‹ Ubaldo et IrèneChapitre 74 sur 94 · SUR LA 10MBK PIS PREUX · texte numérisé non relu

SUR LA 10MBK PIS PREUX

pour l'exaltation de la sainte Église, pour les besoins de la chrétienté, pour la cessation des afflictions incessantes du saint-père Pie Vi, qui gémissait sur les misères et les sacrilèges du royaume de France et sur les dangers qui menaçaient l'Italie. Ces premières impressions, si filiales et si douces de sud âme alors innocente, se réveillaient en lui avec une puissance si vive, si impérieuse, que sa fière poitrine en était tout émue; son cœur battait fortement sous sa cuirasse et son sang impétueux s'agitait dans ses veines. Son œil allier, qui s'était habitué à regarder le carnage sans sourciller, son œil se baissait avec crainte et respect devant cette sainte majesté, et n'osait fher le visage si doux et si humble devant lequel tremblent toutes les puissances de la terre.

L'Europe, étonnée de tous ces rapides changements de ses anciennes institutions, de ses vieilles monarchies, attendait avec une inquiète et fiévreuse incertitude l'issue de tant de graves événements. Napoléon, en attendant, ainsi que l'aigle qui, du haut de son vol, regarde fièrement dans toute l'immense étendue de l'espace, pour y choisir la proie sur laquelle sa serre puissante va s'abattre, ajoute à son empire les plus florissantes parmi les provinces qui l'environnent et, arrêtant son œil sui la chaîne des Alpes, il pen-e au moyen de la briser en donnant pour dernier joyau à sa couronne, la partit occidentale de l'Italie, et formant le projet de l'étendre depuis le cap Circée jusqu'aux bords de la Baltique.

Milan lui offre la couronne de fer, et Napoléon accouple avec empressement le titre de roi d'Iiaiie à celui d'empereur des Français. 11 descend à Milan, où Ubaldo, qui l'accompagne, assiste aux fêtes splendides du couionnement. L'empereur donne le prince Eugène pour vice-roi à l'Italie et retourne à Fontainebleau où l'attendaient les lourdes préoccupations de l'empire et les chances d'une guerre nouvelle et terrible qu'il entend bruire dans l 'éloigneraient. 11 visite le camp de Boulogne d'où il jette sur l'Angleterre un regard de courroux; mais elle, du milieu de l'Océan, lui rend un coup d'œil assuré et il entend, après la défaite de Trafalgar, l'ombre de Nelson lui dire :

— Napoléon, fais la conquête de la terre , mais fuis la mer : tu n'enlèveras pas un seul poil à la crinière du lion britan-

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nique ; mais il pourra venir, au moment où tu t'y attendris le moins, arracher les plumes de ton aigle sur le continent.

Napoléon sourit froidement, et, voyant que l'Angleterre, l'Autriche et la Russie se liguaient contre lui, il donne à ses aigles un essor très-rapide qu'il n'arrête qu'aux champs d'Austerlilz sur lesquels il voit briller son étoile qu'il reconnaît et qu'il salue.

Le 1er décembre 1805, Napoléon voit les lignes austro-russes du haut de l'esplanade du mont Santon; il les compte, il en examine la position ; il en devine les mouvements; il en prévoit les fautes, et, de là, il crie à ses généraux :

— « Demain au soir, cette armée sera à moi. »

Il étend sa droite au lac de Menitz, sous les ordres du maréchal Soult: il appuie le centre, confié au commandement de Bernadotte, sur les pentes du Santon : il place Davoust, avec la gauche, au pied des montagnes, entre les deux bassins de la Scliwartz et de la March, en ordonnant à Lannes de la protéger en pointant une de ses ailes au Santon : il donne le commandement de la cavalerie à Murât; puis, regardant de nouveau autour de lui avec cet œil qui ne se trompe jamais :

— Qui occupe, dit-il à Murât, ce monticule couronné par ce petit monastère ?

— Personne, Sire.

— Ah ! s'écrie-t-il ; ce poste défendra fièrement ma droite, pour qu'elle ne soit pas tournée par les Russes ! Va, Murât ; fais planter une batterie sur ce rebord et envoie mes cuirassiers en garder les accès.

L'ordre fut exécuté sur-le-champ : la grosse cavalerie escalada la colline et se mit à observer la gauche de l'ennemi, qui s'étendait en bon ordre entre le Telnilz et le Piatzen, attendant le lendemain qui devait la faiie descendre de ces fortes hauteurs. Ce petit monastère qui couronnait ce monticule, choisi par Napoléon pour battre en brèche l'ouverture des deux ailes, était un prieuré de la grande et antique abbaye des Bénédictins du territoire de Brunn. Lorsque les moines se virent entourés par ces puissantes armées, ils abandonnèrent le prieuré et se replièrent sur l'abbaye : les cuirassiers placèrent leurs chevaux sous ces cloîtres vides et ils prirent leurs logements dans les cellules et dans les chambres désertes du

MARIE SIR LA TOMBE DES PREUX. 43jjj

couvent délaissé. Ubaklo, en pénétrant dans le quartier du prieur, y trouva, dans une caisse, deux grandes et belles gravures de saint Pierre et de saint Paul, œuvre d'un burin excellent : les trouvant fort à son goût et ne voulant pas qu'elles tombassent aux mains profanes de quelque mécréant qui les eût insultées et déchirées, il les roula soigneusement et les introduisit dans sa cuirasse à la place où le renflement du thorax laisse un espace vide entre la poitrine et l'acier.

