‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 24 sur 80 · QUATRIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

QUATRIÈME TABLEAU

Dissolution de l’empire. — Provinces d’Orient. — Les hérésies. —

Les émeutes. — Les Barbares. — La féodalité orientale et germanique. — Les Eglises catholiques.

La seconde moitié du x° siècle de la civilisation (1) avait été signalée par un des événements décisifs de la lutte de l’Orient et de l’Occident. La crise de l’orientalisme, qui depuis Alexandre fils de Philippe, et les Césars romains, durant plus de cinq cents ans, avait paru devoir se terminer par la corruption irrémédiable de l’esprit occidental, s’était au contraire jugée par une réaction triomphante ; et l'heureuse issue de tant d’abaissement et de douleurs procédait de deux de ces actes que la persévérante initiative de quelques hommes peut produire dans l’histoire : d’abord la concentration forcée des sectes oricntalisantes en Orient, puis l’établissement d'une constitution romaine, en partie fondée sur les traditions d’Etat, en partie modifiée pour les besoins nouveaux du monde civilisé.

Moins de deux siècles après s’accomplit la séparation politique de l’Orient et de l’Occident. Si les auteurs de la réforme, Cassius, Pertinax, Albinus, mirent ce résultat dans leurs prévisions secrètes, on peut croire que leur patriotisme ne le déplora point. Celui qui a fait la part du feu dans un incendie a dû s’attendre à voir son domaine diminué de toutes les richesses qu’il a sacrifiées aux flammes.

(1) Fin du ii° et comirnïiicement du IIIe siècle de l’ère chrétienne.

UCI1R0NIE.

On ne comprendrail bien ni la cause ni le résultat fatal de la révolte qui éclata en Afrique et en Asie contre le gouverncmenl romain en 1150 (1), si l’on ne se formait une juste idée des conséquences sociales attachées au développement du christianisme dans ces provinces. La secte, disons la religion, maintenant qu’elle est libre et maîtresse d’elle-même, ne reconnaissait au fond ni pouvoir politique, ni lois civiles; tout entière à sa morale, à son culte et à son dieu, elle avait par devers elle un système de prescriptions et de règlements plus que sulfisant pour ordonner la conduite et les relations de ses membres, sans intervention d’aucune autorité étrangère. Ses surveillants (épiscopoi), qu’on n'aurait pu mieux nommer, exerçaient sur les fidèles une censure plus exacte, plus suivie et mille fois plus intime que celle qui avait appartenu anciennement aux censeurs de la république romaine. Elus par le peuple, ils avaient à la fois pour eux le droit, le prestige et une force irrésistible, celle de l’émeute populaire qu'ils pouvaient soulever. Us disposaient du pouvoir religieux souverain qui consiste dans la faculté d’exclure les membres infidèles. L’intolérance reine des cœurs, le fanatisme inspirateur des actes amenaient rapidement le moment où cette exclusion serait accompagnée de peines ou de dangers tellement graves qu’elle équivaudrait à l'inclusion forcée. Enfin, si l’ancienne autorité civile venait à disparaître, il était hors de doute que l’autorité religieuse pourrait prétendre à lui succéder, et qu’elle appliquerait sans difficulté à la défense de mal faire et de mal penser l’antique sanction des supplices. On s’aperçut donc, aussitôt que le christianisme se releva de la persécution de Commodus, et put s’organiser

(1) De l’ère chrétienne 371, peu d’années après la première division historique des empires d'Occident et d’Orienl entre Valentinien et Valens.

(Ao/e de l’edileur.)

CCHROÏUE.

librement dans les provinces orientales, que cette religion portait avec elle un système complet et arrêté de société et de gouvernement.

