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passes qu'ils disaient être favorables et *ûres ; de certains réduits, de certains seins, de certaines embouchures dont le fond était bon. En attendant, la lune était à son déclin ; puis elle avait disparu et les nuits étaient devenues sombres ; le temps était à la bourrasque et il ventaiè fort du gud. Marichita aperçut au commencement d'une de ces nuits sombres, un pelit navire à deux mais, qui louvoyait derrière le promontoire; du monde qui soi tait des grottes et une marche continuelle de batelets et de canots du rivage au navire et du bord au rivage. Six hommes robustes avaient en moins de deux heures vidé la grande chambre du rez-de-chaussée de toute la poudre qu'elle contenait. Nai dos avait envoyé chercher les malles, les caisses et les cartons de Laurel ta en lui taisant dire de se tenir prête. Un peu après minuit, il rentra et, la prenant sous le bras, il la conduisit, suivie de. Maricbita, au bord de la mer où un canot qui les attendait, les accosta au navire à force de rames.
Ce petit bâtiment était un schooner très léger, fin voilier, aux larges flancs armés en guerre. Le pont était couvert d'armes entassées. On fit immédiatement descendre Lauretta. suivie de sa femme de chambre, dans le salon de poupe où elle trouva tout son bagage réuni. La brise était gaillarde et venait de l'avant : on tint le large pendant toute la nuit ; on assit les canons aux embrasures ; on plaça les fusils aux parois et les armes Manches aux chevilles de l'entrepont. La cabine de Lauretta était un nid de luxe et de mollesse, un harem de sultane favorite ; pavé de tapis de Perse, orné de glaces de Pétersbourg ; les parois étaient en acajoii, en bois de sandal, en courbaril, à corniches et rosaces dorées; ce lieu charmant était garni de sophas, de petits divans, de hamacs doublés en satin, oualés et piqués; d'étagères remplies de précieuses porcelaines dorées. Mais en substance, au milieu de toutes ces délicatesses, Lauretta comprit qu'elle était devenue la femme d'un pirate. Cette pensée l'humilia, l'effraya, la blessa mortellement. Elle regarda Maricbita; deux grosses larmes jaillirent de ses yeux et elle s'écria:
— Mon amie, seule amie de mon cœur! Tu m'as soustraite au poison... et me voilà la femme d'un écumeur de mer! Je comprends maintenant pourquoi mon mûri voulait ma mort!
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— Mais crois-tu que la mort m'épargnera désormais? Je la vois à chaque instant sous mes yeux.
La bonne métive, qui était une fille ardente des tropiques, spirituelle, franche et énergique, chercha tous les moyens de consoler sa maitresSfe ; mais qui pourrait dire les remords, les repentirs, les regrets de cette pauvre Lauretta ? Comme la pensée de sa douce mère, de ses chers jumeaux voltigeait continuellement au fond de son àme et la torturait sans cesse ! Comme son cœur était déchiré par l'idée de la tromperie sacrilège du saint-scapulaire de Marie ! Combien de fois n'at-elle pas maudit les trompeuses illusions de son imagination déréglée ! — La solitude et les amertumes de Bordeaux avaient, certes, été pour elle une grande leçon de désenchantement ; mais sa vie présente dépassait la limite de ses forces morales !
Nous n'entreprendrons pas de décrire les deux longues années que Lauretta passa enfermée dans le schooner du pirate, toujours si près de la mort : notre plume, s'y refuse. — Des dangers, des frayeurs, des assauts imprévus, la crainte continue de quelque piège; des blessures et desmuils atroces. Le plus grand de ses maux était celui de se voir incessamment entourée d'alïreux scélérats, qui massacraient de sang-froid les victimes qu'ils dépouillaient, en brûlaient les navires et les engloutissaient dans la mer; de voir ces visages impitoyables et ces mains sanglantes; d'être forcée d'eu panser les blessures, pour qu'ils pussent recommencer de plus belle leurs abominables exploits, avec toute la bestiale férocité de leurs cœurs inspirés et guidés par l'enfer. — Puis, de longs calmes piats venaient pourrir et remplir de vers hideux l'eau douce et le biscuit de bord ! Les typhons menaçaient de fracasser le navire sous la violence des ras de marée, ou de le jeter sur des banquises, ou contre des écueils. — Les souffrances des navigateurs sont toujours bien grandes ; mais celles des pirates sont hoiribles, continuelles et sans trêve.
