‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 20 sur 80 · UC 11 RO N I E · texte numérisé non relu

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vous laisse la gloire du rétablissement de la liberté, si la liberté et le salut de notre vieux monde romain sont dans ses éternels décrets. Tour moi, je reconnais que la possession du pouvoir est incompatible avec la recherche de la per/ection de l’âme, qui fut toujours mon but, vous le savez. Je n’ai eu, je n’ai, je ne puis avoir qu’une maxime, être bon : être bon, c’est-à-dire supporter, compatir, pardonner, n’opposer à l’inévitable mal que résignation et magnanimité. Bésigné, magnanime, que je conserve ces titres, et soit que le monde me les confirme ou qu’il me les dénie, je suis l’homme nouveau transporté dans l’ilc des Bienheureux. Si, au contraire, je continue une vie d’agitations et de souillures, je suis l’esclave de la vie, pareil à ces bestiaires ensanglantés qui demandent en grâce d’élrc gardés encore un jour pour les jeux du lendemain, pour être livrés sur la même arène aux mêmes dents, aux mêmes griffes qui les déchirent aujourd’hui. Dès que je vais n’ètre plus le maître des événements et que la résignation et la magnanimité m’abandonnent, je dois me confiner dans quelque retraite, ou, si je ne le puis, sortir de l’existence ; et encore alors sans précipitation ni colère, simplement, modestement, comme celui qui aura du moins fait cette chose en sa vie, de la quitter (1).

» Au moment où je sens les choses de l’Empire me devenir étrangères ( res romance, periluraque régna, disait déjà le poète il y a deux siècles), je pourrais détourner ma vue du spectacle des changements de ce torrent toujours renouvelé d’IIéraclite, où vous ilottcz en surveillant les écueils. J’allongerais mes regards jusqu’aux rivages fuyants du monde, et au delà, si la méditation de la mort pouvait deviner quelque chose au Mêla des bornes de la vie. Mais vous laissant attachés aux intérêts dont je me détache, il me semble que je

II) Os trois dernières phrase» se retrouvent presque textuellement dan» l'Ei's rau Ion de Marc-Aurile. Voyez livre X, u“ 8. (\ote de l’éditeur.)

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vous dois compte de mes dernières pensées, qui se dressent et s’aiguisent d’autant plus que je les fuis.

» Nous avons reconnu trois problèmes, trois dangers, trois plaies de l’empire : les barbares et l’armée qui les contient, la dépopulation et les esclaves, les chrétiens et l’indifférence politique. Toutefois avons-nous bien pénétré jusqu’au fond de ces questions redoutables?

» Vous vaincrez les barbares ou ils vous vaincront, et l’armée vous tuera, vous hommes de liberté, ou vous tuerez l’armée. Avec l’amour de la guerre, avec les nécessités qu’elle crée, une petite république a pu vivre et grandir, une grande a été le jouet puis la proie des généraux. Avec la paix et l’amollissement des mœurs, rien ne vous préservera de l'invasion des peuples restés féroces. Nous avons cru conjurer tous ces périls à la fois, e.n abolissant la profession militaire pour l’avenir, sans porter atteinte à la qualité de soldat dans le citoyen. Mais si nos successeurs se restreignent aux guerres défensives, en élevant partout des murailles de Calédonie, l’esprit militaire s’éteindra, et les pierres ne défendront pas l’Empire. Si, au contraire, le peuple romain conserve son caractère conquérant, on verra ce qu’on a toujours vu, le goût des batailles entraîner la suprématie de la force sur l’intelligence et sur tous les biens de la paix, et la guerre ouvrir les voies à l’ambition criminelle, à l’usurpation, l’injuste domination, à toutes les violences et à toutes les tyrannies. Une autre vérité ajoute à mes craintes : je ne puis me dissimuler que l’esprit militaire est l’un des éléments de la vertu qui fait le citoyen, j’entends du cœur, de la lierté, de la résistance à l’oppression ; en sorte que l'homme devenant pacifique est en danger de s’abâtardir et de livrer ses droits sans défense. Que penser, que résoudre, dans ces alternatives désolantes, où de quelque côté qu’on regarde on se perd dans les contradictions d’une nature humaine qui vit cl