Ce système, si d’autres puissantes causes n'eussent agi pour en modifier l’application, se serait développé comme se développent toutes les productions naturelles et instinctives du peuple. En son état premier, c’était une démagogie. Les surveillants, conducteurs d’âmes et membres privilégiés des assemblées souveraines, possédaient il est vrai un titre viager ; l'origine de ce titre, ensuite l’éventualité de l’émeute et les sentences des conciles n’en mettaient pas moins celui qui le portail à la merci du peuple dont il représentait les passions, et de ses collègues dont il avait à satisfaire le dogmatisme et à craindre la jalousie. Tous les traits caractéristiques de la démagogie sont là. Sous couleur de déclarer ce que l’autorité divine avait promulgué jadis, ou du moins ce que le peuple fidèle availtoujours cru, les conciles décidaient en réalité de ce qu’on jugeait bon maintenant de croire et de pratiquer. Les décrets se portaient à la majorité des voix, sans autre fondement que des textes pliables en tout sens, comme l’existence même d’une minorité qui ne manquait jamais de textes en offrait la preuve irrécusable. Mais ce qu’un Étal, un corps politique peut toujours avouei* n’ètre qu’une fiction nécessaire, à savoir l’accord entre le juste et le vrai, d’une part, et la pluralité des suffrages, de l’autre, une théocratie ne peut faire moins que de l’ériger en vérité absolue, contrainte qu’elle est à professer soir infaillibilité.

Il arrivait donc fatalement que la majorité prétendait émettre la parole de Dieu, parole obligatoire pour la direction des pensées et des actes des hommes, et portant damnation éternelle contre toute conscience résistante. La minorité, par contre, se trouvait réduite à tenir l’emploi de l'ennemi , -de celui qui fut meilleur dès le commencement. Les malheu-

UCHRO.N'IE.

reux qui j’en faisaient consciencieusement les organes, que ce fût chez eux raison ou fanatisme, ou doute sur le fait môme de la majorité vraie, étaient aussitôt honnis, pourchassés, exterminés, si possible il était, en qualité de gens exécrables, sentines de toute corruption et réceptacles de tous vices. Si la majorité eût pu être constatée avec quelque certitude, un gouvernement tel que celui où conduisait le christianisme de cette époque aurait été une démocratie, la plus oppressive sans doute qu’ont eût jamais vue, mais enfin ordonnée, régulière et présentant jusque dans son excès d’autorité les avantages d’un fonctionnement normal imperturbable du pouvoir. Il n’en était rien. L’unité, l’universalité de l’ Église ne valait que comme idéal. Les assemblées dites universelles étaient rares; encore pouvait-on contester leur titre et le contestait-on en effet; et les assemblées provinciales, en lutte les unes avec les autres et avec leurs minorités respectives, les surveillants évincés, les remplaçants, les prétendants, l'ambition des clercs et le fanatisme des laïques, les passions théocratiques exaltées, la torche et le poignard de l’émeute entretenaient dans les régions chrétiennes de l’empire, sous le prétexte de gouvernement des Aines, une anarchie profonde dont le remède, en partie aussi dur et aussi triste que le mal, était en préparation et ne se prévoyait pas encore (1). A l’égard des mœurs privées des chrétiens, il n’y a point de raison de n’en pas croire leurs auteurs et leurs prédicateurs. Ils en ont fait tous une peinture très-sombre. Toutefois, beaucoup d’actes et d’appétits honteux ou odieux que la vie antique avait laissés paraître en pleine lumière apprenaient, à l’école du

• (1) Il ne faudrait peut-être pas taxer ce tableau d’exagération avant d'avoir relu ce que rapportent les historiens des troubles, des émeutes, des massacres, des incendies, des crimes pires encore dont Ica hérésies donatistc et arienne furent l'occasion en Afrique et en Asie pendant les IV® et v® siècles de notre ère. (iVole de l’édUeur.)

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christianisme, à se dissimuler, s’ils ne pouvaient se vaincre; c’est une des différences capitales entre la civilisation libre et le gouvernement des dînes, que l'une étale volontiers ce qu’elle tolère de mal, quand l’autre oblige à cacher sous des dehors hypocrites et les infamies qu’il est impuissant à réprimer, et beaucoup d’actes naturels devenus offensants pour la pruderie publique. Mais ceci n’est plus de notre sujet.