L'aurore du 2 décembre, — anniversaire impérial qui devait éclairer une terrible bataille, — se leva à l'horizon. Les Russes, par une imprudente manœuvre de Kutusoïf, descendent des hauteurs du Pralzen pour envelopper l'aile droite française; mais l'expéditif Davoust, averti par le général Margaron, court à la hâte aider la droite à soutenir le cboc. Le maréchal Soult, voyant la faute de Kutusoff, monta dominer la bataille sur les cimes du Pratzen, d'où il foudroyait les Russes, qui s'aperçurent bientôt de la terrible bévue qu'ils avaient commise. Kollowrath commanda alors un revirement de front rapide et imprévu, et fit marcher au pas de charge pour reprendre la haute position qu'on avait abandonnée. Les Russes, repoussés, font tète et se reportent en avant; mais les foudres des batteries les rompent, les dispersent, les écrasent, les rejettent vers le bas, les enveloppant et les faisant presque tous prisonniers. En attendant, Soult, avec une tête de colonne, fait une pointe imprévue sur sa gauche, pour se rendre maître des postes avancés de Bosenitz, pendant que Larmes occupe fortement, avec le gros de ses phalanges, les hauteurs de Blazowitz, d'où il frappe sur les deux flancs de. l'aile droite, déjà si entamée, des Russes, et Murât la charge fièrement avec la masse de ses chevaux.

A celte grande déroute des deux cornes de la bataille, les Russes tentent de consolider et de donner de la profondeur à la masse du centre, en y faisant promptemeni converger les corps de réserve et la garde impériale. Rendus fermes et solides par ces renforts, ils s'élancent, avec leur cavalerie, sur l'une des plus audacieuses colonnes françaises, et l'entament. Napoléon s'en est à peine aperçu, que, faisant signe au général Rapp, il le pousse, avec une partie des cavaliers de sa garde, nu secours du centre. Ubaldo se jette avec son escadron, avant

tous les autres, comme un vent impétueux, sur la cavalerie ennemie, et un combat terrible s'allume. Il brûle, il mugit, il tonne, furibond et cruel, abattant, déchirant, fracassant tout ce qui se présente devant lui. La terre tremble sous les pas des chevaux; l'air siffle, résonne ets'enfhmme sous les coups des sabres, au choc des cuirasses, aux hennissements des coursiers, à la chute, aux cris des blessés, qui se mêlent et se confondent dans cette lutte sanglante et meurtrière.

Lbaldo montait ce jour-là un fier étalon brun, des fortes races latines, de ceux qui

Paissent l'herbe eampaue et les fuins de Phalise.

plein d'un feu et d'un orgueil qui lui sortaient parles yeux et par les narines, gonflées et ouvertes, qui respiraient la bataille. Il broyait le terrain sous ses sabots frémissants; il dressait les oreilles; il secouait sa queue et sa crinière comme un lion impatient de s'élancer au centre de la mêlée. Mais à peine les trompettes avaient-elles donné le signal, et les escadrons s'étaient-ils déployés pour l'assaut, que l'impétueux anima!, se sentant serré entre les chevaux qui galopaient à la charge, n'obéissant plus au frein qui veut le diriger, emporte son cavalier, et se précipite au milieu des Moscovites. Ubaldo. qui se voit dans une mauvaise passe, fait tournoyer son espadron avec une rapidité vertigineuse, pour donner à ses cavaliers le temps devenir à son aide; mais les Russes, qui l'entourent de toutes parts, le pressent et l'assiègent. Le vaillant cuirassier, ne voyant pas d'issue pour soi tir de ce cercle vivant et menaçant, animé par une fureur désespérée, vend chèrement sa vio et frappe les têtes, les poitrines et les bras ennemis avec une vigueur surhumaine.

Mais ayant reçu un coup de sabre en plein visage, entre le nez et la lèvre qui, partagée, vient lui retomber sur le menton en lui découvrant toutes les dents, il lance un revers à un officier, un terrible coup de pointe à un autre, tout cela avec tant de force, qu'il les désarçonne tous deux et tâche, en éperonnanl, de se dégager; mais son cheval s'empêtre, regimbe, t emporte, et le fait vaciller sur sa selle : un second coup de sabre lui descend de la tempe entre l'oreille ei la joue, et, cou-

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