‹ Ubaldo et IrèneChapitre 61 sur 94 · XLVI. — CALLIMCE · texte numérisé non relu

XLVI. — CALLIMCE

Les hivers si rigoureux, si glacés de Saint-Pétersbourg; ces hivers où le thermomètre descend souvent à plus de 25 degrés au-dessous de la glace ; sont pourtant une saison de plaisirs pour les seigneurs russes, les jeunes principalement. Outre les courses rapides dans des traîneaux d'une élégance et d'une richesse féeriques, par les rues de la grande ville, ils ont les émouvantes chasses au renard, à l'ours, au loup cervier : et les timides, qui reculent devant les périls de ces guerres contre les bêtes fauves, trouvent pourtant encore un assez grand amusementdansles piégesdiversqu'ils tendent aux grues, aux oies hyperboréennes, aux alcyons, aux canards violets et aux familles nombreuses et variées des autres canards, granités, vert-mouche et rouge-grenat-chatoyants, de toutes les sortes et de toutes les tailles, mais toujours beaux à voir, et excellents à manger, qui abondent en Russie.

Mais le plaisir préféré par la plupart des jeunes Russes est celui de patiner sur les glaces épaisses de la Neva, avec les lames d'acier tranchantes fixées sous la semelle de leur chaussure. Le patinage est un art qui a ses règles, ses professeurs, ses hommes de génie ;les Russes n'en manquent pas. Il faut les voir se présenter par groupes sur la glace, en costume de joute : bonnet fourré, à oreillettes, en loutre ou en peau de souris de Laponie; la polonaise bleue ou verte, doublée de vair, au collet et aux parements, en agneau mort-né, serrée à la taille par de nombreux brandebourgs à cordons d'or, tout passemenlés de ganses d'or; le pantalon très-collant, à brillant charivari de cordonnet : costume qui donne à tous ces jeunes gentilshommes l'air le plus dégagé, le plus souple, le plus agile qu'on puisse imaginer. Ils se rangent en colonne sur la rivière gelée ; ils croisent les bras sur leur poitrine, ils impriment un mou-

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vcment de secousse à leur buste, el, vrrroutt! les voilà partis !

Qui pourrait décrire tous les tours, toutes les passes, toutes les figures qu'exécute alors sur la glace cette élégante mêlée, cet éblouissant tourbillon avec une rapidité étourdissante, une vertigineuse vitesse? Comment parler des entrelacements, des rencontres, des moulinets, des vortex, 'tes écarts, des fuites, des poursuites, des élans, des chocs de tous ces glisseurs, dont plusieurs tracent sur ce cristal solide, avec le bout de leur patin taillé en proue de navire, des noms bien-aimes en belles lettres ornées, entourées de traits.de chiffres, de parafes ei d'arabesques d'une élégance exquise et recherchée? Oui, le patinage est un art, et des plus difficiles, encore !

Un jour d'hiver, — et il n'y en pas grand nombre d'autres en Russie, — Casimir faisait, avec plusieurs autres jeunes attachas d'ambassade, une promenade en traîneau le long des bords de la Neva. On avait dépassé la merveilleuse statue équestre de Pierre le Grand et le somptueux palais de l'Amirauté. Remettant les chevaux aux mains de palefreniers, les jeunes gens descendirent sur le fleuve, qui s'étendait immobile et Luisant comme une immense glace entre ses deux rives. Ils commencèrent sur ce plancher plissant les pas d'une danse si bien cadencée, qu'en les voyant on eût cru entendre les sons d'un accompagnement d'orchestre parfaitement mesuré. Beaucoup de spectateurs des deux sexes applaudissaient, du haut des pa rapets, nos jeunes danseurs, qui exécutaient leurs pas, leurs chassez-croisez, leurs balancez, leurs en avant-deux, leurs chaînes anglaises, leurs queues-de-chat, leurs cavalier seul, sur cette glace si glissante, si dangereuse, avec autant d'aplomb, de fermeté, d'aisai ce, de grâce et de légèreté que s'ils avaient sous les pieds le plus moelleux tapis de Perse d'un -alon princier — il y en a tant, là-bas ! — de la métropole moscovite!

Le malheur voulut que, la veille, des pêcheurs d'esturgeons étaient venus faire, dans cette partie du fleuve, plusieurs trous dans la glace pour y descendre les filets ou pour y jeter l'épervier. Pendant la nuit, une légère croûte de glace s'était reformée sur ces trous, et personne ne s'aperçut que sur quelques points de cette immense surface, la glace était bien moins épaisse qu'ailleurs. En faisant un pas ballonné, Casimir posa le pied sur un de ces gouffres trompeurs qui. craquant sous son poids, céda

