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substituts, usurpent insolemment ses pouvoirs et n’en usent (ju’en égorgeant l’État pour augmenter la paye? Ferai-je plus dans trois ans que dans trois jours, pour préparer un état de choses où les prétoriens puissent être licenciés sans danger, l’armée rendue à sa vraie condition, et le peuple à l’exercice de ses droits? Les citoyens martquent à Home, les hommes manquent à l’Italie; il faut faire des citoyens et des hommes : telle est la question, qu’il ne servirait de rien de se dissimuler.
» Quant à la constitution, il en faut une, et pourtant il est difficile de trouver un point (ixe, dans l’histoire de cette république que nous voulons rétablir, et qui me semble avoir péri précisément dans les eiïorts violents auxquels elle se livrait pour changer sa constitution. Prenons celle de Svlla, par exemple. Elle marque l’interrègne trop peu durable entre les tribuns perturbateurs et les tribuns usurpateurs, entre les factions et les Césars. Si elle fut scellée dans le sang, quelle révolution n’en a point versé? Et Sylla donna, après sa dictature, un grand exemple, celui que tu attends de moi : il ne fut point de cette race des dominateurs, médiocre au fond, quoi qu'on en dise, et malheureusement trop commune parmi les hommes; il eut filme supérieure à l’empire. Soit donc, et prenons la constitution de Sylla; mais nous n’avons pas recherché les causes qui la ruinèrent en quelques années; nous ne saurons donc pas en prévenir le retour. Rien ne prouve que celle constitution s’adapte aujourd’hui suffisamment aux esprits des citoyens, non plus qu'à celle de ce gouvernement romain du monde où tant de choses sont changées. Au contraire, j’y vois un défaut, qui se marque également dans toutes les institutions de la république depuis le jour où Home a été maîtresse de l’Italie. Sylla, contraint d’accorder le droit de cité romaine aux nations autrefois vaincues, forcé d'être juste,
l’CHRONIE.
n’a rien fait pour que le droit pût s’exercer. Le citoyen qui habite Tibur peut difficilement se rendre aux comices; celui de Corfinium ou de Pompeia ne le peut jamais. Nos anciens patriciens ne luttaient pas seulement pour d’aveugles intérêts de caste, à celte heure fatale où ils voyaient le Capitole prêt à crduler dans l’incendie de la guerre sociale; ils sentaient que les citoyens romains ne pouvaient pas être habitants de l’Ktrurie ou de la Campanie; que, dans le cas contraire, la république aurait à résoudre un problème nouveau, formidable, dont la solution ne s’olTrc nulle part, ou à périr au milieu des convulsions d’un vaste empire qui persiste à se gouverner avec les lois d’une petite ville. Ce problème est posé depuis deux siècles, il grandit tous les jours, et nos malheurs n’ont guère de cause plus certaine. Seulement il s’agissait alors des habitants de l’Italie; aujourd’hui il s’agit des habitants du monde.
» J’ai déduit quelques raisons, je crois, mais il en est une qui domine tout, et dont je n’ai rien dit : la raison de droit. Quels sont mes titres, quelle est mon autorité pour doter la république de la constitution deSylla ou de toute autre? Les mêmes, sans doute, que pour exercer ma dictature triennale; les mêmes que pour être empereur, consul, tribun perpétuel, pontife. Ce droit que j’ai ou que je prends, que ces pauvres soldats me donnent à la voix, et voudront me ravir demain avec la vie, sans plus de motifs, ce droit quelconque est en moi seul. Je dirai plus hardiment : c’est un fait acquis et qui ne relève désormais que de mon jugement. Je suis empereur, j’aviserai. »
Les arguments de Nerva étaient spécieux, tels qu’en trouve un homme d’Ktat qui voit toutes les difficultés des choses, et quelquefois trop bien et de trop loin, plutôt qu’il ne s’attache énergiquement à l’espérance d’en triompher. Dion s’efforcait de les réfuter, non en rhéteur, comme il l’eût
l'CHROME.
peut-être fait dans son école d’éloquence, niais en homme de foi et de vertu, dont la volonté de faire le bien veut à tout prix se rendre efficace et ne s’arrête point devant quelques doutes et quelques obscurités.
« Quand donc agirons-nous, disait-il, si nous attendons pour agir la clarté parfaite, la connaissance achevée ? Quelle est cette vertu qui attend la certitude du succès ?Kt l’épreuve de la liberté n’est-clle pas toujours à recommencer pour les hommes? N’est-ce pas sur la liberté même et sur son exercice, à chaque fois nouveau, que nous devons compter pour éviter les anciennes fautes, et nous assurer les biens que nous n’avons pas encore su atteindre ou conserver? »
Mais Dion avait ce tort si commun d’essayer un compromis entre la puissance dictatoriale, dont il n'admettait pas le principe, et la constitution libre, qu’il craignait bien, lui aussi, que les Romains ne fussent pas capables d’embrasser avec intelligence et résolution. Il n’y a point de logique, en effet, qui puisse résoudre de tels problèmes, et quiconque invoque la dictature renonce dans le fond lui faire des conditions, perd la force du droit et s’abandonne à celle du fait.
Cette conférence mémorable finit sans convaincre aucune des parties, comme il arrive d’ordinaire. Dion et Nerva, le philosophe et le général, se séparèrent, celui-là pour penser, celui-ci pour commander, selon la maxime tu regere imperio populos, Romquc. Mais aussi, contre l’ordinaire, les dispositions réelles de Nerva étaient bien celles qu’il avait témoignées, et il se proposait sérieusement ce but difficile de régénérer un peuple. Il le prouva non-seulement en conservant toujours son amitié à Dion, mais encore par ses actes d’empereur, pendant les années trop courtes de son règne. Au reste, Nerva, fils et petit-fils de jurisconsultes, c’est dire de sang stoïcien, né sous Tiberius, et qui avait traversé sans se déshonorer la série néfaste des Cæsars, était