LI. — Le 16 mai
L'officier de cuirassiers s'avançait fièrement dans la longue allée du jardin, faisant ondoyer la noire crinière de soncasque <|iii ombrageait sesépaules,et envoyant dans les yeux des deux femmes éblouies les éclairs renvoyés par sa cuirasse éclatante et polie. Son premier aspect était sombre et altéré: les gourmettes de son casque qu'il avait relevées, frappaient ses joues avec leurs luisantes écailles, et venant se joindre entre son nez et sa lèvre supérieure, donnaient à cette figure fortement animée par la rapidité de la marche et par une violente émotion, un air étrange et terrible. En voyant Lida., qui se montrait debout entre les camélias à l'entrée de cette niche verte, l'officier, sans prononcer un seul mot, la prit à bras-le-corps et, l'écartant du passage, il s'élança avec précipitation entre la table et le banc de marbre, et se jeta au cou de la comtesse Virginie, qui poussa un cri aigu en portant ses deux mains en avant avec un mouvement de terreur. Mais le fier cuirassier, pressant sa joue contre la sienne, murmurait d'une voix étouffée par l'émotion :
— Maman, chère maman.
Les pleurs qui le suffoquaient, ne lui permettaient pas de prononcer aucune autre parole.
La comtesse, à cette apparition inattendue, à cette impétueuse embrassade, à cette sueur qui mouillait sa joue, à ces pleurs qui ruisselaient sur son cou et sur sa poitrine, à cette voix sanglotante, reconnut enfin Ubaldo, son enfant aimé, et, après avoir poussé ce cri de surprise et d'effroi que nous avons entendu, elle s'abandonna, presque sans connaissance, aux étreintes de l'ardent jeune homme: ils restèrentquelque temps ainsi enlacés, sans mot dire : enfin Ubaldo releva la lête, sourit tendrement à sa mère et, déposant son cas |ue, lui prit la main et la lui baisa avec amour et respect, en disant :