Ainsi depuis la scission morale de l’empire, l’Orient semblait arriver à la liberté à sa manière, comme l’Occident à la sienne. Ici des réformes civiles et politiques ramenaient les idées et les mœurs républicaines. LA le pouvoir des surveillants religieux se substituait graduellement à celui des ofliciers civils, découragés tout la fois par le sentiment de leur impuissance et par les ordres d’un laisser aller presque indéfini qu’ils recevaient de Home, en tout ce qui n’affectait pas la souveraineté politique nominale et la rentrée de l'impôt. Et comme ce pouvoir épiscopal ou de surveillance avait sa source dans le peuple, et sa sanction pareillement, sous le couvert de Dieu, une sorte de république en paraissait aussi la conséquence. Après la similitude apparente, voyons la diversité radicale. En Occident, l’universelle tolérance, la dilfusion des cultes et la prééminence incontestée de l’idée civile assuraient le peuple contre le despotisme spirituel, générateur fatal de l’autre despotisme et d’ailleurs pire que lui. Mais en Orient la décomposition de l’Eglise en sectes nivales, aux mêmes prétentions absolues et dominatrices, le fanatisme disposant des cœurs, la guerre enfin dans les églises, dans les cités, dans les familles, obligeaient un gouvernement quel qu’il fût de tendre à l’unité de contrainte par le besoin de la paix. S’il est vrai, en thèse générale, que l’anarchie mène au despotisme, ce devait être aussi la destinée des églises chrétiennes, que la théocratie

ÜCII UOXIE.

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fragmentaire des surveillants élus du peuple conduisit, par l’intermédiaire d’une hiérarchie constituée spontanément, à ce qu'on aurait appelé l’Église tout court, à la théocratie unitaire d’un pontife absolu, père par excellence, élu des surveillants et plus tard les nommant eux-inèmes. Cette loi, seule à agir, eût donc fait passer successivement le christianisme de la démocratie à l’aristocratie, puis à la monarchie, puis à l’autocratie pure, de manière à constituer enfin le parfait exemplaire des gouvernements sacerdotaux. Il n’en fut pas ainsi, du moins pour l’ensemble du gréco-romanisme oriental.

En effet, la division des sectes, que nulle autorité politique et coaclive ne s’employait à restreindre et à contenir, rendait la centralisation du pouvoir appelé spirituel et de l’autorité pontificale à peu près impossible. Et d’un autre côté, les institutions militaires conservées maintinrent, à travers tous les événements, des pouvoirs politiques appelés temporels, qui étant eux-mêmes divisés, selon la nature des choses, avaient tous intérêt à empêcher le gouvernement des Ames par les surveillants de devenir un et absolu.

Le christianisme ne pouvait avoir tellement changé les hommes, que l’esprit guerrier des champs de bataille, étouffé en principe sous le précepte ultra-pacifique, Non resistere malo. Si quis te perçussent in dexteram maxillam tuam prœbe illi et alteram, ne lut plus, en pratique et en réalité, représenté que par l’entretien des saintes haines religieuses, et par la savante méthode des embûches spirituelles et des attentats longuement ménagés et divinement colorés. Bénies soient les brutales passions de Mars, grâce auxquelles un peu de franchise se joignant à la violence, et un peu de simplicité grossière à la ruse, les sujets des Etats théocraliques se trouvent préservés du dernier abaissement ! Dès que le soldat, pour des raisons quelles qu’elles soient,

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est nécessaire, le général paraît et vient en participation de la puissance. Absent, on devait le regretter ; présent, il semblera n’ètre qu’une malédiction de plus ; et pourtant c’est à la faveur du fonctionnement embarrassé de la double autorité qu’il sera permis encore aux peuples de respirer.

