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par l’adjonction d’un élément italien et provincial plus populaire, l’autorité de cette classe patricienne, en partie la plus éclairée de l’empire et la plus amie de la liberté, qui avait produit et produisait toujours les principaux auteurs, les principaux soutiens de la réforme. L’administration centrale fut donc remise aux mains d’un consul unique et viager. Le sénat dut nommer tous les quatre ans, sous la ratification du consul, cinq tribuns inviolables : un flomain, un Italien, un Grec, un Gaulois, un Hispanicn, chargés de la surveillance générale au nom du peuple, et armés du droit de veto. Ce droit «les tribuns dut s’exercer à l’unanimité contre les lois et les sénatus-consulles, à la simple majorité, contre les mesures consulaires quelconques. Le sénat fut composé, premièrement, de ses anciens membres à titre héréditaire; secondement, d’un nombre égal de membres nommés à titre viager par les assemblées provinciales, la composition de celles-ci étant ordonnée de manière à assurer la représentation de toutes les classes de citoyens. Le premier des consuls fut Albinus, nommé exceptionnellement et par acclamation. L’avantage du système des adoptions, le rôle important que cette pratique avait jouée sous les Antonini et dans toutes les mesures qui avaient préparé ou accompli la révolution, décidèrent l’assemblée à l’adopter pour la transmission dù pouvoir consulaire. Tout consul entrant en charge dut se désigner un successeur, qui serait aussi son suppléant en cas d’empêchement. L’hérédité du consulat fut interdite.
Le consul eut dans ses attributions la direction et le commandement supérieur des forces militaires organisées par les lois de Perlinax, mais avec défense de sortir de l’Italie. Préteur suprême, il fut chargé de l’administration de la justice, avec l'aide d’un conseil de jurisconsultes désignés par le sénat, et la nomination des gouverneurs provinciaux lui appartint. Censeur, il fut chargé de ce qui existait encore
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des pouvoirs de cette ancienne magistrature. Mais les fonctions du grand pontife, celles des trois grands Hamines et des quindécemvirs, et les autres de môme nature, furent définitivement dépouillées de tout caractère politique et exclues des titres officiels.
Enfin le sénat fut investi du droit que les empereurs n’avaient jamais contesté, mais qui était devenu purement nominal, de juger et de révoquer les consuls, pour omise grave. Et ceux-ci durent lui demander la sanction des traités ou déclarations de guerre, ainsi que des lois et de rétablissements des impôts (1).
La constitution fut déclarée perpétuelle, et la peine de mort édictée, suivant un usage ancien peut-être peu efficace, contre quiconque en proposerait le changement. Elle fut néanmoins le premier grand exemple donné aux hommes d’une législation universelle, établie rationnellement par ceux mômes qui devaient y obéir, non plus par un appel «à l’initiative d’un Lycurgue ou d’un Solon, ou sous la sanction d’un oracle. Home s’éleva ainsi à la possession réfléchie et à la transformation libre de ses institutions traditionnelles. Quant au fond môme de l’organisation politique, il est vrai qu’on restait loin de l’ancienne démocratie d’Athènes, et surtout de l’idée qu’un philosophe peut se faire d’un gouvernement de l'homme par soi-même. Mais il faut avoir égard à la nature et à la situation de l’Empire. Ce corps politique artificiel était-il capable d’une constitution que des corps naturels d’une masse infiniment plus maniable n’avaient su se donner, ou dont leurs membres vicieux avaient fait un indigne usage, et que finalement ils avaient
(I) L'auteur de ïllchronie donne ci-dessous (au commencement du cinquième tableau) quelques nouveaux éclaircissements pour l’intelligence de cette curieuse constitution qui aurait été digne de figurer, cinq cents ans auparavant, si elle eût alors existé quelque part, au nombre des trois ou quatre cents dont Aristote avait fait l'analyse, si malheureusement perdue. ( Noie de l'éditeur.)
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vu se corrompre? Albinus et l’assemblée firent une oeuvre empirique et résolurent des problèmes empiriques. La solution qu’ils avaient trouvée dura près d’un siècle et en prépara une meilleure, qui ne disparut à son tour qu’au milieu des maux inséparables de la décomposition de la grande République.
Si Injustice et la liberté étaient données dans les mœurs, elles s’imprimeraient sans peine dans les institutions, et l'État tout entier se modèlerait A leur image. Mais ces vertus se produisent imparfaitement et progressivement, — quand elles se produisent. Elles engendrent donc des lois imparfaites et progressives. Et malheureusement, s’il arrive que quelques hommes parviennent à doter leurs semblables, avant l’heure, de droits que ceux-ci ne demandent point, ou dont ils ne sont pas dignes, on voit la liberté des citoyens, incapable de se régir, se retourner contre elle-même et se détruire. Il faudrait dire alors que l’excès du bien a produit le mal, si une telle énormité morale était possible. Mais les grands exemples, les nobles visées, les hautes tentatives sont chose souverainement belle, utile, nécessaire, bien que condamnée par l’expérience, en un sens, comme non conforme à la nature des faits observés à chaque moment. Le but le plus modeste serait-il jamais atteint par les sociétés en marche, si parmi ceux qui servent de guides, aucun n’avait l’intention de le dépasser?