‹ Ubaldo et IrèneChapitre 72 sur 94 · JURIE SU» LA TOMBE DES PREUX · texte numérisé non relu

JURIE SU» LA TOMBE DES PREUX

protège (I). Cories, cette faveur, ils ne l'ont pas eue, \os pères, tombés sur les pentes et dans les vallons de Montenotte; entre les parapets des ponts d'Arcole, de Bassano et de Lodi ; sur les collines de Montebello et de Novi; sur les rochers de Rivoli et dans les plaines de Marengo. Et pourtant, nous avons vu sur cette terre qui a bu tant de sang dans les batailles, et qui recouvre tristement les ossements de tant de guerriers, surgir les aiguilles et les superbes et somptueux trophées du grand conquérant ; mais nuus n'avons pas vu une seule Croix qui les consolât de son ombre et vînt dire à la postérité :

— Ici reposent, sous l'aile du pardon du Seigneur, ces héros de la France, qui attendent le son de la trompette dernière!

Non; ces guerres meurtrières pour la conquête de l'Italie ne furent jamais réconfortées par la religion qui verse toujours tant de baume sur les blessures du soldat, qui calme ses douleurs, qui reçoit sur le champ de carnage et dans les hôpitaux le dernier soupir des mourants! — 11 n'en était pas ainsi dans les phalanges autrichiennes, qui avaient leur aumônier dans chaque régiment : c'était un spectacle émouvant de pitié et d'espérance chrétienne que de voir, après la bataille, dans les hôpitaux, surtout quand c'était une église, ces pauvres mourants lever les yeux vers les saintes images des autels profanés, demandant avec instance un confesseur ! Mais

(1) Cette personne pieuse et charitable, la trouverez-vous aujourd'hui (1859) ea Piémont et en Lombardie, ô vous, restes mortels de nos vaillants et courageux enfants qui, comme vos devanciers de 1849, à Rome, avez trouvé la mort en Mai et Juin, — anniversaires terribles! — sur les champs de bataille de Montebello, Palestro, Turbigo. Melegnano, Magenta, Solferino, en combattant pour la délivrance de l'Italie? Trouvez- vous sur cette terre, si largement abreuvée de votre généreux saug. un pauvre lieu de repos, exempt de toute profanation, à l'ombre de la Croix, entouré d'une simple palissade rustique, où vos mères, vos sœurs, vos promises pourront venir, accomplissant un long et pieux pèlerinage, pleurer de douleur et d'orgueil sur vos tombes? A dix ans de distance, l'Italie garde-t-elle encore dans son sein une seule de ces âmes pieuses et charitables de prince ou de manant, qui soit assez reconnaissante pour creuser la fosse immense qui pourra contenir tous les os français que nous a coûtés sa belle patrie? Nous avons la triste douleur d'en douter grandement! Les Italiens de notre jeunesse et de celle de l'auteur, qui étaient alors déjà vieux, sont morts depuis lougues années, et malheureusement, leurs descendants ne leur ressemblent guère.

. . (Le traducteur.)

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il y avait là des Allemands, des Bohémiens, des Hongrois, des Slave? ; les bons prêtres italiens, qui ne comprenaient pas leurs idiomes, tâchaient, par des signes ou au moyen de quelques mots latins, de leur expliquer que, dans ces circonstances eltrèmes, la bonne volonté était suffisante; qu'ils se frappassent la poitrine, qu'ils leur serrassent la main et qu'ils les absoudraient : mais non; plusieurs de ces pauvres gens voulaient se confesser à tout prix, ne fût-ce que par interprète : les S\ndics des communes avaient fait chercher, alors, les garçons d'auberge, — presque toujours des vauriens, — qui, à caute du passage continuel des troupes de toutes les nations, comprenaient et parlaient tant bien que mal, tous les baragouins de l'Europe, du moins pour ce qui concerne les besoins usuels de la vie; et nous avons, nous même vu ces austères soldais confesser, avec humilité et componction leurs fautes à ces écervelés, qui les répétaient aux prêtres, lesquels, dans ces dernières étreintes de la mort, donnaient à leurs pénitents le crucifix à embrasser, les absolvaient et les voyaient mourir contents.

Nous avons connu plusieurs de ces garçons d'hôtel qui furent des témoignages très-lumineux des profonds conseils de la divine sagesse à l'égard de la sainteté de l'auguste sacrement du Christ et du secret sacro-saint qui le recouvre et le renferme d'une manière inviolable. Ces jeunes gens licencieux se trouvant, quelque temps après, dans des maisons de jeu et dans des lieux de débauche en très-mauvaise compagnie, un de ces pendards disait à l'un d'eux :

— Toi, tu as fait le prêtre? où est donc ta tonsure?... Sus à M. l'abbé ! Ksitt, Ksilt!... Voyons ; conte-nous donc un peu les péchés de ces Bohèmes et de ces Moraves.

— Qu'est-ce que c'est? N'avez- vous pas de honte ? — Taisez-vous donc : jamais, jamais !

Et le débauché cessait de rire, fronçait le sourcil et changeait de discours : les autres rien-quivaille se taisaient et n'osaient plus revenir à la charge. — Mais, revenons, nous, à notre jeune cuirassier...

Nous l'avons vu s'éloigner de sa mère au triple galop : profitons de la prodigreuse faculté du conteur et suivons-le sans quitter notre fauteuil. Il accompagna le premier consnl à Mi-

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