‹ Ubaldo et IrèneChapitre 63 sur 94 · II · texte numérisé non relu

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çais qui ne sont pas Provençaux; — le Francillnt donc, rentré dans la ch un urée, conta l'affaire aux camarades qui se mirent en colère et promirent de le venger. Deux jours après, à la sortie des classes, un de ces jeunes gens retint le Véronais à causer dans la cour, jusqu'à ce que tous les externes eussent été réunis autour d'eux : alors, à un signal convenu, on se rue sur le Véronais et, dix contre un, on le terrasse et on l'accable d'une grêle de coups de poing, de genou et de pied : un des agresseurs, armé d'une écritoireà poinçon, lui fait un trou dans le nez. Malgré cette attaque si peu loyale, le jeune Italien, parvenu à se relever, commença à rendre une bonne pareille à coups de poing aux assaillants et son troisième horion arriva juste à l'adresse du Francillot, cause de la bataille, si dru et si massif, qu'il le lit cracher rouge. Tous les autres l'entourèrent, et le Véronais, profitant de la préoccupation générale, se lit le plus petit possible et s'esquiva.

Sur la petite place, au coin du café, il trouva réunis plusieurs de ses camarades qui le voyant arriver cahin-caha, tout boitillant et ramassé sur lui-même, lui demandèrent ce qu'il avait? Le jeune homme leur montra sa figure noire de coups et sanglante. Ils raccompagnèrent chez lui et l'aidèrent à se mettre au lit. Ayant appris à peu près ce qui lui était arrivé, ils tirent le serment d'en tirer bonne et prompte vengeance. — Vous comprendrez sans peine, papa, combien tous les Italiens furent indignés du guet-à-pens! Ils se turent pourtant et faisant mine d'ignorer ce qui était arrivé, ils continuèrent de fréquenter l'École. Lorsque le Véronais fut guéri, on se donna rendez-vous pour un lundi, apiui l'heure des classes et, armés de gros gourdins, s'étant postés à toutes les issues de la grande cour intérieure, ils se jetèrent sur les élèves de l'École, avec la furie de l'ouragan. Ce fut une grêle de coups de triques si imprévue et si terrible, que la première ondée en abattit une douzaine. On criait, on hurlait; on cherchait à fuir; on levait les mains pour garantir la caboche ! on se fourrait entre les jambes de ces enragés ; on s'élançait contre les fenêtres basses pour sauter dans la seconde cour : c'était une mêlée tellement enchevêtrée et si terrible, que ça faisait pitié. Les plus petits qui sortaient des classes en ce moment, voyant le tohu-bohu de la grande cour, reculèrent avec épou-

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vante, renversant leschefs de section et les foulant aux pieds. De là, de nouveaux cris, de nouveaux trépignement», une nouvelle mêlée dans les classes. Dans ces entrefaites, le Véronais,qui guettait le perceur de son nez, 1 ayant enfin découvert, le saisit et lui poussant la tête sous un robinet de fontaine, lui inflige l'antique et respectable peine du talion: — Nez pour nés! — Puis, se ruant sur un antre, qui lui avait meurtri la tigure avec une boule de fer, il lui casse la mâc'ioireavec ses poings d'acier : c'était justice!

Le général, qui n'est pas sourd tout à fait, à ce qu'il paraît, finit par entendre les cris et il accourut, avec deux colonels et les capitaines :

— Holà, arrêtez ; c'est assez ! ab ! les scélérats ! ah ! les misérables!....

Et ces mots étaient accompagnés de coups de plats de sabre, de poignées d'épées, de bouts de bottes, de pointes de coudes et autres instruments tout aussi expressifs à l'usage de ces excellents messieurs, qui saisissaient les petits sous les aisselles et les jetaient dans la cour au milieu des grands pour les séparer, ce qui les exposait à attraper les éclaboussures des coups de gourdin dont la distribution continua jusqu'à l'arrivée de la garde, qui fit son entrée sur le théâtre de la guerre, la baïonnette an bout ducanon. Les Italiens se précipitèrent avec l'impétuosité des daims et des chevreuils, et, poursuivis vers la grande porte de sortie et à travers les ruelles et les passages, ils s'en furent, comme les gens de la noce, chacun chez soi.