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et le plongea dans l'eau jusqu'aux aisselles. Se sentant engloutir,

il ouvrit les bras en croix, et resta suspendu sur les deux bords du trou. Ses amis accoururent pour le tirer immédiatement d'embarras; mais, à mesure qu'ils s'approchaient des lèvres du trou, la glace se brisait sous leur pied posé en avant, et les arrêtait court. Alors un spectateur, voyant que le jeune homme commençait à se roidir, jeta du haut du parapet un bâton aux camarades de Casimir, en leur criant de le lui tendre. Le malheureux, qui sentait ses membres se glacer et son esprit se troubler, réunit teute la puissance de sa volonté, et saisit à deux mains le bâton avec tant d'énergie, qu'il fut possible à ses camarades réunis de le soulever et de l'arracher de ce trou, où il laissa une grande partie de ses vêtements et plusieurs lambeaux de la chair de sa poitrine et de ses cuisses, coupés et déchirés par la glace comme avec un coutelas de boucher. On le porta tout sanglant jusqu'à la plus proche étuve. Les médecins et les chirurgiens arrivèrent à la hâte, s'étant trouvés au nombre des spectateurs; ils l'oignirent d'huile, et l'enveloppèrent de manière à pouvoir le transporter au palais de l'ambassade, dans un kibitek bien fermé.

Casimir reçut les soins les plus affectueux de sa mère si dévouée, de ses sœurs, et particulièrement de Callinice,qu, était nuit et jour à son chevet avec une tendresse si prévoyante et qui ne souffrait pisqu'on lui lit quitter la chambre sous aucun prétexte, et qu'on ('éloignât un seul instant de son mari. Au bout de quelques jours, il se trouva en état de se lever sur son séant; mais il lui survint une petite toux sèche et fiéquente, qui le faisait beaucoup souffrir. On lui prescrivit des cmulsions gommeuses,des sirops de manne et de miel rosat, pour adoucir cette toux ; mais elle devenait de jour en jour plus intense, et était accompagnée d'un petit râlement de gosier qui le picotait et réraillait tiès-douloureusement. Les médecins attribuaient ces effets morbides au froid qui avait saisi le jeune homme entre ces deux parois de glace, où son sang s'était congelé et avait engorgé le poumon. Us tâchèrent de rappeler la transpiration avec des tisanes de fleurs d'oranger, de tilleul, de violettes et de bourrache ; mais sa peau était froide et impénétrable comme le porphyre. Au bout de vingt jours, il rendit une expectoration striée de sang.

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Les traits du visage, ce que les médecins appellent le faciès, s'effilaient, les joues se cavaient, les pommettes rougissaient de ce rouge ardent et fixe, qui est d'un si funeste augure; les mains, la poitrine et les hanches se déchaînaient ; il se sentait abattu, brisé; sa respiration s'embarrassait. Les médecins faisaient trois visites par jour; ils écrivaient ordonnances sur ordonnances. Les consoles, les tables, les bahuts, la cheminée, les guéridons de la chambre étaient devenus la succursale d'une pharmacie : on y voyait tout un monde de fioles, de petits pots, de rouleaux, de flacons, de petites boîtes, bien bouchés, étiquetés, coifiés de capsules, avec des Buscriptions en patois officinal incompréhensible.

— Celle-ci, oui.

— Celle-ci n'est plus utile.

— Essayons de cette autre...

— Mais, enfin, demandait la mère, quand en serons nous quittes? Dites, .Messieurs...

— Eh! répondaient les médecins, que voulez-vous, Excellence?... La saison... l'irritation des nerfs... le cœur. ..la suppression de la transpiration...

Le soir, arrivaient les amis. Chacun d'eux était devenu docteur médecin patenté. On récitait des dissertations, on crachait des aphorismes, ou citait Hippocrate et Galien.

— Faites ce que je vous prescris, disait un vieux général lithuanien. Il existe encore un vieillard décrépit qui a connu le médecin de Pierre le Grand... un homme... Ah! mais... Il y a aussi le médecin de la czarine...

— Bah! interrompait, en criant, un diplomate en retraite, il y a un Allemand qui a fait des cures miraculeuses, et...

— Mille pardons, reprenait une darne de la cour; mais je n'ai aucune confiance dans les médecins allemands...

— Ni moi dans les russes, ripostait l'ex diplomate.

— Oh ! les Français, s'écriait un ancien chambellan de Louis XV, les Français l'emportent sur tous les Esculapes-'do l'univers!

— Va-t'en voir s'ils viennent!... ricanait l'ambassadeur de Venise. Les Français! Les compareriez-vous, par hasard, aux médecins italiens de la faculté dePadoue? Allons donc! Venon^ au fait. Marquise, si vous voulez suivre mon avis, demandez

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une consultation aux plus célèbres médecins deSaint-Pé'ersbourg.

— C'est-à dire, ajoutait un autre, brouillez votre cervelle, et sacrifiez votre malade. Les médecins en consultation sont comme les montres, qui marquent chacune une heure différente ; lors'jue vous les avez toutes consultées, vous ne savez plus l'heure du tout : celle-ci dit trois, l'autre dit six, l'autre dit neuf.

Malgré ce dernier avis, — qui était peut être bien le plus sage, — on demanda une consultation. La mère, le père, les deux sœurs et Calliuice étaient présents. Les deux médecins ordinaires exposèrent la maladie, ses symptômes, et les moyens curatifs. On commença d'abord par tout approuver, et par accabler d'éloges les deux illustres collègues.

