LE BLESSE DE BRIKNNE. 4SI
aussi la justice : Dieu n'est pas obligé de faire des miracles pour noire bon plaisir.
Lida et l'abbé en étaient là sur ce propos si grave lorsque la comtesse, pâle comme la cire, mais calme et presque souriante,entra au salon, soutenant sous son bras le tremblotant Aluiavilla et lui disant avec douceur :
— Vois, Edouard , Lida, toujours bonne pour nous, toujours excellente amie, vient nous apporter des consolations : donnelui la main.
Le comte, marmottant quelques mot* embrouillés et mâchonnant un compliment dès-peu intelligible, salua Lida à la mode des idiots. Virginie l'assied doucement dans une vaMe b Tgère, l'élayant avec soin de deux ou trois oreillers, et pose un carreau de velours sous ses pieds avec une affection et une sollicitude tout aimantes. Prenant son mouchoir et sa tabatière dans les poches de son mari, elle les plaça sur un petit guéridon en acajou qu'elle mit à portée de sa main, puis elle fut embrasser tendrement Lida, lui demandant avec empressement des nouvelles de ses chers petits enfants, d'un air si doux, si calme et si serein, qu'on l'eût prise pour la plus heureuse femme du monde.
Pendant que ces dames causaient ensemble, le comte, se tournant vers l'abbé, lui dit, d'un tonde voix empâté, traînard et enroué :
— Eh! eh ! vous! c'est vous qui ne voulez pas que Virginie me donne du 1 hum, eh ?
— Non, cher comte ; ce n'est ni moi ni la comtesse Virginie qui vous refusons du rhum : c'est le médecin, parce que le rhum vous fait beaucoup de mal.
Le triste ivrogne ne se tint pas pour satisfait, et, s'adressant à Lida, il la priait, comme aurait pu le faire un enfant gourmand, d'intercéder auprès de sa femme pour qu'il pût boire à sa fantaisie, et il ajoutait., selon sa détestable habitude, que Virginie faisait son tourment.
Mais, ni reproches injustes, ni perfides câlineries, ne parvenaient à ébranler cette âme généreusedans l'accomplissement de ses devoirs. Comme les saints, elle n'aspirait qu'à plaire an Seigneur. C'était un spectacle sublime de voir cette femme, vraiment noble et grande, si longtemps méprisée, avilie, péril. 4 1
i$2 UBALDO ET 1IIF.NE.
sécutée, tyrannisée par un mari aussi ingrat qu'impie; payant toutes ces tortures odieuses autant qu'injustes par des soins et des tendresses maternelles, prodiguées avec la dignité d'une reine et l'amour d'une sœur! Voyant que l'abus excessif du rhum et de l'eau-de-vie affaiblissait la raison et les forces physiques de sou mari, qui tombait en paralysie, la comtesse; le surveillait avec la grâce, la délicatesse, la douceur d'une nouvelle mariée bien éprise du jeune époux de son choix, objet de son chaste et premier amour : elle ne souffrait pas qu'il fût livré aux soins de ses domestiques; elle voulait le chausser, l'habiller, le laver et le coifft r de sa main; et tout cela était fait avec un plaisir, une aisance, un entrain tout à fait naturels. Elle l'aidait à se traîner hors de sa chambre; elle le plaçait, l'hiver, bien assis au coin du feu; dans les belles matinées du printemps, elle portail sa bergère sur la terrasse, du côté du jardin; elle le tenait toujours propre et frais comme une fleur, malgié ses fréquentes rebuffades, ses reproches, ses grossièretés, ses brutalités même. Le vieillard stupide la chassait d'autour de lui, puis il la rappelait et la caressaii, pour en obtenir quelque chose, que la patiente et angélique créature tâchait toujours de lui accorder, même lorsque c'était pénible et difficile, y mettant alors pour condition qu'il l'accompagnerait à la messe ou qu'il écouterait un bout de lecture spirituelle sur la passion de N. S. J. C. Celte lecture avait l'air de l'émouvoir, et assez souvent il se frappait la poitrine en pleurnichant. La bonne et confiante Virginie eu était aux anges. Nous déclarons icique les personnes qui n'apprécieront pas la grandeur du sacrifice de celte sainte, n'ont ni le sens moral ni l'intelligence de la vertu; qu'elles manquent de cœur et qu'elles ne sont pas chrétiennes. — Virginie, mariée si jeune, si belle, si douce et si gracieuse à un homme qui l'accable de mépris, d'injures, de mauvais traitements sans cesse renouvelés; qui, à la suite de ses désordres, devenu impotent et imbécile, gronde, radote et crie, cloué dans une bergère; Virginie, soignant cet homme avec les prévenances, l'empressement et la sollicitude d'une amante, le traiiant comme un ê*re précieux et chéri, en faisant la seule occupation de tous ies instants d'une noble dame, soutenant avec courage les ennuis, les dégoûts que donne un méchant imbécile, Virginie est as-