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meurt de scs luttes, en clierche la hÿ et ne parait même pas pouvoir trouver le repos en la trouvant? « Ce sont là, me direz-vous, soucis de philosophe et non de politique. A chaque jour suffit son bien. Prenons le nôtre à notre heure et n’approfondissons pas les futurs. » Mais alprs je ne suis point né pour la politique; ou plutôt mes maîtres et les Dieux m’ont fait philosophe, et jê*fC5 en remercie. J’aurais encore supporté les perplexités cruelles où me jettent le pouvoir, ma responsabilité, des prévisions hasardées au loin. Mais aujourd’hui tu as soin, Cassius, de molaire sentir la nécessité d’agir. Tes arguments sont pressants. Il faut que l’aveugle prétorien égorge le dictateur, ou que le dictateur prudent prévienne le crime en arrangeant de ses propres mains une guerre civile dont ils’assurerale succès par la trahison. Faites donc, mes amis, et laites vite. Marcus .Elius mourant ne s’arroge pas le droit de vous blâmer, car alors où s'arrêterait ses malédictions? A ses yeux, qui serait pur? Du haut de quel Olympe, dans quel baratine verrait-il l’histoire plongée et tous nos grands hommes ramper en s’entre-tuant? Mais lui, quand il faut choisir entre ces deux partis, trahir, être trahi, subir l’injustice ou la commettre, il ne choisit pas, il meurt. «

# Parlons maintenant des esclaves. C’est par eux seuls que nous voulons et pouvons repeupler l’Italie. Ces victimes de la brutalité de nos pères et de la nôtre, les voilà qui deviennent nos enfants adoptifs par la nécessité de continuer nos races perdues. Mais tandis que nous affranchissons les uns, les favoris de la maison ou les chefs de travaux des champs, retiendrons-nous longtemps dans la servitude leurs frères malheureux que nous appelons à l’espérance ? Aurons-nous encore le courage de vendre et d’acheter l’homme, et de mener de nos frontières sur les marchés des troupeaux de vaincus, quand nous savons que la culture servile est la perte de

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nos ressources cl de no^e nation même, et quand notre philosophie nous accuse d’impiété, quand le droit même du préteur pose en principe l’égalité native des membres de la famille humaine ? Depuis longtemps l’esclavage est le tourment secret des âmes» élevées. Nous n’osons guère publier ce que nous en pensons, mais entre nous, et surtout dans le secret des cœurs J’aveu de l’injustice s’échappe, la pensée de quelque grande réparation future se fait jour. Nous condamnons la sèche doctrine d'Aristote, nous répétons les bons mots si profonds de n<& maîtres sublimés les cyniques. Mais aussilûtque nos vœux sc fopt jour dans la pratique, et qu’une réforme commentée exaltées passions, je sens la fermentation naître dan;> les rangs des qpprimés, ni. l’égoïsme gronder dans les cœurs d^s oppresseurs. La réforme est d’hier, et déjà je vois germer des semences d'insurrectiqns et de guerres serviles, parce que l’e’sclave resté dans les chaînes regarde d’un œil plus haineux l’affranchi son maître qu’il ne faisait le grand seigneur habitant de Rome; et l’enthousiasme qui accueillit nos décrets s’est tourné peu à peu é\i mensonge, puis en conspiration : le sénateur se dit dépouillé d’une terre dont il conserve le revenu, et le chevalier nous reproche sa détresse depuis qu’il a perdu le droit de puiser au trésor. Je ne saurais supporter plus longtemps ce spectacle. Je le fuis pour jamais. Vous, songez que vous avez donné des gages à la liberté, à celle des esclaves eux-mêmes. Efforcez-vous de les en rendre dignes. L’esclavage, averti de ses droits, sera la ruine de la République, ou la République abolira l’esclavage.

