‹ Ubaldo et IrèneChapitre 70 sur 94 · MARIE SUR LA TOMBE DES PREUX · texte numérisé non relu

MARIE SUR LA TOMBE DES PREUX

La villa Panfili n'offre pas au regard de la personne qui sort de Rome par la porte Saint-Pancrace pour se rendre aux collines du sud, une belle vue de fleurs et de verdure; car le promeneur marche dans un grand sentier encaissé entre les arcades grisâtres de l'Acqua Paola et les palais du Vascello et des Quatlroventi qui, dans le siège cruel et obstiné de 1849, furent dévastés, démantelés, écrasés par l'artillerie des Romains rebelles et celle des Français, qui les fracassèrent tel lement, qu'ils n'offrent plus aujourd'hui que l'aspect de ruines grotesques, bizarres, inqualifiables.

Mais dès qu'on atteint les portes majestueuses de la villa, on se trouve transporté comme par enchantement dans l'antique séjour des Champs élyséens, où les ombres des héros erraient bienheureuses, longeant les marges fleuries par le

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divin Asphodèle qui se mire, entouré de invites et de lauriers éternels dans le cristal transparent des fontaines intarissables; plantes prédestinées dont les feuilles toujours vertes couronnaient leurs fronts héroïques, lorsqu'ils vivaient sur la terre, et se mêlaient à la longue chevelure ondoyante des vierges d'Ionie. Là, dans un grand cercle d'arbres centenaires, s'ouvrent devant vos yeux de vastes avenues d'aunes qui, semblables à de longues et larges galeries vertes, entrelacent et lient leurs rameaux d'entre lesquels pendent les corymbes variés des lierres qui, mariés à ces troncs vigoureux, forment de petits pavillons, des bannières, des pennons voltigeant au souffle léger et doux des zéphyrs qui se jouent gracieusement sous ces ombres épaisses, en leur donnant un peu de mouvement et de vie et en embellissant ces rudes rameaux. Là, sous d'épais massifs de buis, dans des niches de ch irmille, se dressent sur leurs piédestaux des statues de marbre, sculptures antiques, alternées avec les anciens vases de Canope, qui ouvrent l'accès aux columbariums d'une nécropole romaine aux inscriptions de cent pierres tombales, à demi enfouies dans les ruines des murs et des réduits qui entouraient les urnes cinéraires des vainqueurs du monde, lesquels trouvaient trop petite la terre qui s'étendait du Gange au Borysthène, de la Mauritanie à la Chersonèse aurifèrp et qui ne sont plus désormais qu'une pincée de poussière close dans un petit pot de six pouces.

Au delà du colombarium, s'étend une très-verte prairie partagée par une longue rangée d'arbres touffus qui ombragent, au nord, le riche et noble palais et le défendent du souffle impétueux de Borée et de l'aquilon glacé. A peu de distance du palais, au milieu d'un petit bois de hêtres, s'élève un pa villon à l'architecture bizarre, un tiers suisse, un tiers anglaise, un tiers italienne, à petites galeries et à terrasses, où logent les enfants du prince avec leurs instituteurs; mais entre cette demeure et le palais, surgit entre les rameaux des arbres une habitation d'apparence rustique et agreste, placée là comme un intermédiaire entre la magnificence du palais e* la grâce de la petite villa.

Le palais sublime du seigneur qui se carre au milieu de tonte celte splendide verdure, s'appuie, au midi, sur un reboid

élevé, entouré de balustrades en marbre, en forme de terrasse, au-dessous de laquelle s'étend un royal jardin, diapré de méandres de huis soigneusement tondu, gracieusement dessinés et figurant les Manches colombes de la maison Panfili portant dans le bec le vert rameau d'olivier; l'aigle et le lis de la maison Doria; les barres de l'illustre famille Talbot qui donna à Rome les deux pures étoiles britanniques, Guindelina Borghese et Marietta Doria. Sous la galerie du palais, dans le centre du jardin une grande fontaine répand un voile vaporeux en forme d'entonnoir, et se déverse lente et calme, en gouttes de rosée, dans une jolie vasque où frétillent mille petits poissons d'or, d'argent, de minium et de cynabre : plus loin il y a des petits lacs, dos bassins, des cascatelles, des jeta, des gerbes, le long des capillaires et des muscs: les tuyaux et les conduits qui donnent de la vie, du mouvement, de l'harmonie, du sentiment, dirons-nous presque, à ces eaux, sont cachés et dissimulés dans des grottes, dans des réduits, dans des sinuosités ménagés avec un art infini.

Cette admirable propriété contient en outre des plaines, des collines, des pentes, des monticules, de petites vallées, des fonds remplis de bosquets de chênes, de mélèzes, de peupliers, de frênes, de charmes, de trembles, de sycomores largement dominés par une couronne de pins droits comme des cierges, hauts comme des clochers, qui forment la plus superbe et orgueilleuse pinède des environs de Rome. Dans ces petites forêts, sur ces prairies, au fond de ces vallées, s'élancent, serpentent, courent, jaillissent, irriguent, rayonnent cent riches sources et cours d'eau qui d'abord, par des robinets, des cannelles, des jets, des vomitoires, des pjmpes, des tamisoirs passent de vase en vase, de conque en conque, de bassin en bassin, formant mille manières de gerbes, de rosaces, de pierreries, d'arcs-en-ciel, de voiles, de nappes liquides et mille chiffres et arabesques bizarres; pour aller ensuite se réunir en lacs, en mares, en baignoires, en petites cavernes, en pignons et monts-joies; ei se perdre enfin, dociles et tranquilles, en ruisselets azurés qui s'étendent entre deux rives fleuries, coupés par des ponceaux et des troncs d'arbres qni s'y mirent et embellissent la perspective enchanteresse !

Dans tous ces vastes enclos on voit, au centre le plus touffu

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