On ferma l'Ecole pendant plusieurs jours : on posa des factionnaires aux carrefours et au coin des rues qui aboutissaient à l'établissement : on fit des rapports au Directoire et l'on procéda à des arrestations. Notre baraque était sens dessus dessous : on faisait chauffer du vin pour bassiner les blessures; on mélangeait de l'eau et du vinaigre pour imbiber des compresses; on coupait des bandes pour pratiquer des saignées, on effilait de la charpie, on préparait du vulnéraire, de l'eau de mélisse, de l'eau-de-vie camphrée, du sparadrap, du dyachilum, du cérat, des emplâtres. Il y eut une descente de police; un déplacement de robes noires et de bonnets carrés; on inUrrogea, on informa, on procéda, on instruisit, on requit, on mvestigua, on ins'rumcnta,on verbalisa, on surérogea,

on circonstancié, on intima, on instigua, on préopina, on présupposa, on inventoria, on déclama, on pérora, on plaida, on interpréta, on subrogea, on perscruta, on reconventionnn, on constata le fait pur et simple de l'agression des dix Français contre l'Italien, avec les circonstances aggravantes de l'encrier à poinçon et du boulet de canon. Après tout ce griffonnage, ce verbiage, ce bavardage, ce tapage, ce remue-ménage, ce commérage et tout ce rabâchage, accompagnés de ce caquetage, de ce clabaudage et de ce radotage, le tribunal opina, jugea, décréta et sentencia, qu'il n'y avait pas là de quoi fouetter un chat; que c'était un enfantillage qui ne méritait pas un plus long parlottage ni un plus rigoureux jugeottage.

Tel fut le résultat de tout ce tripotage, Que je vous ai, papa, coûté dans un langage Bien digne, eu vérité, de passer d'à^e en àgr.

Tout cela paraissait terminé: on avait rouvert l'Ecole; les Italiens étaient revenus, tranquilles et courtois envers tout le monde; mais s'étant aperçus que deux d'entre eux manquaient à l'appel, ayant appris qu'ils avaient été appréhendés par la justice dans cette bagarre et. maintenus en prison, ils députèrent deux orateurs auprès du général, pour leur demander, comme une faveur, l'élargissement de leurs camarades et compatriotes. Le général fit de belles promesses; mais les jours se succédaient sans amener la mise en liberté des deux prisonniers. — Que firent alors nos grands fous de la Cisalpine? Ils se dirent entre eux :

— Ah ! le général se fiche de nous et veut nous endormir par de belles paroles? Eh bien, nous lui prouverons par des faits que nous sommes bien éveillés. — Si les Siciliens firent chanter vêpres aux Angevins, nous leur ferons chanter un nocturne qui ne sera pas piqué des hannetons!

— L'heure de la classe de dessin étant arrivée (elle avait lieu à l'entrée de la nuit), les Italiens convinrent qu'ils éteindraient toutes les lampes à la fois et qu'ils administreraient gratis une bonne dégelée de caiottes aux élèves qui les avaient insultés et qui avaient pris en traîtres les Véronais. Afin de ne passe tromper dans l'obscurité, ils se donnèrent le mot d'or-

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dre de Jean de Procida, qui était de prononcer Ceci, mot que les Italiens seuls sivent prononcer comme il faut.

En effet , à l'heure marquée, chaque élève était assis devant son carton, s'occupant de son dessin. Au signal convenu, ceux qui se trouvaient placés prés des lampes soufflet eut dessus et bonne nuit. — La distribution commence : les crayons, les fusins, les porte-crayons tombent de lous côtés : tout le inonde se lève ; on renverse les pupitres, les tablettes, les chevalets et on s'élance vers la porte pour fuir. On s'empoigne, on se secoue, on se bouscule, on se tape, on se houspille, on se culbute, on s'assomme à grands coups de poing et à formidables coups de pied. Les Italiens saisis criaient : Ceci; on les lâchait incontinent. Les Français, s'en étant aperças, zézéyaient : Sési, et les Belges braillaient cheichi : pamph! un coup de poing : pouft ! un coup de pied ; puis un cri de : Aïe ! qui est le même dans toutes les langues. Les maîtres attrapèrent leur ration de calottes comme les antres. Toutes les fois qu'on tombait sur moi je m'écriais : Ceci, et j'en étais quitte. Mais je serai franc avec vous, papa : quelque gourmade bien saucée, bien assaisonnée, bien poivrée surtout, vous pouvez vous en rapporter à moi, je l'ai laissé tomber moi aussi sur mes Francillots. — Ma foi, cet Italien de m... me pue fortement au nez; si quelqu'un m'en gratifie à l'avenir, jj lui répondrai ceci. Voilà ! —