— C'est très-bien...

— On ne peut mieux!...

Celui-ci tousse, l'autre crache, le troisième -se mouche, le quatrième tourne à son doigt l'anneau doctoral ; puis arrivent les:

— Cependant...

— Néanmoins...

— Considérant que...

— Vu la nature persistante de la toux, Brown eût dit...

— Morgagni eût fait...

— Hoërhaave eût appliqué...

De là une avalanche de dissertations interminables, suivies d'applications diverses, souveni contraires. Enfin, au bout de deux heures, ni les docteurs consultants, ni la famille, ne comprenaient plus un traître mot de ce qu'ils savaient avant la consultation. — Chaque consultant empocha ses trois louis d'or.

— Que Votre Excellence prenne courage. Le malade n'est pas bien bas; la bonne saison le ramènera. Il est en bonnes mains, avec nos illustres confrères. — Très-humble serviteur de votre Excellence.

Le pauvre Casimir empirait, et tous les jours l'épuisement, la faiblesse, la langueur de tous les membres augmentaient. Vers l'heure du midi, soutenu par Callinice qu'il \oulait seule autour de lui pour cela, il s'habillait : enveloppé dans une

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ample robe de chambre en cachemire, à grands ramages, fortement ouatée et matelassée ; chaussé de larges pantoufles fourrées en poils de lapin de Sibérie, il allait, appuyé sur sa femme, prendre place dans une agrippine, au con de la cheminée où un grand feu, caché derrière un écran de soie verte brûlait nuit et jour : Callinice arrangeait ses cheveux, refaisait sa queue et mettait ordre au reste de sa toilette, pour qu'il pûtdécemmenl recevoir quelque ami des plus intimes: ses sœurs venaient lui tenir compagnie, continuant auprès du lui leurs charmants petits ouvrages commencés : ses bcllcss-œurs passaient avec lui deux heures chaque jour. Agnès et Mathilde lui faisaient de la musique, alternant entre elles le chant et l'accompagnement de la harpe ou de l'épinette : cela plaisait grandement à Casimir qui était un excellent dilettante. Toutes les fois qu'il se sentait un peu moins faible, il se faisait donner sa viole — que nous appelons en France un alto, violon d'une quinte plus bas que le violon ordinaire; — et à demi-couché il donnait quelques coups d'archet ou quelques pizzieati d'accompagnement, qui lui faisaient momentanément oublier ses infirmités.

Mais tous les jours dans la première matinée, il faisait demander sa sœur. Marielta et la priait de l'aider à dire ses oraisons : ils les récitaient tour à tour, tout haut, et ensemble en présence de Callinice qui les apprit en quelques jours et qui, entraînée par sa grande tendresse pour son mari et sûre de lui être agréable, les répétait avec lui. Alors, il la regardait avec douceur et ce regard semblait lui dire :

— Callinice, ma belle âme : tu ne sais pas de quelle joie cette preuve de ton affection inonde mon cœur!

Lorsque j'entrais pour dire la messe, dans une petite chambre voisine de celle du malade, et qu'on l'annonçait au son de la cl'Chette, Casimir s'asseyait sur son lit ; on plaçait derrière lui une pile d'oreillers ; il prenait son petit livre d'heures de prédilection et il suivait les parties du saint sacrifice avec une ferveur admirable, que Callinice ne savait ni ne pouvait apprécier; mais lorsqu'elle voyait son mari, au moment de l'élévation, ôler son bonnet, baisser ia tète profondément, croiser les bras sur son cœur, s'humiliant, s'annihilant, 1 our ainsi dire, en présence de Jésus-Christ, qui s'offre et s'é-

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ièvo aux pieds du trône de son père étemel, comme un holocauste, une victime d'expiation pour les péchés du monde, la pauvre luthérienne sentait un frisson parcourir lous ses os : e!!e ne pouvait surmonter son émolion et plus d'une fois on la vit tomber au pied du lit qu'elle baignait d'abondantes larme*.

A l'Elévation et au Domine, non sum dinnus, Casimir poussait un soupir vers Jésus, en le suppliant par ses entrailles miséricordieuses qui le portèrent à s'offrir pour nous comme une Hostie vivante, d'avoir pitié de Callinice et de l'attirer, par la douce violence de sa grâce, sur le sein de la sainte Vérité catholique! 11 avait toujours sur ses couvertures un médaillon d'or, contenant une très-belle et très-suave miniature de la \ . Mae de Consolation, avec laquelle il avait souvent de fervents colloques, où il invoquait sa maternelle protection, offrant, par son intervention, sa vie à Dieu, afin d'obtenir le salut éternel de son épouse. — A une certaine heure, il priait Callinice de lui procurer la consolation de quelques lectures spirituelles : la jeune femme s'y prêtant de tiès-bonne grâce, Casimir se faisait lire les chapitres les plus émouvants de l'Imitation de Jésus-Christ; quelques uns des petits traités si amoureux de Népveu, ou un sermon de Massilion. Ces lectures produisaient sur lecœurde Callinice un bien autre effet que les froides et sentimentales prières de la Confession d'Augsboury !