La nef du corsaire Nardos était chargée d'or, de pierres précieuses et de très-riches marchandises : Lauietta y était honorée comme une reine ; mais le règne de l'assassin est toujours amer et de courte durée. Après avoir piraté pendant plus de deux ans dans la mer l'a ilique, depuis les ports de la
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Californie jusqu'aux îles des Cocos et des Amis, et depuis ces îles jusqu'au détroit de Magellan, pillant et tuant les malheureux navigateurs plus faibles que lui, il s'était fait un total de parlsde prises qui dépassait un million de piastres, sans compter les bijoux, les soieries de la Chine, les porcelaines du Japon et une cale regorgeant des plus précieuses et des plus tines épices. 11 venait vent en poupe, toutes voiles carguées, des îles de la Société vers le port de Valdivie pour y vendre son riche chargement et dans l'intention de se défaire de son schooner, passer à Rio-Janeiro, y acheter les possessions les plus fertiles et y vivre comme un prince, dans un palais de Villarica, entouré d'un millier d'esclaves, qui auraient cultivé son sucre et son tabac.
Mais les desseins de l'impie ne sont pas louj urs couronnés de succès : il trouve souvent la mort au plus beau de la vie, et l'affreuse misère au sein des richesses !...
A peine Nardos était-il sorti de l'archipel des douze groupes et arrivé en vue de Toubouaï, qu'un grand vent d'équateur se déchaîne sur son navire et soulevant les flots à une hauteur démesurée, le pousse avec la furie de la foudre sur l'îlot d'Oparo qui est, de tous les côtés, entouré d'une chaîne non interrompue d'écueils à fleur d'eau, de madrépores et de côtes dentelées, hérissées de pointes aiguës et mortelles. Les pirates, voyant que toute manœuvre était inutile et que le bâtiment allait inévitablement toucher et périr, voulurent se jeter dans les canots; mais pendant qu'ils lançaient à l'eau le plus grand, il s'éleva une rafale si furieuse qui embarqua par tiibord du schooner, une lame haute comme le mont Blanc ou le Ciniboraço qui le remplit des hautes voiles à la carlingue. Nardos, en voyant tous ses hommes se jeter en désespérés sur le second canot et se colleter pour y entrer tous les premiers, saisit le moment, descendit la yole à la mer; y fit entrer le pilote et Laureita et jetant un nœud coulant aux embosses, il s'y glissaaprèseux le long d'une corde, et ils ramèrent à la bande, pour ne pas être écrasés par le navire qui arrivait bord sur bord courant à sa perte. La pauvre Muichita qui, pensant se sauver, a\ait couru vers le premier canot, se trouva séparée de sa maîtresse et resta a bord. Plusieurs des pirates s"entrc-luèrent en voulant embarquer les premiers. Le
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canot surchargé coula bas et tous ceux qui le montaient se noyèrent. Enfin le schooner aborda avec tant de violence, qu'il se brisa sur les écueils et ses débris épais disparurent sous les flots.
Le pilote tint la yole au large pendant toute la nuit pour ne pas touchpr dans les madrépores des bas-f onds ; mais se voyant, au jour venu, encore près de l'îlot d'Oparo, il atterri! à la pointe d'une lunette du cap. Nardos, qui gardait tout son sang-froid dans les cas les plus extrême?, voyant que sa fortune avait fait naufrage avec son vaisseau, prit une valise en cuir qui renfermait ses diamants les plus gros et qu'il ne quittait jamais, la jeta en bandoulière à son cou; il avait fourré dans sa ceinture le manche d'une hache et avait caché un poignard sous sa veste : il portait toujours sous sa chemise une ventrière contenant deux cents doublons d'Espagne; mais le pilote n'avait sur lui qu'un petit coutelas, une faucilleà ressorts et quelques piastres. Dès qu'ils furent à terre, ils y tiansporlèrent Lauretta évanouie qu'ils déposèrent sur l'herbe, et coupant des branches d'arbre, ils dressèrent une espèce de petite cabane pour se mettre à l'abri des rayons du soleil (pu sont très-ardents sous ces latitudes. L'îlot n'était habité que par quelques sauvages d'humeur inoffensive, mais très-pauvres et très-paresseux. Si les naufragés se trouvèrent en sûreté sur ses bords, ils ne purent éviter le manque total de toutes les choses les plus nécessaires et même la disette complète de nourriture.
Là, ils vécurent longtemps de la vie des sauvages, parcourant l'île de tous les côtés pocr se procurer des oiseaux et des lapins, qu'ils prenaient au lacet avec des filaments d'herbes qu'ils tordaient comme des crins, y faisant par places des nœuds coulants où ils mettaient l'appât pour y prendre une espèce de sansonnet. La pauvre Lauretta, poussée par la faim, se traînait le long du rivage et tâchait d'arracher aux écueils quelques coquillages et des mollusques qu'elle mangeait tout crus, on en les faisant cuire sur la braise dans leur coquille. L'infortunée était devenue noire et sèche comme une momie ; ses yeux étaient caves ; ses cheveux épars pendaient sur ses épaules et sur son visage ; ses vêtements étaient en lambeaux et ses pauvres petits pieds si délicats étaient rongés