Ce n’est pas qu’entre les deux pouvoirs qui se disputent les corps au nom des âmes, ou les âmes au nom des corps, le partage soit difficile à régler en principe. Les intéressés on ont rarement manqué la loi. L’homme du glaive se chargera de rendre la foi obligatoire autant que possible, au moins dans l’enceinte que son épée trace sur le sol : il défendra l’homme de paix, organe de celte foi; il lui posera sous les pieds l’ennemi terrassé : scabellum pedum luortim. L’homme de paix donnera l’investiture d’en haut à l’homme du glaive, et lui portera les cœurs en don, la victoire en promesse : auxit le dominus super hœredilatem suam, cl liberabis populum de nianibus inimicorum ejus. On divisera d’ailleurs entre soi les produits honorifiques et matériels de l’obéissance des peuples, en surveillant de part et d’autre les occasions de s’en attribuer la plus forte partie et d’en . gouverner en outre la moindre. Heureusement il ne sera pas plus facile à la force brutale, que nous allons voir bientôt succéder au régime romain dans les provinces d’Orient, qu’à l’autorité épiscopale, qui s’v développe déjà librement, d’atteindre à l’unité par un double mouvement d’expansion et déconcentration. Les compétitions cl les rivalités y mettent empêchement de toutes parts. La division et l’anarchie devront donc l’emporter en définitive, sauf en ces rares moments où le génie d’un homme triomphe, sa vie durant, de la difficulté des circonstances.

L’anarchie, telle était donc en somme l’issue ouverte au gouvernement chrétien dans les régions devenues son héritage. Ni volonté ni sainteté même ne pouvaient changer là

ÜCHRONIK.

quelque chose aux arrêts du destin. Une démocratie religieuse ballottée dans un flot de passions aveugles est une force naturelle, et non point une libre énergie guidée par la raison. La justice et la loi n’en sauraient émaner. On a laissé la fatalité naître et grandir, elle aura son cours et réduira toutes les initiatives à l'impuissance.

La politique prescrite aux préfets civils ou militaires de Syrie, d’Égvpte, etc., se résuma d’abord dans l’ indifférence religieuse et ne rencontra pas de difficultés. A mesure que le développement rapide des sectes chrétiennes créa dans ces provinces un esprit, des intérêts, des passions qui absorbaient tout autre principe de vie, les agents romains reçurent l’ordre de se subordonner entièrement aux autorités religieuses consenties en chaque contrée, pour tout ce qui serait manifestement du ressort moral. Mais la distinction se trouva souvent malaisée dans la pratique. Quelles étaient d’ailleurs les autorités reconnues du peuple, c’est ce qu’il devint impossible de démêler au milieu des orthodoxies diverses qui se qualifiaient réciproquement d'hérésies, et des conflits administratifs ou populaires qui troublaient toutes les villes. Quand la persécution était reçue, en droit comme en fait, dans toutes les Ames religieuses (théoriquement la persécution par amour (1), pratiquement et populairement la persécution par brutalité), l’abstention du gouverneur politique eût été de sa part une démission véritable, par laquelle il se serait condamné à assister impassiblement aux péripéties de l’émeute et de la guerre civile. Il y eut donc nécessité de protéger telle secte, de réprimer telle autre, et les passions personnelles des préfets ne pouvaient non plus manquer

(1) Ce mot si bien trouvé est de saint Augustin. Joignez à la persécution par amour la tolérance par prwlence, vous aurez expliqué les variations apparentes de la politique ecclésiastique en matière <Je liberté de conscience. Voyez entre autres la lettre 185 do saint Augustin. (.Vole de l'éditeur.)

IU ECBRONIE.

d’intervenir. Or le résultat d’une intervention quelle qu’elle fût était celui-ci : satisfaire de faux amis du moment, et se créer des ennemis passionnés.

