CASIMIR
à aller, en compagnie de l'ange de Callinice, plaider une aussi belle cause devant le cœur malernel de Marie, et lui donnait mille lionnes raisons pour le pousser à faire cela. Mais, en attendant, notre missionnaire, qui ne prenait pas garde à Sun propre cœur, tout en s'occupant de la conversion de la. jeune tille avec laquelle il s'entretenait très-familièrement sans méfiance, se trouva pris pour elle d'un amour lel, qu'il ne vit plus rien au delà : la mission finit à ce que, Callinice ayant quille le lit, où une fièvre de saisissement l'avait retenue pendant quelques jours, Casimir, à son tour, ne pouvant pins tenir en place, devint pâle, triste et distrait. Le voyant souffrant et abattu, je lui dis un jour :
— Casimir, mon enfant, qu'as-tu; que t'arrive-t-il? Tu te ronges; tu as perdu ta gaieté ! qu'est-ce que cela signifie?
Le cher jeune homme, qui était de la meilleure pâte du monde, qui m'aimait beaucoup, et qui avait en moi une trèsgrande confiance, me répondit :
— Maître, je meurs d'amour pour Callinice, et je voudrais la demander en mariage à mon père ; mais j'ai peur de lui faire de la peine, parce que c'est un fervent catholique, qui ne souffrira jamais que j'épouse une protestante. Mais enfin, vous connaissez l'âme de Callinice, son caractère d'or, son esprit si éminent et si au dessus de son âge, et combien elle réunit de vertus naturelles à sa grâce native : elle est née et créée pour aimer le Seigneur notre Dieu !
— Oui, Casimir, lui répond. s-je : je t'accorde tout cela de grand cœur; mais la pauvre jeune fille est bien loin de l< vérité et en dehors du sein de l'Église; elle est au contraire son adversaire , son ennemie. Comment serait-il possible que lu la fisses entrer dans la maison de ton père et de la mère qui sont si fidè'es, si pieux, si ardents pour ies pratiques religieuses? Je dirais la messe, et Callinice n'y assisterait pas? Tes sœurs communieront avec une sainle ferveur, et en sortant de la chapelle, pleines d'une joie céleste, elles rencontreront ta femme qui ne croit pas au très-auguste sacrement? Vous autres , vous prierez en famille pour le souverain pontife, si affligé et si tourmenté de nos jours, et Callinice qui le prend pour l'Antéchrist, s'en moquera? vous autres, vous invoquerez l'aide de vos saints patrons, pour qu'ils vous ob
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tiennent de Dieu, dans le ciel, les grâces qui vous sonl nécessaires; et Callinice en rougira parce qu'elle considère cela comme une idolâtrie? Toi, qui aimais tant ton frère Damase, que nous avons perdu l'année dernière, tu prieras pour le soulagement et pour le repos de son âme; et Callinice, qui ne croit pas au purgatoire, te rira au nez?
— Vous avez raison, reprit Casimir avec animation : mais j'espère que je parviendrais bien vite à lui persuader de se faire catholique, et, en attendant, j'exigerais que l'on stipulât nettement et clairement dans le contrat de mariage, que tous les en fanls, sans distinction de sexe, seront élevés catholiquement.
— Tu es bon là ! En faire une catholique? Mais ne sais-tu pas que pour se convertir, il ne suffit point d'être bien instruit, convaincu et même persuadé; mais qu'il faut une. grâce toule spéciale de Dieu qui ajoute aux lumières de l'intelligence, l'impulsion de la volonté? Ne sais-tu pas que c'est là une miséricorde de Dieu des plus signalées? Combien de protestants n'y a-t-il pas qui connaissent le catéchisme, qui lisent les saints Pères, qui admirent nos prédicateurs les plus célèbres, et qui, pourtant, sont à mille lieues du désir de rentrer dans le giron de l'Église, si maternel, si amoureux ?
— Eh bien, je prierai tant la divine bonté; je vous ferai dire tant de messes; je ferai faire tant de communions à mes bonnes sœurs et à maman qui a tant de foi, que je suis plus que certain d'obtenir ce bienfait suprême pour ma Callinice.
— Parfaitement bien : tu parles comme un ange; mais nous ne pouvons opérer le mal pour qu'il en résulte un bien : la volonté divine n'est pas soumise aux fantaisies du monde. — En tout cas, saint Paul nous défend ces sortes de mariages, et l'Eglise aussi. Si elle les tolère dans les pays protestants et même ailleurs pour des motifs très-graves, c'est toujours sous la condition expresse que les enfants issus de ces unions mixtes, seront invariablement catholiques. — Penses-donc maintenant , si Callinice , devenant mère , pourrait élever tes enfants avec les noms de Jésus et de Marie aux lèvres ; semer dans leur âme la dévotion à l'Ange gardien et au saint dont ils porteraient le nom ;leur apprendre les premières aspirations d'amour pour l'Immaculée Conception, pour saint Joseph, pour le roi saint Louis, protecteur de la France ; leur inspirer l'a-
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mour, le dévouement, le respect à l'Église el au vicaire de Jésus-Christ; lorsqu'elle abhorre toutes ces pratiques comme des superstitions, comme des abominations? Elle leur dira de croire en Jésus Christ ; cela suffit pour se sauver; or Jésus-Christ dit: Celui qui croit en moi et qui observera mes commandements, celui-là aura la rie éternelle.
— Mais Caroline, Marie et surtout ma mère, les élèveront en bons catholiques craignant Dieu.
— Eh! Casimir; ce que la mère ne fait pas, crois-le-moi bien ; aucune autre ne saura le faire! Les femmes de chambre, les gouvernantes, les institutrices, les maîtres pourront leur enseigner toute la Somme de saint Thomas , mais l'âme catholique, le doux sentiment du cœur, le l'eu qui excite la vertu secrète et mystérieuse de l'esprit, les enfants les puisent dans leur mère; ils les boivent dans ses yeux, ils les sucent dans ses baisers ! — Penses-y, Casimir, tâche de ne pas avoir à t'en repentir, sansespoir d'y apporter remède!
Le bon jeune homme m'écoutait et me quittait convaincu : mais irrevoyait Callinice, et toute ma dialectique s'en allait en fumée, lien parla à son père, qui, d'abord résista; mais il lui fil reparler par l'ambassadeur de Naples, et le père se rendit. Le comte Joseph de Maistre, ministre de Sardaigne, homme d'un grand jugement , d'un esprit sûr, vaillant et ardent catholique, donna à Casimir les conseils les plus sages elles plus francs: il finit par lui dire qu'il fallait obtenir à tout prix la promesse loyale et formelle de la jeune personne, de se faire instruire dans la religion catholique et d'abjurer dan* le courant de l'année. L'ambassadeur d'Espagne, qui se chargea de négocier celte affaire, ne put obtenir que la promesse de laisser élever les enfants dans la religion paternelle, et d'accepter volontiers les instructions d'un prêtre catholique, sans s'engager autrement à faire plus d'aucune manière et sans nulle promesse ni autre condition. Elle aimerait son mari; elle honorerait et respecterait les grands-parents; mais elle voulait rester libre et maîtresse d'elle-même.
Casimir considéra la chose comme un fait accompli; tout semble facile et aisé aux jeunes amoureux : ils rient et ils plaisantent si on leur parle d'obstacles insurmontables. Montés dans les espaces, sur les ailes de l'amour, les amoureux ne