J'allais souvent rendre visite à Casimir, qui ne laissait jamais échapper l'occasion d'entrer dans quelque raisonnement pouvant devenir utile à Callinice, et il traitait de préférence les questions touchant les pratiques et les consuétudes du catholicisme. Le jeune hommetraitait ces matières avec un tact, une délicatesse, un tel charme d'expression, que Callinice, hors de garde, l'écoutait comme s'il fût venu à en causer par hasard.

— Savez-vous, maître, me disait-il un jour on câlinant sa jeune femme, que Callinice est devenue jalouse de ma belle sainte Vierge en me voyant tous les jours embrasser son image? L'autre jour, elle me l'a enlevée des mains et lui a appliquéun baiser si gros et si sonore, qu'Agnès, qui se trouvait là-bas, tout au fond de la chambre, l'a entendu retentir et s'est écriée :

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— Bravo, Callinice ! Tu es donc devenue idolâtre, toi aussi, que tu embrasses la Madone?

Mais Callinice, qui veut toujours avoir raison, commença à s'en défendre et répondit :

— Toi aussi, tu es idolâtre; et de quelle force, encore! Puisque l'année dernière, lorsque papa fut appeléà Berlin par le roi et resta plus de six mois absent, tu embrassais tous les matins son portrait, en lui disant : Bonjour, papa. Croyais-tu donc l'embrasser lui-même et lui parler? va donc! va donc! Cet acte satisfaisait la filiale tendresse : je fais la même chose envers la mère de Jésus, que mon Casimir aime tant! Embrasse-la, toi aussi, dit-elle, en courant la porter aux lèvres d'Agnès: vois comme elle est jolie! Vois comme elleest gentille!

Et Agnès l'embrassait ; Malhilde accourut sur la pointe des pieds et lui arrachant le médaillon des mains, elle le couvrit de baisers. Vous voyez, maître, combien d'idolâtres j'ai autour de moi ?

Callinice se mit à rire et reprenant devant moi le médaillon de Casimir, elle l'embrassa affectueusementen me disant :

— Oh! si toutes les pratiques de l'Église romaine ressemblaient à celle-ci, je m'en arrangerais très-volontiers; mais cette malheureuse confession est une chose... Baff ! Vous dire mes gros vilains péchés?... Oh! non ! Vous les répéteriez à Casimir!

— Vous ai-je jamais répété ceux de Casimir, à vous?

— Casimir ne fait pas de péchés?

— Je n'en fais que trop, dit Casimir; mais crois-moi, ma belle, Notre-Seigneur ne pouvait pas accorder aux pauvres pécheurs un moyen ni plus facile ni plus efficace que la confession; et il ne fallait rien moins qu'un Dieu tout aimant et tout-puissant pour nous fournir-une aussi simple, aussi facile manière de rentrer en grâ^e auprès de lui, après l'avoir offensé !

— Quant à moi, s'écria Mathilde d'une voix assurée, je dis que, si je ne me faisais pas catholique pour autre chose, je m'y déciderais, ne fût-ce que pour la confession ; j'espère que papa, qui m'a dit mille fois qu'il me laisserait toujours libre dans mes résolutions, me le permettra. 11 me semble que Jésus Clirist a élevé à la hauteur ineffable d'un sacrement, le

besoin le plus impérieux du cœur humain, sublimant aussi, en cela notre nature par la force surnaturelle de la grâce. — 11 est constant pour nous, que si nous avons une peine secrète et intérieure, nous sommes poussés par une impulsion de notre cœur à aller la déposer dans le sein ami d'une personne qui nous inspire delà confiance. — Tu le sais bien, Calliniee, loi, qui tant de fois m'as dévoilé le secret de ton amour pour Casimir, lorsque tu étais encore à la maison! Si j'avais quelque petit tourment, il me fallait l'exhaler auprès de toi ou d'Agnès ; et si je ne vous avais pas sous la main, lorsque Dora venait me coiffer, je me dégonflais avec elle, parce qu'elle me plaignait et... le croiras-tu? celte compassion de ma femme de chambre et ses consolations étaient un Uniment très-adoucissant, posé sur ma petite blessure !

— Mais dans la confession des papistes, reprit Calliniee; il ne s'agit pas de quelque petit chagrin de jeune fille, qui s'en fait un à chaque œillade en coulisse; mais il s'agit de péchés, de délits cachés, de crimes même, qui compromettront la vie des malfaiteurs! Te semble-t-il aisé et raisonnable qu'on aille dire à un prêtre: — Mon père, j'ai pensé, j'ai dit, j'ai fait... — Bah ! bah! bah! — Chacun tient à garder pour lui son secret, à le bien cacher, à le mettre sous clef, à triple cadenas, en bouchant tous les trous, tous les soupiraux de la cachette, pour qu'on n'en soupçonne pas l'existence.