Ce langage plein de verve et peut-être un peu trop harJi d'Ubaldo, faisait rire son père qui aurait du plutôt le gronder et lui démontrer que ces mauvais garnements de jeunes Italiens avaient commis un double méfait : celui d'abord d'avoir fait d'une querelle entre deux individus, une querelle nationale; l'autre, ensuite, de vouloir se venger d'une trahison par une trahison bien plus grande, maltraitant beaucoup d'innocents qui n'étaient pour rien dans toute cette sotte affaire. L'baldo parlait en enfant fougueux et susceptible, qui respirait un air corrompu et empoisonné. Les collèges de la France étaient alors presque lous militaires, comme ils le furent ensuite en Italie, sous les noms de Prytanée, puis de Lycée, où l'on était gouverné comme Ubaldo vient de nous le dire; et, de nos jours, nous les voyons renaître dans quelques États italiens, comme collèges nationaux ; malgré tout, il faut en cou-

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venir, les collèges républicains et les impériaux, au milieu des contaminations de leur temps, n'étaient peut-èlre pas pires que ceux d'aujourd'hui. Alors, dans les collèges de la France et du royaume d'Italie, les jeunes gens étaient élevés avec un amour de gloire démesuré : l'honneur des armes était pour eux une chose héroïque et sublime; ils n'avaient d'autre ambition que celle de se signaler dans les batailles, de mériter le nom de braves soldats, d'audacieux preneurs de redoutes et de tranchées, de lesles voltigeurs, d'artilleurs intrépides. Le nom de patrie réveillait une noble flamme dans leurs jeunes poitrines! Aujourd'hui, au contraire, on les élève dans la haine terrible et féroce des Allemands, non par amour de la patrie, mais par esprit furieux de parti : les noms de patrie et de nation qui voltigent sans cesse sur les lèvres de leurs maîtres étrangers, ne sont plus désormais ces noms saints et révérés qui inspiraient à l'âme des sentiments forts et des pensées généreuses ; mais ce sont des mots vagues, souvent artificieux, couvrant des désirs de vengeance, d'injures, de mépris contre les bons citoyens qu'on dépouille, qu'on vexe, qu'on opprime au nom de la patrie, méconnaissant entièrement les anciens services rendus par eux à cette patrie bien-aimée, dans les temps où l'on se vantait beaucoup moins et où l'on agissa.t bien davantage pour son honneur et pour sa défense.

Dans les collèges républicains et impériaux des premières années de noire siècle, les entants étaient élevés en païens selon les maximes de Xénophon, de Plutarque, de Cornélius- Nepos et de Tite-Live : la gloire militaire d'abord, puis, la gloire civile, constituant la vertu et. le bonheur, on ne se préoccupait guère de religion. Dans nos collèges nationaux olia présent, tout noble sentiment est étouffé sous un hypocrite manteau de christianisme, dans les plis duquel se glisse et serpente un poison subtil et sombre contre l'Eglise, ses pa-teurs, ses ministres et ses lois divines. Une fureur de liberté sans générosité aucune, est de la licence, du mépris pour toute autorité religieuse et civile. — Cette éducation nous élève clés citoyens qui n'admettront dans la citadinancc que des individus partageant leur manière dépenser, et repousseront tous ceux qui ne vendront pas, comme eux, leur conscience pour faire la guerre aux choses sacrées, aux droits les pluslégili-

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IDH, aux institutions les plus sages, qui ont été respectes jusqu'ici, en dépit de tous les bouleversements, de tant de guerres et de tant d'invasions étrangères. — Les collèges militaires répuLlieains nous ont donné des hommes sans religion ; nos collèges actuels nous donneront des élèves qui les accepteront toutes pour bonnes, excepté la catholique romaine dans le sein de laquelle sont nés leurs parents, les braves généraux et les preux soldats qui donnèrent au rom italien une si hante renommée.

