‹ Ubaldo et IrèneChapitre 52 sur 94 · LES CORBEILLES · texte numérisé non relu

LES CORBEILLES

pour cela : une femme mariée tombe dans une faiblesse ? on n'en rend pas responsables toutes les femmes mariées : la chose n'est que juste ; mais il n'y a que les moines qui jouissent de ce beau privilège de solidarité criminelle ! le méfait d'un seul doit être imputé à un autre et à tous les antres, fussent-ils à dix mille, lieues de là; est-ce parce qu'ils sont h-billésde la même couleur, ou parce qu'on les appelle du mêuit! nom, qu'on leur jettera sur le dos ce qu'ils n'auront ni fait, ni pensé, ni rêvé?

— Pardieu, dit le comte, en se frottant les mains avec un vilain sourire tout à fait grossier , nous venons de faire ce matin, mon cher Leardi, un cours de fratologie interminable! maisquece suit une fois pour toutes. — Quant à Ubaldo, nous en ferons un moine d<' l'Ordre et du Cénobe du père Adam, dont vous nous avez parlé ; je vous promets de ne pas lui casser les reins pour cela; je veux, au contraire, lui trouver une petite Eve qui ne se laissera pas attraper par le se: peut. Ah ! ah ! ah !

Pendant que cet insensé ricanait malhonnêtement, un domesiique entre à la hâte en disant :

— Excellence, la Giorgina, modiste et routinière, sous les arcades delà plare Castello, a quelque chose de très-important à communiquer à vos excellences; elle a l'air toute troublée.

— Qu'elle entre, dit le comte.

La marchande de modes fut introduite ; elle avait un visage tout triste et elle demanda à la comtesse, d'un air embarrasse, si elle avait reçu des nouvelles de Lauretta :

— Non, lui fut-il répondu avec étonnement ; qu'y a— t -il ? en auriez-vous quelques mauvaises nouvelles? lui serait-il arrivé malheur en route?

— Je ne sas; mais j'ai lieu de craindre qu'elle ne soit tombée dans une bande de malfaiteurs qui l'auraient volée et dévalisée.

— Comment savez- vous cela? reprit la comtesse avec frayeur.

— Excellence, je ne sais rien de positif; mais il est certain que les deux grandes malles de madame la vicomtesse ont été vendues dans le GhcLlo, au juif Lcvi, qui est le plus riche revendeur de Turin.

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