— Je serais parfaitement de ton avis, Calliniee, dit avec chaleur Mathilde, si on devait révéler le péché à l'homme; mais dans la confession, Thomme-prètre tient la place du Christ: il dit : — Je t'absous. — Et qui peut absoudre les péchés, si ce n'est un Dieu tout-puissant? — Nous, protestants, nous le lisons dans l'Évangile de la Madeleine, du Paralytique, avec les émerveillements des Juifs. — Maintenant, la bonté et la miséricorde du Christ, qu'onl-elles fait envers nos misères? Il dit : Repens-toi, confesse-toi, fais un ferme propos et je te pardonne! — Nul autre qu'un Dieu de sagesse, ne pourrait trouver un moyen qui répondît mieux à la nature du cœur de l'homme qui, lorsqu'il a sur l'âme le poids d'un méfait, ne peut le supporter, s'il ne le dévoile à quelqu'un, comme nous ne pouvons supporter sans le rendre le poids d'une indigestion qui nous charge l'estomac.

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— Eh! niais, répondit Callinice, il y a des personnes qui savent garder soigneusement un secret pendant bien des ann ;es dans les plus profondes cavités de leur cœur, sans que l'air même puisse parvenir à en surprendre et à en découvrir la moindre peiite parcelle.

— Ne crois pas cela, Callinice. Le comte Joseph de Maistre, qui est un homme d'un espi it élevé et sublime, me disait qu'il n'y a pas de voleur, de meurtrier, de parjure qui, dans un moment ou dans l'autre, ne confie son crime à quelque misérable de sa trempe, pour se soulager d'un secret qui l'étouffé. Va dire à ce malheureux :

— Confesse ton foi fait au prclre : il t'en absoudra et tu retrouveras la paix.

Ct cet homme qui avait confié son secret à une concubine, ou à un vaurien qui le trahira pour quelques sous, refus.ra de le confesser à Dieu qui l'ensevelirait fidèlement dans les abîmes de son pardon! — L'homme est ainsi fait : l'idée du devoir l'irrite : il fait par caprice, et même à son grand préjudice, une chose qui, faite par soumission, l'eût sauvé peutêtre dans ce monde, et pour sûr, dans l'autre!

Au milieu de ces douces discussions, Callinice donnait à Casimir toutes les consolations de son amour; lui, qui sentait tous les jours son mal s'aggraver, il se hâtait de ramener sa femme dans le giron jje l'Eglise et me disait souvent :

— Maître, si Dieu m'accorde la grâce de voir nja femme catholique, je mourrai content.

En attendant, le marquis qui voyait la pauvre Malhilde soupirer après la permission de Sun père, pour en venir à l'abjuration de ses erreurs et sachant que son ami était un déiste pour qui toutes les religions valent un faisan, qui est aussi bon rôti, qu'a la sauce ou en gélatine, lui demanda Malhilde, pour qu'elle vînt, pendant quelque temps, tenir compagnie à Callinice et à ses filles. L'ambassadeur y consentit, à la grande joie de la jeune fille.

— Eti bien! enfin, s'écria alors Ubaldo, qui ne put contenir davantage son impatience surexcitée par le récit un peu verbeux du vieil abbé Paul; eh bien donc, s'est-elle enfin faite catholique? oh! comme elle est noble et franche, cette Maih.Ue!

— Certainement, répondil le vieux prêtre; et Dieu m'a fait la grâce de la conduire à quelques jours de là, à la chapelle des Jésuites de Saint-Pétersbourg, où elle fit, en répandant de hien douces larmes, son abjuration entre les mains du révérend père Gruber. La j >ie de celte âme candide el pieuse fut si grande, qu'elle rayonna dans toute la maison ; Casimir luimême, qui fut la cause occasionnelle de celte conversion, en éprouva tantd'allégrcsse au cœur, que pendant plusieurs jours, on le crut presque guéri. A cet heureux changement, Callinice éprouva une secousse dans les parties les plus intimes de son âme honne et tendre : il lui sembla que si son mari ressentait tant de joie pour la conversion de sa belle-sœur, celle qui l'i nonderait serait bien plus immense s'il voyait sa femme dans la même communion, partager sa foi et son espéiance. La grâce la travaillait intérieurement; elle priait ardemment avec Casimir : quelquefois, à la suite des tiers combats qu'elle sou tenaitavecclle-même,rcgaidmlson mari avec des yeux gros de larmes, lorsque Casimir lui demandait anxieusement ce qu'elle avait, au lieu de lui répondre, Callinice lui jetait les bras autour du cou, en s'écriant :

— Casimir, aide-moi! Prie!... ah! mon Dieu!...

Et le malade la serrait sur son cœur, pleurait avec elle, priait et biûlait d'entendre sortir enfin de sa bouche ce bienheureux mol :

— Je suis décidée!...