Dans les co'léges républicains et impériaux, les élèves lisaient Voilai réel toute sa suite de mécréants; mais comme on ne s'occupait que d'en faire des soldats vigoureux et guerriers, on veillait attentivement à ce qu'ils ne tombassent pas dans de vilains vices qui les eussent épuisés, amollis et énervés : on ne leur laissait pas lire de livres voluptueux, qui gâtent le cœur: nous nous souvenons avoir vu bannir de ces collèges les Nouvelles sentimentales d'Arnaud et ses Epreuves du sentiment. — Regardez maintenant les écoliers des collèges nationaux : vous leur trouverez des figures de Vénérable Béda, lailléesen bois de noyer; ils sont tous couleur de navet ou de poireau. On leur laisse lire les plus vilains romans qui attisent toutes les passions et qui sanctifient tous les vices, avec un supplément de haine infernale contre les plus aimables vertus d'un cœur chrétien.

Les collèges où les jeunes <:cns étaient élevés dans la crainte de Dieu, où ils grandissaient en formant leur âme virginale, selon la douce invitation de l'apôtre saint Paul, à suivre avec énergie et avec courage : tout ce qui est vrai, tout ce qui est pur, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui rend aimable, tout ce qui donne une bonne renommée, tout ce qui a quelque vertu, quelque mérite de discipline; ces collèges là, selon don Vincenzo. n'étaient pas faits, ni convenables pour le christianisme civil ; ils efieminaient, ils rapetissaient, ils avilissaient lésâmes mâles et vigoureuses, capables des plus grandes choses, lorsqu'elles battent dans la poitrine de la jeunesse ! — Laissons donc mûrir les fruits de cette bonne semence : ceux qui vivront encore dans cent ans, pourront admirer tout à l'aise les héros de nouvelle trempe sortis de cel autre Cheval de Troie, les collèges nationaux. Nous souhaitons de

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grand cœur au roi Umberto, qu'il retrouve en eux ces vaillanls Piémontais, qui entouraient jadis, dans les batailles, Emmanuel-Philibert et le prince Eugène de Savoie; et ceux qtri assistaient aux Conseils, et qui dirigeaient les Sénats des plus savants d'entre les Amédée !

Le comte d Almavilla, après avoir a?sez ri du rigodon renforcé qu'avaient fait danser sans cbandelle aux maîtres et aux élèves de l'école de dessin, ces Italiens robustes, qui connaissaient la contre-pointe tout aussi bien que la savatte et le bâton, demanda à Ubaldo quel élait l'emploi de leur journée et si la nourriture élait suffisante et bien conditionnée.

— Pour ce qui est de la bousti faille, répondit l'espiègle, on a la cuisine assez à la. sans- façon, car nos maîtres queuxsont tous de vieux soldats, pris dans les bataillons et des vivandiers de camps, tous artistes qui ont manié le sabre et la carabine bien plus que la poêle et la casserole! Le dîner est très-succinct: la soupe, une tranche de bœuf entourée de choux- raves ou de choux-cabus noyés dans du vinaigre; une autre tranche de gigot rôti, garnie de pommes de terre frites ou bouillies; du pain de son et de l'eau, avec deux doigts de vin pur pour dessert. A souper, et iterum, la soupe; un morceau de mouton au four, avec des épinards, des poireaux, des raves ou des échalottes. On déjeune avec du pain blanc, des fruits, ou du fromage, ou bien encore du saucisson ou une tranche de jambon fumé.

— Manger fin et délicat, par ma foi ! Ne vous donne-t-on jamais quelque tourte, quelque crème, quelque pâle feuilletée ou quelque baba?

— Ces friandises-là ne sont pas faites pour nos avaloirs ! Il y a des jours où, après l'équitalion, après l'exercice du fusil, de la bombe, ou du canon, on nous gratifie de pain de seigle avec du sel, que nous croquons à belles dents, avec une dextérité miraculeuse. Quelquefois, après la promenade militaire, on nous fait faire notre cuisine nous-mêmes; celui-ci hache le lard, celui-là tripote la sauce ; un autre épluche les légumes : vous pouvez croire que l'on jette dans la marmite des trognons toutei'tiers, des blettes et des carottes, terre et tout, et je vous assure,, papa, que nous avalons ça comme des biscuits à la cuiller, ou des meringues à la \anille !

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— Et quel coucher avcz-vous? —Je n'ai trouvé sur la liste du trousseau, ni rideaux, ni garniture de lit : comment est-ce?

