MARIE SUB LA TOMBE DES PREUX
des bois et sur le plus large espace des plages, de petits palais et des fermes, des diables de vaches, des parcs de gibier, des serres fleuries, des orangeries, des réduits ombreux, des repos, des amphithéâtres de gazon, de très-longues avenues de camélias, d'hortensias et de magnolias qui parlent du palais d'Olympic et s'étenden', se croisent, se contournent en charmants points de vue et en longues fuites vers le Vatican et dans rétendue de Val di Tevere, par les antiques sépulcres de la voie Appienne, jusqu'aux collines d'Albane eLaux monts du Tusculum et de Jupiter latin.
Eh bien ! aux mois de mai et juin 1849, cette villa si belle, si royale, dans celte saison où la nature sourit, où les fleurs poussent, se colorent, s'embaument et brillent de mille nuan ces; cette villa, — souvenir douloureux ! — fut convertie en un champ de bataille, où se livrèrent des combats sanglants, impies, fratricides et sacrilèges. Les vaillants Français l'enlevèrent d'assaut aux féroces républicains, s'y retranchèrent et soutinrent, derrière les pins, les mélèzes et les sycomores, fermement et longuement, le choc impétueux et désespéré des rebelles Romains, qu'ils repoussèrent derrière les pentes du palais des Quattroventi sur les hauteurs duquel ayant dressé les gabions des batteries, ils campèrent en sûreté dans la villa Panfili. Mais dans ces assauts, par le parcours des chariots, des chevaux, les fleurs furent foulées, dispersées, écrasées; les cèdres et les orangers furent détruits, les longues allées de camélias renversées et dévastées; les fontaines brisées, taries, souillées de sang, comblées de cadavres; l'herbe des prés et son émail de fleurs naturelles ternis, foulés, déchirés par les pieds des chevaux et la mêlée des combattants.
Un peu en deçà du gracieux théâtre des camélias, les Fi ançais creusèrent les tombeaux des braves camarades qu'ils avaient perdus : mais Rome était sauvée par leur vaillance, et le Saint-Père étant rentré dans sa glorieuse demeure du Vatican, l'illustre maître de la villa ne voulut pas qu'une terre profane, exposée aux averses, aux rayons ardents du soleil et à la furie des vents, gardât plus longtemps ces nobles dépouilles : guidé par la religion et ému d'une haute pitié, il désira que les ossements de ces courageux et fidèles combattants, honorés, respectés et pleures par la reconnai-sance ro-
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maine, reposassent en paix dans la lerre bénie, sons les puissants auspices de la divine Mère du Seigneur.
Le prince Panfili fit donc édifier dans la partie la plus noble et la plus élevée de la villa, où débouchent les plus longues, les plus belles avenues flanquées d'arbres et rafraîchies par des fontaines, un temple ouvert, en guise d'arc de triomphe, soutenu par de nombreuses colonnes marmoréennes, où il fk rassembler ces restes guerriers sous un grand monument à hautes marches de marbre, blanc, donnant accès à une pyramide qui renferme, dans le médaillon de la niche du milieu, l'auguste image de la Vierge Immaculée, qui, sculptée en marbre d'une blancheur éblouissante, bénit les ossements des héros qui ont défendu le trône immortel du vicaire de Jésus- Christ, Fils de Dieu dans les cieux et de Ses entrailles sur ia lerre. Chaque degré de ce saiut escalier porte gravés les noms des preux qui périrent dans cette enceinte et trois côtés de la pyramide répètent en français, en latin et en italien l'inscription funéraire qui impètre leur repos éternel. Sur le fronlon de l'arc est sculpté le nom du prince don Filippo Doria Panfili, qui fit élever ce mausolée sous l'impulsion magnanime d'une chrétienne couitoisie. Pour que le terrain auquel on avait confié d'abord les glorieuses dépouilles, fût désormais i especté par la pioche et la bêche; pour qu'aucun pied humain n'osât plus y laisser son empreinte, pour qu'aucune dent de bétail ne vînt plus en brouter l'herbe, le prince fit planter sur tout cet espace, dujonc arborescent qui, avec ses larges feuilles toujouis vertes, en forme de palmes et d'ombrelles, le recouvrit en l'égayant par les blanches clochettes de ses fleurs. Il fit entourer le bosquet de joncs, par de l.irges ceps d'aloès et d'oponties qui, comme le cadre de ce tableau mortuaire, le ceignirent d l'une bordure d'un vert pâle azuré.
Ombres des braves de la Seine ! Reposez en paix sous le céleste manteau de Celle qui est forte dans les batailles et qui terrassa, écrasa sous son pied triomphant le Prince des '■sprits rebelles! Dites-nous, hélas ! si vos intrépides frères d armes, morts aux champs d'Alma, d'inkermann et de Balacla\a, trouvèrent dans l'inhospitalière Crimée, une autre âme pieuse et charitable qui rassemblât leurs ossements et élevât sur eux un temple à la reine des cieux, qui les garde et les