» Et les chrétiens aussi vous perdront, si vous ne perdez le christianisme, écoutez ces prophéties de malheur dont ils font retentir leurs cavernes, et qui, de là, se glissent dans les livres et s’étalent au grand jour. Ils ont fait leur propriété des obscurités sibyllines, et, ne les trouvant pas

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encore assez noires à leur gré, ils prêtent aux mêmes autorités des oracles de leur invention, pour se donner le lêclie plaisir de nous certifier les calamités qu’ils nous souhaitent, ftien n’approche de la haine atroce et des cris de vengeance dont ils poursuivent nos cités, notre commerce, nos richesses (I). Comme les Juifs avant Vespasianus, comme les druides, qui, eux aussi, prophétisèrent un moment la conquête religieuse de l’Italie par les rites sanglants d’un sacerdoce fanatique, nos chrétiens se promettent de célébrer un jour leurs sacrifices sur les ruines de tout ce qui fait notre gloire. S’ils l’emportent jamais, sachons qu’il faut renoncer à tout ce qui- est digne d’attacher l’homme à la vie : aux plaisirs nobles, la vertu désintéressée, à la liberté que nous possédons, à l'espoir de la répandre dans le monde. Ils ne nous affranchiront pas pour cela, quoi qu’ils en disent,

(1) Voyez les Oracle* sibyllins , édités par Alexandre. Paris, HU2-1 83G, 2 vol. in-8°. — Ces intéressants documents (intéressants à la monotonie près) étaient dans toutes les mains chrétiennes des premiers siècles, comme le constatent les nombreuses citations des Pères de l’£glise.

La haine atroce ei le s crût de vengeance sc rapportent, sans doute, dans la pensée de l’auteur, à des passages tels que, Apocalypse xvnt : * Ello est tombée, elle est tombée la grande Babylone ! Elle est devenue l’habitation des démons, la geôle des esprits immondes et des oiseaux détestés; parce que toutes les nations ont bu du vin de colère de sa prostitution, et les rois de la* terre se sont prostitués avec elle, et les marchands de la terre sc sont enrichis de son luxe et de ses délices... Traitez-la comme elle vous a traités, paycz-lni scs œuvres au double... Ses plaies lui viendront en un jour : la mort, le deuil et la famine ; et elle sera brûlée par le feu, car il est fort le Dieu qui l'a jugée. Ils pleureront sur elle, ils se frapperont la poitrine en voyant la fumée de son incendie, les rois de la terre qui se sont prostitués avec elle. I.es marchands de la terre pleureront sur elle et se frapperont la poitrine parce que personne n’achètera plus de leurs marchandises : ni l*or ni l’argent... ni les parfums... ni le vin, l’huile, la farine, les chevaux... ni les corps et les âmes des hommes...

» Les navigateurs, les pilotes, les matelots, tous ceux qui travaillent sur mer se sont tenus à distance et se sont écriés en voyant le lieu de l'embrasement : Malheur, malheur ! Celle grande ville où se sont enrichis tous ceux qui ont en mer des vaisseaux remplis de richesses, en une heure elle a été ruinée ! Ciel, réjouissez-vous, et vous saints, apôtres et prophètes, parce que Dieu, la jugeant, a confirmé votre jugement ! • (Note de l’éditeur.)

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île ce culte réel des voluptés, que l’homme peut bien dissimuler, qu’il salit en le cachant, mais auquel sa nature ne lui permet pas d'échapper. Leur prédilection affectée pour la souffrance, leur attachement de doctrine aux conditions misérables et basses dont ils font des gages de salut mystique, eur dédain de tout ce qui est beau, la condamnation dont ils frappent nos penchants, nos joies et jusqu’à notre être, qu’ils disent corrompu, voueront à l’esclavage, à l’ignorance et au règne fatal des plus bas appétits cette misérable terre tristement consolée par l’assurance de sa lin prochaine. Et ce qui les rend plus dangereux, plus que les barbares qui ne nous pressent que du dehors, plus que les esclaves que l’affranchissement fait entrer peu à peu dans nos rangs, c’est qu'ils nous circonviennent intérieurement de toutes parts, pendant qu’ils mettent leur foi, comme ils la nomment, à se montrer rebelles à tous les moyens d’action que nous pourrions avoir sur eux. C’est aussi que, divisés en sectes soidisant gnosliques, ils font leur profit des extravagances que débitent, sur l’origine du monde et sur la nature du mal, nos écoles pythagoriciennes ou platoniciennes gâtées par l’infection égyptienne ou persane. Ils se trouvent ainsi faire leur prolit de toutes les sottises et se recrutent de tous les genres d’esprits égarés.