— C'est à la stricte ordonnance : deux tréteaux en fer, un fond sanglé et une galette de matelas; un traversin et un oreiller : on n'a pas la peine de remuer la paillasse et le lit est toujours fait : on va se débarbouiller au lavabo commun et l'on n'a que faire du valet de chambre pour arranger les cheveux ou se faire renouer la queue, comme vous voyez, ajouta Ubaldo en montrant à son père sa tète à la Titus. — A peine étais-je entré au quartier, rju'un sous-caporal, autrement dit un appointé, arrive tenant à la main des ciseaux plus grands que les cisailles d'un ferblantier; un autre me prend par la tète et ziff! me voilà sans queue, comme un cheval anglais : ne le dites pas, je vous prie, à notre vieux Maurice; il pleurerait cetie porte comme celle d'un de ses enfants ; lui qui tous les matins caressait ma petite queue avec le démêloir d'abord, puis avec le peigne fin et la pommadait avec une tendresse vraiment palernelle ; lui qui le soir, avant de me déshabiller, la renfermait précieusement dans un boursicot pour qu'elle ne pi ît pas de faux plis! — Tondus et écourtés comme nous voilà, nous n'avons qu'à nous donner un petit coup A'èlriUe en chiendent et nous voilà coiffés. — Voulezvous que je vous di-e, papa? Si la révolution, au lieu découper tant de tètes, s'était contentée de faire une Saint Barthélémy de queues, je la bénirais. On ma dit qu'au fur et à mesure, on baissera les chapeaux à boids retroussés, — ces vilains chapeaux retapés; — que les pékins... — Ah! mille pardons!... — je veux dire les bourgeois, ne porteront plus de laitues à leurs chemises, de cols a rabats, dos boucles aux souliers, à la jarretière, à la ceinture de la culotte, ce qui fait un bouclement universel, comme pour une valise! et enfin, que les habits ne seront plus en satin, on brocart, en velours; avec les boutons grands comme un écu, tout couverts de joyaux et à grandes basques renversées, et qu'ils seront remplacés par des redingotes" en fin drap d'Angleterre : il y en a qui disent aussi que la culotte sera détrônée par le pantalon.

— Je porterai la queue, la poudre et les boucles d'or tant que je le pourrai et je laisserai les surtouts de drap à mes valets de pied, le pantalon aux voituriers, aux marins et aux

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marchands de poisson. Ces républicains voudraient nous amener à nous habiller comme les merciers, les ouvriers et les garçons d'écurie. La simplicité du costume me plaît aussi : je ne dirai jamais qu'on s'habille en drap d'or, ou enbrocatelle, comme le prêtre à l'autel ; mais je trouve bon qu'il y ait une ligne de démarcation dans la manière de se vêtir ; car, à la (in des comptes, le noble doit, si ce n'est dans les actes moraux qui sont communs à toutes les classes, se séparer et se distinguer de la plèbe par ses habits et par la manière de les porter; autrement, il nous arrivera de prendre un serrurier et un cordonnier pour un marquis cl celui-ci pour un artisan quelconque.

— Nous les reconnaîtrons toujours au( mains, répondit l'baldo en riant; car s'ils ne se gantent pas, on dira en les voyant: Voilà un teinturier, voilà un serrurier, voilà un chaudronnier. A Paris, tout le monde aujourd'hui s'habille de la même manière ; pourtant on reconnaît l'artisan ou le gargotier à vingt lieues de distance : regardez-les bien ; celui ci a un col de chemise s-ale: sa cravate est limée par le flottement de sa barbe ; ses souliers sont éculés, ses gants s >nt gras ou défraîchis : l'homme comme il faut est toujours élégant et propre des pieds à la tête. Qu'on s'habille comme on voudra ; la différence scia toujours sensible; l'égalité, que les Jacobins ont constamment à la bouche, ne sera jamais atteinte.

— Généralement pailavt, cela est hors do doute; si on l'obtient à peu près chez les soldats et dans les collèges, on ne l'aura jamais dans les villes.

— Ni dans les collèges, papa; croyez-le bien. Nous autres, quoique nos uniformes soient tous coupés sur le même patron selon l'ordonnance, nous distinguons à l'odeur le noble du vilain. 11 y a parmi nous do la faune de toutes les moulures; des artisans, des paysans, des parvenus de la révolution. Plusieurs vidangeurs, portefaix, charbonniers, tanneurs ou autres puanteurs de la même espèce, parvenus et enrichis par les moyens les moins avouables, voulant sortir de leur fumier, envoient leurs enfants aux collèges militaires apprendre le métier de la guerre, espérant qu'ils deviendront tous des Condé, des Coligny, des Turenne, et ils les voient déjà conné-

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