils se font moines, passant une partie de leur vie en contemplation dans leur cellule, et une autre partie dans le chœur en psalmodiant, étudiant dans les bibliothèques, travaillant dans les ateliers et on les appelle les ordres de vif contemplative, sous le patronage de saint Benoît, de saint Romuald, de saint Bruno, de saint Bernard et des autres cénobiarches.

Il y a ensuite des ordres de vie mixte, qui suivent le Chris! et

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sa croix en se perfectionnant eux-mêmes par la doctrine par

l'oraison, par la mortification, et en cherchant à faire !e salut et la perfection du prochain par l'exercice de la prédication, le ministère des sacrements, l'enseignement dans les écoles : quelques-uns sont appelés frères, d'autres onles nomme c/erc*réguliers, et ils vivent sous la bannière de saint François, de saint Dominique, de saint Ignace, de saint Joseph Calasance et d'autres très saints patriarches.

Enfin il y a les religieux de vie active qui sont les Trinitaiies, et les frères de la Merci qui se consacrent au rachat des esclaves; les Hospitaliers qui ne s'orcupent que du soin des malades; les Assistants des moribonds qui les soutiennent dans la lutte dernière; d'autres se dédient à la consolation des prisonniers, des aliénés, des lépreux et à d'autres œuvres admirables de charité. Tous ces triomphateurs magnanimes du monde se lient à la croix de Jésus-Christ par les trois chaînes d'or de< vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, offrant leurs corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu, sur l'autel de l'amour qui les brûle comme un encens de suave odeur.

— Quel encens? quelle suave odeur, mon cher abbé ! Encens de résine et odeur de goudron. Par ma foi, mon cher Leardi, vous êtes bien enchifrené si nous ne sentez pas cette puanteur monacale; du plus loin que j'en aperçois, je me bouche le nez pour ne pas avoir mal au cœur; et si jamais, ce qui n'arrivera pas, je l'espère, — quelque moine entrait dans ma chambre pendant dix minutes, je ferais comme la baronne Isabelle qui, après la visite d'un capucin, répand sur le tapis et seringue dans les tentures une grande bouteille d'eau de Cologne pour désinfecter la chambre.

— Cela dépend de la difféience des nez: le mien se révolte toutes les fois qu'il sent l'odeur des francs-maçons, qui en passante mes côtés me laissent une traînée qui me fait éternuer; ils sentent tout à fait les sentines de l'enfer. Que voulezvous? c'est selon les nez; le vôtre craint l'odeur des moines, le mien celle des impies : il y a pourtant cette différence, que le monde blasphème et injurie les religieux et que les religieux ont pour les impies une compassion siucère qui les porte, à demander à Dieu leur conversion, et à les secourir au be-

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