Callinice commença à venir souvent auprès de moi, el à me demander d éclaircir ses doutes Elle m'interrogeait sur l'autorité du Pape; sur la valeur du sainl sacrifice de la messe; sur le sacrement de la pénitence; sur le culte des reliques, sur la communion des saints; elkt m'écoutai t avec une si grande attention, qu'on eût dit qu'elle buvait avidement toutes mes réponses : elle se déclarait contente et satisfaite. Mais tous ses sentiments de tendresse les plus exquis se révélaient lorsque je lui parlais de l'Eucharistie et de l'amour immense, infini qui porte Jésus-Christ à descendre sur la terre, du haut des cieux où il est assis à la droite du Père, pour venir, sous d'aussi humbles apparences, doucement se poser sur notre langue et entrer, avec tant de désir, dans l'humble cellule de notre cœur, pour s'entretenir familièrement et debounairement avec

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nous dans un doux colloque où nous lui faisons connaître toutes nos nécessités.

— Et si je demande au bon Jésus la santé de Casimir, me l'accordera-t il? me demandait Callinice en (n'interrompant. Oh ! s'il me faisait celte belle grâce , je me ferais catholique ce soir pour communier dès demain !

— Vous êtes trop gourmande et trop peu logique, répondisje. On n'achète pas la grâce du Seigneur conditionuellemenl : c'est parce qu'elle nous arrive par la source de la divine bonté, sans aucun mérite de notre part, que c'est vraiment la grâce. Poser des conditions à un bienfait gratuit, cela ne s'est jamais vu. Il faut se confier à Dieu avec un complet abandon, parce qu'il est infiniment bon et infiniment aimable. Si l'existence de votre mari doit tourner à la gloire de sa divine majesté et au salut de lame de Casimir, il vous l'accordera volontiers. S'il doit en être autrement, laissons-le faire avec soumission et bénissons-le toujours, puis|ue vous avez l.i dans saint Paul : — Que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur.

Callinice baissa la tète et pleura ; mais en sortant de ma chambre, elle passa chez son cher malade, lui prit sa petite Vierge des mains, se mit à genoux, dit un Ave en sanglotant, baisa son mari au front, serra sa main et lui lança un regard tellement significatif, qu'il ne douta plus du triomphe de la grâce.

Quelques instants après, on annonçait l'évêque de Niesna qui était venu à Saint-Pétersbouri:, pour traiter à la cour quelques affaires de son diocèse. 11 fut immédiatement introduit auprès du marquis. Celui-ci lui demanda, comme une grande faveur, de venir dire, le dimanche suivant, la sainte messe dans la petite chapelle de Casimir qui désirait communier parle saint viatique. L'évoque y consentit avec courtoisie.

— Et moi, dit résolument Callinice, je ferai ma première communion. Votre Grandeur daignera recevoir l'abjuration de mes erreurs luthériennes, et m'admettre dans le giron de la sainte Église, en me donnant de la force par le sacrement de la confirmation.

A ces mots, la surprise et la joie furent si grandes que tout le monde fondit eu larmes et le saint prélat, fit comme tout le monde. Depuis ce jour, aucun étranger ne fut admis

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dans la chambre de Casimir, excepté le père Grnber, son confesseur, qui donna les dernières instructions à Callinice, lui fit faire une confession générale et la prépara au grand acte. Elle passait tout le temps qui lui restait libre en prières avec Casimir, ses belles-sœurs et Mathildequi ne se sentait pas de jo;e. Elle apprêta sa robe blanche et son voile ; écrivit son abjuration de sa propre main, répétant très-souvent les actes des trois vertus théologales, et surtout certaines petites prières affectueuses à Marie, dont elle reconnaissait l'intercession bienheureuse dans la grâce de sa conversion.

— Ces b Users que je vous ai donnés pour Casimir, disaitelle toute j i yeuse; oh! qu'ils m'ont fait de bien! ma honne mère! Que je vais donc vous en donner pendant tout le reste de ma vie !

Le grand dimanche arrivé, on avait invité les ambassadeurs et tous les amis catholiques qui attendaient l'évêque dans le salon d'honneur. Pour ne pas fatiguer le malade, on voulait procéder à l'abjuration dans la chapelle, mais le bon Casimir s'y opposa en disant :

— Pourquoi voulez-vous me priver du plus heureux moment de ma vie?

Ce fut donc dans la chambre de Casimir que Cillinice prononça son abjuration à genoux, fut baptisée sous condition et fui, après les protestations voulues, reçue dans les bras de l'Église. Pendant que l'évêque se parait pour la messe, elle courut vers le lit de son époux, prit la sainte Vierge, la serra sur sa poilrine, la couvrit de baisers et la donna à embrasser à Casimir, en lui disant tout bas :

— Maintenant elle est notre mère à tous deux : maintenant nous sommes vraiment une seule âme dans deux corps !