» Nous les avons interdits de leurs droits de citoyens, sur ce motif très-juste qu’une société qu’ils ne reconnaissent point ne saurait les reconnaître ; leur laissant d’ailleurs la faculté de revenir à nous en nous prouvant qu’ils ne sont pas pour nous des étrangers ou des ennemis. Mais, dans leur bassesse, ils se passent trop bien de ces droits que nous leur dénions. Il faudrait donc les forcer à quitter l’Empire, ou du moins l’Italie, la Grèce, la Gaule et l’Ilispànic. Mais par quels moyens? En existe-t-il de légitimes? Nos prédécesseurs ont voulu les obliger à sacrifier aux dieu- de la tradition grecque

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cl romaine, sous menace de mort, injustement, selon moi, parce que nous devrions respecter leur croyance alors môme qu’ils n’honorent pas la nôtre. Mais ce que nous ne sommes pas tenus de ménager, c’est l’obstination qu’ils mettent à fonder et à maintenir au milieu de nous une association naguère ténébreuse, bientôt envahissante, et de plus en plus incompatible avec les principes civils qui sont le vrai lien de société du peuple romain.

» Voici donc comme j’opine sur une question qui fut si souvent l’objet de nos préoccupations les plus sérieuses : définissez légalement le chrétien, dans le sens indiqué par nos décrets; à quiconque, suspect de christianisme, veut conserver le droit de cité romaine, habiter et parcourir librement l’Empire, déférez le serment que voici : » Je crois

» à la durée du monde, à la moralité naturelle de l’homme,

» à la sainteté des. droits et des devoirs sociaux; je respecte » la conscience de mes concitoyens et les cultes qu’ils ont » fondés, ou qu’ils peuvent fonder encore, quand ces cultes * ne portent pas atteinte à la liberté d’autrui; je reconnais » l’ordre politique où mes droits propres sont reconnus; je » ne place au-dessus de cet ordre, en ce qui est de son do- » maine, aucune puissance surnaturelle capable de m’o- 9 bliger; je renonce à toute action personnelle et à toute » association dont le but serait de soumettre la vie civile à » une croyance religieuse; et si je viole mon serment, je » consens de ce jour que tout devoir positif de l’État ou de » mes concitoyens envers moi soit anéanti. » En même temps que vous imposez cet engagement solennel, déliez hardiment les faibles nœuds qui rattachent encore nos cultes nationaux au droit civil et politique de Rome. Donnez aux religions la pleine indépendance, proclamez une vérité connue de tous les philosophes, celle de la nature essentiellement humaine et morale de la République et du système

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de scs lois. Nul ne pourra vous reprocher alors que, sous le prétexte d’un simple serinent civique, vous obligez le chrétien à faire profession d’une religion qui n’est pas la sienne.

» Mais ce serment même, nous savons que le chrétien ne peut le prêter; il ne le prêtera pas. Vous le bannirez alors, en lui permettant de s'établir dans certaines régions de l’Orient, déjà sacrifiées, ou dont la préservation est impossible; car de penser à condamner au supplice cet homme obstiné dans sa foi, et qui n’a pas commis d'autre crime, je n’en ai pas le courage. Quand son fanatisme le ramènera parmi vous, vous songerez à vous défendre. Contre le retour de cet étranger, à qui vous aurez interdit le territoire, la peine de mort sera sans do&tetà' sanction légale. Vous serez dans la plénitude do droit, vous appliquerez avec persévérance et rigueur un système de persécution devenu nécessaire. .le ne prévois que trop qu’il en faudra venir à celte extrémité. Les sectaires bannis, dont la prétention avouée n’est que d’obtenir la liberté de prier en paix, sont, au fond, dévorés par un prosélytisme ardent qui ne leur permet pas de souffrir d’autres religions au monde que la leur. A les entendre, ils acceptent tous les pouvoirs du monde, les républiques et les Césars. C’est le langage des faibles, sincère chez quelques-uns. Mais qu’ils aient la force, ils voudront que la terre entière soit régentée par leurs Surveillants, qui disposent déjà d’une grande autorité parmi eux, et qui, électifs maintenant, se recruteront bientôt d’euxmêmes et prétendront relever de Dieu seul, comme les sacerdoces l’ont toujours fait chez les barbares.

