‹ Ubaldo et IrèneChapitre 73 sur 94 · MARIE SUR LA TOMBE 1>ES PHEUX · texte numérisé non relu

MARIE SUR LA TOMBE 1>ES PHEUX

lan et à Pavie : il combattit vaillamment à Monlebello dans les plaines de Casleggio : puis, dans cette grande journée de Marengo, il se montra, quoique bien jeune encore, ce qu'on appelle un brave cuirassier.

— Brave cuirassier!

S'écrièrent Bonaparte et Murât en le voyant sabrer avec une intrépidité merveilleuse; au moment où la division du général Monnier voulait rompre pour rejoindre la ligne de bataille, elle fut assaillie h l'improviste par un corps de hussards hongrois. Le jeune Almavilla se précipita sur eux prompt comme la foudre, suivi de quel<|ues-uns de ses cavaliers, lit si bien et s'escrima de telle sorte qu'il occupa les hussards jusqu'à l'arrivée d'une colonne qui ouvrit le passage au général (l).

L'année suivante il fit la campagne du Mincio, où l'armée de Brune voulut forcer le passage malgré l'indomptable résistance de Bellegarde. Ubaldo sauta un des premiers, sur le pont de Goïlo, lorsque, dans celle terrible rencontre, le général Dupont repoussa l'ennemi au delà du fleuve ; le général Suchet occupa les postes de la Voila Manlovana; Moncey, avec les siens, se jeta courageusement dans les lignes ennemies et se rendit maître de Monzambano, pendant que le fier Loison attaquait impétueusement Borghetlo. Ubaldo reçut deux grosses balles croates, l'une desquelles frappa le cimier de son casque qu'il ploya de côté, de sorte que la crinière lui balayait le visage et qu'il dut la nouer et la fourrer dans le col de sa cuirasse ; l'autre balle arriva droit aux côte-; du thorax et s'aplatit sur ses angles.saillants, sans percer la plaque d'acier. 11 s'estima bienheureux, d'autant plus qu'en récompense de sa courageuse conduite dans le cours de cette journée, le généralissime le créa capitaine sur le champ de bataille.

Le leî janvier 1801, le victorieux Brune tint en respect le général Bellegarde par la fausse attaque de Vérone ; mais en même temps, l'intrépide Delmas, à la tête de l'avant-gaide ayant jeté un pont à Bussolengo, Ubaldo fut un des premiers

(1) Une lettre anonyme nous a reproché d'avoir placé des currassiers à Marengo et dit qu'ils furent créés plus t3rd. Nous répétons encore qu'ils y étaient; es cuirasses sont anciennes en France et la révolution les avait conservées.

{L'auteur.)

432 UIIALDO ET IRÈNE.

à y passer dessus : s'étunt ensuite fait admirer par son cou rage dans les rudes rencontres de la Chiusa et de la Corona, il suivit la marche de Moncey qui venait menaçant par le Tyrol, poursuivant le maréchal Laudon, pour se réunir à Macdonald qui , avec ses audacieux chasseurs descendait comme la foudre, malgré les neiges et les glaces de décembre, du haut des montagnes grisonnes, pour se rendre maître du Lavisio et de Trente. Ubaldo s'arrêta, avec l'arrièregarde, dans la petite ville d'Ala, où il lit connaissance avec les anciens amis de son père : puis il suivit les fortunes de la guerre jusqu'au traité de Lunéville et se signala dans plusieurs rencontres, sous les ordres du général Ney, avant de goûter les fruits de la paix d'Amiens. Le premier consul n'oublia jamais la valeur du jeune Almavilla sur les champs deMarengo : il le prit dans sa garde et s'en fit suivre dans toutes ses entreprises jusqu'au 18 mai 1804, où Bonaparte, proclamé empereur des Français, prit le nom admirable et terrible pour toute l'Europe, de Napoléon. Ubaldo qui, depuis le 29 mai 1802, jour de la création de l'ordre de la Légion d'honneur, avait été nommé chevalier, après l'avènement de Napoléon, assistait dans l'église des Invalides, à l'inauguration de cette Chevalerie impériale qui avait allumé dans les cœurs français tant d'ardeur de batailles et qui, pour mériter d'en faire partie, les faisait s'élancer avec joie et insouciance, sous les bouches foudroyantes des batteries, sur la brèche des forts, sur les parapets des tranchées, au-devant de la charge impétueuse de la cavalerie de l'ennemi !

Mais le 2 décembre de cette année 1804, quoique l'âme du jeune soldat fût préoccupée par des pen<ées bien mondaines et bien vagabondes qui l'absorbaient entièrement ; néanmoins, lorsqu'il se trouva au pied du trône de Napoléon, dans le temple de Notre-Dame, au moment où le souverain pontife Pie Vil, entrait majestueusement, la tiare sur le front, pour couronner l'empereur, il sentit ses anciennes idées religieuses affluer dans sa poitrine avec une grande rapidité. L'aspect auguste du vicaire de Jésus-Christ lui rappelait sa première enfance, lorsque sa pieuse mère, la comtesse Virginie, l'appelait à ses côtés avec Irène, et, agenouillée avec ses chers jumeaux, devant l'image du Rédempteur, les faisait prier

Page 1