La messe étant arrivée à la communion, après le Covfileor du comte de Maistre, l'évêque quitta l'hôtel, entra en tenant le Saint -Ciboire, dans la chambre de Casimir et s'approchant du lit devant lequel Callinice était agenouillée, il commençait YEcce Agnus Dei, lorsqu'elle éclata en larmes, disant:

— Hélas, mon bien-aimé conjoint! Devant ce Dieu de paix et de miséricorde, je te supplie de me pardonner mon long endurcissement et la grande douleur qu'il t'a causée! A la lueur de la Foi dont l'Esprit-Saint m'a inondée, je puis main-

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tenant bien comprendre quelle a dû être ton angoisse eu me voyant si persistante dans la voie ténébreuse de l'erreur ! — Pardonne-moi, Casimir, et aide-moi à obtenir le pardon do Jésus! — Dis, me pardonnes-tu, Casimir?

— Oui... répondit-il en sanglotant; et les pleurs, quil'étouffaient, ne lui permirent pas d'en dire davantage.

Us communièrent tous les deux, et après la messe, Callinice tut confirmée par 1 cvèque, qui lui administra le Saint-Cbrême.

Dès cet instant, Callinice ne fut plus la même : elle fut envahie par les ardeurs d'une foi vive si intense, qu'elle aurait donné mille fois son sang et sa vie pour soutenir les vérités de l'Église catholique, et dans cette maison, si religieuse pourtant et si pieuse, elle devint un exemple continu des plus hau'es vertus.

Après deux mois de douloureuses souffrances, Casimir étant arrivé à sa dernière heure, elle le consolait par le souvenir des douleurs de Jésus crucifié pour le rachat du monde : elle ne quitta pas son chevet d'agonie, en lui répétant les plus affectueuses aspirations, lui essuyant la froide sueur de la mort; et lorsqu'il rendit le dernier soupir dans ses bras, elle lui ferma les yeux et déposa sur ses lèvres déjà refroidies, le dernier baiser de l'adieu mortel.

t Caroline et Mariette se marieront : mais Callinice ne quitta plus sa belle-mère. — Après avoir passé l'hiver en. Italie, elle s'en retourne avec la marquise, passer l'été en Suisse.sur les bords du lac de Lucerne. —

A cette triste histoire, racontée, peut-être, un peu trop longuement par le vieux prêtre français, le curé, le médecin et le comte d'Almavilla lui-même furent vivement émus; mais Ubaldo, qui pendant le cours du récit, avait déjà plusieurs fois répandu des larmes, tantôt douces, tantôt excitées par une triste compassion, ne savait pas modérer les sentiments d'un cœur ardent et impressionnable outre mesure, fait pour les grandes choses,nourri dans la piété, enflammé par les exemples maternels, fortifié par les enseignements d'un sage instituteur, incessamment provoqué par la sainte émulation d'Irène, élevé à la sublimité des désirs de la gloire divine, par une céleste vocation qui bouillonnait dans sa poitrine sans pouvoir être satisfaite.

328 UBALDO ET ÎKF.SE.

Appelés pour souper, nos voyageurs reprirent à table leur entretien avec le vieux prêtre, continuant à parler de Callinice et des hantes a eitus qui l'ornaient. Le souper achevé, on alla se livrer au repos. Le lendemain, avant de reprendre leur voyage, le comte et Ubaldo firent demander des nouvelles de la jeune dame. On leur dit qu'elle avait passé une assez bonne nuit et qu'on pensait pouvoir la transporter sans inconvénient, en brancard, jusqu'à Modane ou jusqu'à Saint-Michel. Le comte d'Alnnvilla, après avoir minutieusement visité sa voiture pour s'assurer qu'elle avait été bien remontée, se remit en chemin, avec son fils, par la route de Chambéry.

Le gentilhomme vénitien qu'ils avaient rencontré sur le mont Cenis, y était arrivé veTS le milieu de la matinée, ayant. la veille, voulu continuer son voyage jusqu'à Saint-Jean de Maurienne, et il les avait précédés de plusieurs heures. On le rencontra à l'auberge et on lui fit très-bonne mine, comme on la fait toujours aux nouvelles connaissances de grand chemin, avec lesquelles on se lie par une familiarité et une promptitude que l'ennui de se trouver dépaysé* au milieu de gens inconnus peut seul excuser. Apiès avuir dit :

— Soupez- vous?

— Et de quel appétit?

On donna 1 -ordre aux garçons de mettre trois couverts. On se promenait en attendant dans la grande salle, les mains derrière le dos, et, tnul couverts de poussière, on remit sur le tapis la moit subite de la plus noble, de la plus grande, de li plus savante république qui eût jamais existé parmi les chrétiens d'Occident.

Le Vénitien, qui était un gentilhomme instruit et au courant de toutes les perfidies humaines et de tous leurs secrets, passa en revue, avec une précision admirable toutes les trames des républicains pour pousser Venise dans le gouffre de sa perdition : il commença par raconter les soulèvements des Jacobins, instigués par les généraux français à Bergame, à Brescia, à Crema, sur le lac de Garda, et ensuite, à Padoue, à Vicence, à Trévise et dans beaucoup d'autres villes et terres de la Seigneurie, dans lesquelles les paysans fidèles à Saint- Marc, se mesurant avec les Jacobins et échangeant avec eux des coups de fusil, blessaient et tuaient, par-ci, par-là, avec

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leurs balles qui sortaient du canon sans avoir mis de besicles, quelques soldais français qui se trouvaient, — on ne sait trop pourquoi, — dans les rangs des rebelles. A chaque Français qui tombait <lans ces renconties, les généraux républicains poussaient des cris de paon, appelant la seigneurie de Venise cruelle, traîtresse, avide de verser le sang français; et, sur ces colères, ils faisaient des menaces de déclaration de guerre, comme si en lui soulevant et en lui enlevant ses plus belles villes de terie ferme, ils lui donnaient de précieux gages de paix et de concorde ! Les braves gens M...

