CASIMIR
sanls stimulants; la défaite ne saurait les abattre; nulle crainte ne les arrête, encore moins les ferait-elle reculer: — Casimir s'était mis en tète que Callinice deviendrait catholique à tout prix et qu'elle convertirait ensuite ses deux sœurs Agnès et Mathilde. Presque tous les malins, après le déjeuner il me demandait de nouveaux arguments pour convaincre les protestants et leur prouver que, hors de la véritable Église, il n'y a point de salut ; que rentrer dans le sein de l'Église ce n'est pas pour les protestants changer de religion, mais seulement ajouter aux articles du Credo quelques autres articles auxquels leurs ancêtres avaient cru et que les enfants avaient cessé de croire par la faute de leurs ministres, de leur éducation, de leurs lois et par mille autres mauvaises raisons.
Je l'endoctrinais assez bien et il instruisait à son tour Caroline et Marie, ses sœurs, pour qu'elles eussent à le seconder auprès de ces demoiselles. En chevauchant, en se promenant, en voguant sur le lac, en se reposant à l'ombre à l'heure de midi, il saisissait toutes les occasions île jeter quelques mots à Callinice; mais la malicieuse lui glissait entre les doigts comme une anguille, par un sourire, une plaisanterie; il n'y avait pas moyen de l'arrêter au passage. Une autre personne en aurait désespéré; mais Casimir ne perdait pas sa confiance. Callinice n'était pourtant pas un poisson que l'un pût saisir sans se déganter; elle eût échappé à l'appât et serait passée à travers les mailles du filet. C'était un petit diable incarné dans les astuces du protestantisme: entreprenante et déliée, elle se mettait souvent de moitié avec les secrétaires de légations pour manigancer quelque finesse diplomatique. Dans les affaires secrètes, elle transcrivait des papiers de la plus haute importance; elle traduisait du polonais, qu'elle savait parfaitement, des lettres écrites aux évèques: elle aidait à les décacheter adroitement et à les recacheter sans qu'on pût s'apercevoir de la plus petite supercherie: elle consacrait des nuits entières à ces manèges et mettait tant d'animosité dans les démarches contre les catholiques, qu'elle les eût volontiers piles dans un mortier.
Casimir ne savait rien de toutes ces menées : Callinice conservait toujours une petite mine douce , aimable, souriante ; elle avait un air si ouvert, si gracieux qu'on l'eût prise pour
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un petit ange dnCorrége ou de Bellini. Elle était bonne, modeste, raisonnable et d'un excellent cœur; elle avait l'âme grande et généreuse; mais elle était une luthérienne ardente et entêtée. Casimir voyait tout du bon côté: il lui reconnaissait un esprit vif, prompt et agile, et il ne faisait aucune attention aux plaisanteries un peu hasardées dont elle l'accablait; il trouvait souvent dessiné sur sa table un moine avec des pieds de bouc; une nonne coiffée avec un casque et le sabre aux côtés; ou bien le portrait de Luther, d'OEcolampadc, de Mélam ht bon, entourés d'une auréole et avec cette inscription: Los saints Pères de l'Evangile, — et autres choses pareilles pour le contrarier et pour le vexer un peu. Casimir tirait h langue et faisait la grimace à ces vilaines figures, et profitait de l'occasion pour instruire Callinice,en lui dévoilant la conduite déréglée de tous ces hérésiarques, et concluait en disant qu'une âme aussi belle, aussi pure, aussi chaste que la sienne, ne pouvait sans rougir, se déclarer pour disciple d;' ces êtres impurs qu'aucune honnête fille ne voudrait recevoir chrzeile, s'ils vivaient encore; tandis que les catholiques venaient la sainte Vierge plus candide que l'aurore et plus pure que les deux; qu'ils honorent toutes les vierges qui ont l'âme semblable à celle de Callinice, par la pudeur m belle, et qui ont donné leur vie au milieu des tortures pour garder intacte la foi qu'elles avaient jurée à Jésus, leur époux divin ! — Callinice était souvent tout émue; mais en véritable entêtée qu'elle était, elle s'efforçait d'étouffer la voix de sa conscience et emageait contre elle-même, lorsqu'elle se sentait ven r len larmes aux yeux.
Après l'accident du lac, Casimir avait conçu les plus belles espérances pour la conversion de Callinice, et il se disait à lui-même :
— Comment donc ? si Callinice s'était malheureusement noyée, où en serait sa pauvre âme maintenant? Dieu m'a accordé la grâce de pouvoir la sauver et de lui rendre la vie, pour ainsi dire : et tout cela serait pour rien? Je ne puis le croire! Ma bonne Marie, ma bonne Mère ; il faut que cette grâce, vous me l'accordiez ! Vous me l'accorderez, n'est ce pas? Oh ! il le faut, il le faut absolument !
11 se tournait ensuite vers son ange gardien, il l'engageait-