SCÈNE VII
PÈRE UBU, MÈRE UBU, LES FORÇATS, parmi ceux-ci LE DOYEN et FRÈRE TIBERGE.
(Les Forçats se so?it faufilés derrière le Père Ubu pendant son apostrophe, et couvrent en désordre toute la scène.)
Mère Ubu
Ah ! les voilà partis. Mais qu’est-ce que tout ce monde encore?
Père Ubu
Ce sont des amis, nos collègues de la prison, mes disciples et mes suppôts.
Les Forçats
Vive le
U BU ENCHAÎNÉ
Encore ! Taisez-vous, ou, de par ma chandelle verte, ji vous fous à Ion pôche !
Le Doyen des Forçats
Père Ubu, ne vous irritez point. Nous rendons hommage à votre mérite en vous conservant ce titre, inséparable de votre nom, et pensons que parmi nous, entre intimes, votre modestie consentira à s’en enorgueillir !
Mère Ubu
Qu’il parle bien !
Père Ubu
Ah ! mes amis, je suis bien profondément touché. Néanmoins, je ne vous ferai point de distributions d’argent...
Mère Ubu
Ah ! non, par exemple !
Père Ubu
Bouffresque !... — Parce que nous ne sommes plus en Pologne; mais je crois rendre jus-
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tice à vos vertus et à votre sentiment de l’honneur en supposant que vous recevrez sans déplaisir de notre main — royale, puisqu’il vous agrée de dire ainsi — quelques distinctions.
Elles auront ceci de bon qu’elles pourront abréger les compétitions quant à la hiérarchie des places, le long de notre chaîne, derrière notre giborgne ! Vous, vénérable doyen de nos Phorçats,vieux mangeur de grenouilles,soyez grandtrésorier de toutes nos phynances ! Toi là-bas, le cul-de-jatte,incarcéré comme faussaire et assassin, je te consacre généralissime ! Vous, Frère Tiberge ,qui avez part à un bout de notre chapelet de fer pour paillardise, pillerie et démolition de demeures, notre grand-aumônier ! Toi, l’empoisonneur, notre médecin! Vous tous, voleurs, bandits, arracheurs de cervelle, je vous nomme sans distinction les vaillants Oufficiers de notre Armerdre !
Tous
Vive le roi ! Vive le Père Ubu ! Vive l’esclavage ! Vive la Pologne ! Vive l’armerdre !