Les généraux Dalland et Be-rupoil, qui occupaient les châteaux de Vérone, commencent, sans crier gare, à bombarder la ville sans quoi ni qu'est-ce, sans rime ni raison : le peuple qui était aux cérémonies et à la procession de Pâques, fatigue de tant de sévices tolérés en paix depuis un an, perd patience et dinne une rude communion aux Fiançais qui loi tombent sous 'a patte, les baptisant dans l'Adige, les faisant sécher dans des fours, les faisant cuire dans les chaudières des teinturiers et pendant plusieurs jours,, on fête ces Paquet véronaises qui ont eu une célébrité si funeste dans les premières guerres des Français en Italie. L'armée française revenait de l'Isonzo, de laPiave et du Tagliamenlo, après avoir conclu un traité avec le prince Charles: ayant appris les nouvelles de ces Pâques sanglantes, on ne saurait croire le bruit, les cris, le tonnerre, le tremblement qu'elle fit contre Venise, Le sénat prolestait hautement que le peuple véronais avait élé provoqué,- que c'était un peuple QJèle, doux, gai et débonnaire; mais que la fureur de l'agneau poussée à bout se convertit en rage de lion. — Le sénat donnera satisfaction; il payera des millions.

— Non. non; la guerre, la guerre ! La destruction de celle vieille tyrannie, sanguinaire et superbe!

Ce fut le cri du Directoire qui, en attendant, regardait la bonne vieille comme lui appartenant et apte à faire un mor ceau assez jeune, assez dodu, pour léchanger contre les Pays- Bas et les annexer à la Fiance (I).

(1) Une lettre d'un inconnu nous avertit du courroux de quelques Véroiiciis, qui. à propos de ces fours, de ces chaudières des teinturiers, appelaient l'auteur un menteur. L'auteur a entendu toutes les particularités des Pâques

JJu CbALDo tï IRENK.

A tous ces maux vint s'adjoindre un nouveau malheur : un pirate français voulant entrer de vive furce dans le port de Venise, les navires de garde lui donnèrent le signal pour qu'il eût à virer de bord : il poursuivit sa route; alors le bâtiment vénitien lui tira un coup de canon à la volée , et le Français piqua par son travers, pour l'éventrer; mais le Vénitien lui envoya une bordée si foudroyante, qu'il tua le capitaine et fracassa le navire. Le Directoire en apprenant cette nouvelle, au lieu de dire : — Insolent, tant pis pour toi! — commença à hurler :

— Non contents de faire couler des fleuves de sang français, en terre ferme, les Vénitiens en rougissent la mer, la mer ellemême! que la république de Venise, l'ennemie de la France, meure donc : qu'on ne lui fasse pas de quartier, qu'on la traite sans pitié.

Alors le général Baraguay-d'Hilliers se rendit à Venise, avec une mission de pacificateur : il proposa plusieurs partis ; il accueillit bien des propositions : ces traîtres jacobins de Savi du Conseil, qui avaient tenu la république désarmée, la poussé! ent cruellement à faire, des concessions mortelles, sous la fausse espérance de lui conserver la vie : la pauwe victime de la perfidie de ses fils dénaturés tomba dans le lacet que lui tendait le Directoire. On admit le changement de la Constitution de l'État : la lépubliquerenonçait au vieux gouvernement aristocratique; elle acceptait un gouvernement populaire et une garni-on française. — Vous raconter toutes les trames de ce myslèied'iniquilé, les séductions, les illusions, les faiblesses, les lâchetés... c'est impossible à dire pour une bouche humaine ! — Le 16 mai les emblèmes du lion de Saint-Marc furent abattus: on dressa l'arbre de la liberté. Après quatorze cents ans de puissance et de gloire, la république de Venise disparut à jamais!

véronaises de la bouche du comte Antonio Ferez, le vieux, qui joua un grand rôle dans ces réactions, comme le savent tous les Véronais qui ont vu son palais ou Castelvecchio brûlé par les Français, et lui fuyant avec ses fils Antonio, Battista et Luigi. L'auteur a connu un teinturier qui habitait au carré des Musetti. qui lui a dit en avoir fait bouillir plus de six. Le père de l'auteur, Véronais, retire dans le ryrol, ayant logé quelques officiels franc lis, ceux-ci lui diront avec colère : — Ah, vous «les Véronais? un de ceux, saui lo.lc. qui eut rôti les Français au foui !

l'école militaire. 33!

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