‹ Ubaldo et IrèneChapitre 7 sur 94 · XXXII. — UNE JOURNÉK A SL'PEIU.V · texte numérisé non relu

XXXII. — UNE JOURNÉK A SL'PEIU.V

Un matin d'automne de 1795, Irène vint prier son frère d'aller, après le déjeuner, l'aider à arroser ses camélias couleur d'ange et les géorgiennes doubles, lilas et cramoisies, qu'elle cultivait sur la petite terrasse, dans de jolis pots. Ces fleurs extrêmement belles ornaient la rampe du balcon sur lequel leur mère aimait à venir travailler. L'baldo s'empressa de prendre l'arrosoir et commença gaiement son nflice : Irène prenait l'eau que sen frère avait été chercher à la peliie fen-

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taine et abreuvait de belles roses mtilliflores et du Bengale qui formaient un petit bois et s'étendaient en espalier incarnat efperlé, dont elle détachait tous les jours un petit bouquet qu'elle plaçait devant sa madone. Dès qu'ils eurent achevé d'arroser et pendant qu'Irène enlevait quelques jets gourmands et quelques branches desséchées, Ubaldo lui dit tout bas :

— Sais-tu, Nône, que je suis très-inquiet de Lauretta ? ce matin à la messe, j'ai demandé à Dieu qu'il daignât m'éclairer et me conseiller; mais je ne sais vraiment que faire. J'étais descendu à l'écurie, hier au soir après l'heure ordinaire pour voir Mustapha, qui boitait un peu d'un pied à la promenade et pour qui j'avais ordonné quelques petits bains. Pendant que je passais tout seul contre les remises, je vois Sylvestre, tu sais, le jeune palefrenier, qui se tenait en faction sous les fenêtres de Lauretta pour attacher un livre à une petite ficelle qu'elle avait laissée pendre en dehors du balcon. Je me cache alors, derrière un pilier et je vois Lauretta qui remonte le livre, met à sa place une lettre, redescend la ficelle et fait des signes auxquels Sylvestre répond oui avec la tête. Tu vois, Nène; le palefrenier fait la main à notre sœur pour lui procurer de mauvais livres sans doute, et pour une correspondance secrète : il me semble que Lauretta ne prend aucun soin de sa réputation, en descendant à de pareilles bassesses.

— C'est vrai, répondit Irène ; Lauretta ne se respecte point : si elle pensait combien elle se dégrade en se livrant à la discrétion d'un palefrenier, qui peut la rendre la fable de tout le monde, certes, elle ne s'abandonnerait pas à une semblable folie. Tu me désoles, Baldo, en m'apprenant cela : il faut y porter remède le plus discrètement et le plus promptement possible.

— Eh ! mon Dieu, sais-tu pourquoi je suis venu si tard à la messe ce matin ? dès que je vis Lauretta entrer dans la chapelle, je dis à Cencio d'aider à parer le prêtre et de commencer à lui servir la messe où je reviendrais le remplacer après l'évangile. Je suis sorti, et, courant tout droit à la chambre de Lauretta, je me suis mis à chercher dans tous les coins pour découvrir ce livre. Je ne l'ai pas trouvé et j'en suis très-fàché.

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