» Ainsi vous servirez, vous protégerez la République par les supplices. En attendant le jour des guerres de religion, que préparera le fanatisme refoulé en Orient, vous poursuivrez, sous le coup des dénonciations et des émeutes, ces

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infatigables missionnaires qui persistent A braver sous vos yeux les dieux de la liberté. Vous vous consolerez en travaillant, par la régénération de l'éducation antique et la vulgarisation de la philosophie, à abréger le coins des tristes années pendant lesquelles l’Empire est hors d’état de résister A ses ennemis intimes. Moi, le mérite et l’attrait de l’œuvre de paix me retenaient A la vie, mais l’horreur de l’œuvre sanglante soulève mon Ame et précipite ma destinée (I ).

» Vous connaissez mon humeur, je n’ai plus besoin de vous dire quel je suis. Malheureux quand je punis, malheureux quand je pardonne, depuis vingt ans bientôt que je porto le poids de l’Empire, ma conscience n’a pas été une heure sans trouble. J’élève des temples à la Bonté, pendant que le devoir me dit qu’il faudrait peut-être en élever à la Terreur. Ensuite mon cœur dément ce devoir, et je doute d’une vertu qui serait souillée d’une si cruelle ressemblance avec le crime. Si je vous dis que j’aime la politique de nos philosophes, tracée pour un monde idéal, mais que je hais et méprise cette politique vulgaire qui ment et qui frappe, et pense atteindre le bien A travers le mal, et faire le bonheur des hommes malgré eux, — ce qu’elle croit leur honneur, souvent à tort; — si je vous dis que mon vœu serait de pouvoir gouverner par l’amour et la vérité, tout en reconnaissant qu’un tel gouvernement deviendrait comme inutile du moment qu’il serait possible, m’accuserez-vous de juger la vie avec faiblesse et d’en méconnaître les dures vertus? ou me plaindrez-vous, en m’admirant, de ce que je me suis élevé

(1) 11 y eut néanmoins des chrétiens suppliciés sous Marc-Aurèlc. Les proconsuls appliquaient les lois de l'empire, et l'Empereur n'entendait pas probablement en arrêter le cours. Mais qu'est cela auprès de la persécution systématique, universelle, dont l'empereur romanesque de YVchronie semble ici envisager la nécessité? Dioclétien est le seul des successeurs de Marc-Aurèle qui se soit arrêté fermement à cette idée, plus d’un siècle après, sans chance aucune de succès et en plein désaccord avec tout le surplu* de la politique impériale. (Sole de l 'éditeur.)

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par la philosophie à cette dernière supériorité de la nature humaine : être digne de ne point exercer le pouvoir, comme de ne point le subir?... » ( Cœtera désuni.)

La mort de Marcus Aurelius fut aussi fatale à son collègue et fi l’Empire que l’avaient été ses irrésolutions. On le trouva percé de son épée, avec l’Enchiridion d’Epictètos déroulé, près de lui, et une lettre adressée au sénat, dans laquelle, attribuant à des motifs personnels un acte presque ordinaire à cette époque, il déclarait continuer son approbation à la politique inaugurée par lui-même et p^- Cassius, léguait à ce dernier ses biens patrimoniaux, en témoignage d’estime seulement, car ils étaient modiques; enfin désavouait de nouveau Commodus pour son fils en le déshéritant. Mais déjà Home était en révolution. Les ennemis du nouvel grdre de choses répandaient le bruit que Marcus Aurelius était assassiné, sa lettre au sénal supposée. On accusait Cassius. On rappelait à grands cris l’intéressant Commodus, banni par les intrigues d’un usurpateur. Toute cette émotion de gens trop intéressés pour être crus serait tombée faute d’aliment populaire; mais la garde prétorienne, soulevée, entoura en armes la maison de Cassius, que celqi-ci avait continué d’habiter, et ne lui laissa que la ressource de se donner la mort à son tour en implorant des Dieux le retour de Pertinax et la vengeance. Pendant ce temps, Commodus était proclamé par le sénal, sous la terreur des événements, et lui-même, qui les ignorait, traversait l'Italie déguisé, pour se tenir prêt à l’appel des officiers du prétoire, qui conspiraient pour lui. Il s’empara donc de ce pouvoir convoité dès l’enfance, et ne tarda pas à s’y rouler avec fureur. Mais la pensée de Pertinax et des autres généraux empoisonnait ses joies, et, à Home même, la violence de la réaction devait en abréger la durée.

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