‹ Ubaldo et IrèneChapitre 55 sur 94 · LE MORT CI MIS · texte numérisé non relu

LE MORT CI MIS

éprouver, mais c'est tenter avec perfidie. Celui qui veut les plonger dans un puits sans qu'ils se noient, ou les jeter dans une Fournaise ardente sans qu'ils se brûlent, n'est qu'un fou, OU bien c'est le bourreau de son propre sang ! Voilà pointant comme le monde éprouve : en forçant les jeunes filles modestes à s'habiller indécemment, à aller à la danse, à respirer l'air impur des amours. Ils lancent les enfants dans la gueule de toutes les séductions. La jeune fille s'englue dans un vilain amour : le jeune homme devient joueur, coureur de femmes et ivrogne, et le père, slupide et cruel, s'écrie en frappant des mains :

— Vous le voyez : n'avais-je pas raison de dire que la nonnain et le petit moine n'avaient qu'une vocation mal entendue?

Très-bien. Ce père-là soutiendra ses raisons devant le Christ, lorsqu'il lui demandera un compte sévère de ces âmes que ce malheureux a arrachées de son sein.

Si la punition advient à celui qui tente ses enfants, quelle ne sera pas la sentence qui attend un père tyran qui s'oppose à la vocation de son fils, qui le vole à Dieu qui l'appelait à son service, pour en faire un esclave au service du monde, le forçant à se marier, -ou l'engageant dans la carrière des armes, d'où il ne peut se soustraire avant son temps que par la désertion, qui entraine l'infamie et la mort? Vous voyez bien, Monsieur, que je parle pour votre utilité, et vous devez me le pardonner en faveur de la pitié et de la tendresse que j'éprouve en voyant ce beau et modeste jeune homme, dont les regards et toute la personne respirent une candeur et une franchise charmantes. —

Le comte, moitié colère et moitié ému, était au moment de 'répondre quelque impertinence ou quelque sottise, lorsque le muletier entra en criant :

— Allons, Messieurs, les bêtes sont prêtes, et j'ai déjà envoyé devant tous vos bagages.

298 LBAl.DO ET U1F.NE.

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