Quelques sectes très-caractérisées s’étaient de bonne heure montrées dans presque toutes les villes et passionnaient les esprits vivement. Nous voulons parler des sectes gnostiques, ensuite manichéennes, qui devaient causer des guerres sanglantes après n’avoir produit d’abord que des émeutes et beaucoup d’écrits polémiques où l’injure se donnait ample carrière. Entre elles se débattaient des questions telles que celles-ci :

Le monde est-il dû à un créateur unique, ou à des anges délégués expressément par Dieu, ou à des éons, à des vertus émanées de ce Dieu qui les ignore, et qui, passant en elles, déchoit, mais sans le sentir et sans décroître de ce qu’il est en lui-même?

Le monde est-il mauvais ou seulement imparfait? La matière est-elle le mal ? Faut-il la vaincre en s’abstenant, ou s’y livrer en la méprisant? Doit-on contenter les mauvais anges par des sacrifices de leur goût, ou croire le mal moins fort que le bien, et prendre en toute occasion le parti de ce dernier?

La génération est-elle légitime, ou indifférente, ou horrible? N’y a-t- il que les eunuques qui ravissent le royaume du ciel, ou au contraire les symboles de la génération sont-ils ceux de la vraie communion, et cette communion doit-elle être universelle? La femme est-elle impure, ou Marie peutelle être adorée et avoir des femmes pour prêtresses?

Les mauvais anges et les hommes criminels sont-ils plus à plaindre qu’à blâmer? Lucifer n’a-t-il rien à faire valoir pour sa justification? Sera-t-il réconcilié? Est-il ennemi dès le principe et essentiellement à toujours? Caïn et l’Iscariote, ces grands instruments des desseins de Dieu, l’un sacré

par lui, déclaré inviolable, l’autre prévu de toute éternité et nécessaire à l’œuvre du salut, sont-ils des saints méconnus ou des vases prédestinée d’horreur et d’infamie?

Le corps du Christ était-il un vrai corps ou un fantôme de corps? Le fils de Dieu a-t il, à proprement parler, souffert, ou le Père apaisé a-t-il substitué sur la croix une illusion de victime?

Le Christ existait-il avant l’incarnation du Verbe ? Fut-il autre chose que le produit d’une participation de certaine personne humaine à l’essence du Dieu unique? Ce dernier a-t-il plus d’une hypostase? Les trois personnes qu’on lui prèle ne seraient-elles pas de simples attributs que notre pensée envisage dans l’unité de l’essence? Kst-cc Dieu même qui s’est incarné, est-ce un homme qui est devenu l’habitat du Logos ? Ici nous touchons aux grands débats des sabelliens et des ariens, qui se continuèrent par ceux des nestoriens et des eulychiens, avec intermittences de subtilités théologiques et de sang versé.

La secte qui avait excité les plus vives passions au temps de la grande persécution de Commodus, et durant toute la génération qui y avait assisté, était naturellement celle des novatiens et des donatistes, qui prétendaient retrancher de l’Église tous les membres dont l’infidélité éclatait par quelque acte public. Les rigoristes exerçaient leur sévérité contre les chrétiens qui avaient faibli dans les épreuves, mais leur doctrine atteignait aussi les autres sortes de péchés mortels, et n’allait pas à moins qu’à contester la valeur des sacrements donnés par des ministres indignes. Malgré les troubles violents que celte secte suscita en Afrique et ailleurs, elle devait difficilement résister aux efforts prolongés de tout le clergé intéressé à exercer une administration sans trouble, à se soustraire à la surveillance incommode de ses administrés, et enfin à s’attribuer comme un caractère indélébile,

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une fois acquis, le don d’accomplir pertinemment les mystères de la religion. Mais le système de la tolérance civile lui porta plus promptement un grand coup, en supprimant le plus apparent de tous les péchés d’infidélité, et en ôtant aux églises, pour l’avenir, l’espérance d’employer le bras séculier à l’expulsion ou au maintien de leurs membres axcommunicables.

Au reste l’unité de ces églises n’était plus qu’un rêve depuis qu’il était certain qu’un pouvoir politique, un lui-même, ne s’appliquerait pas à la réaliser et à la conserver. C’était là, sans doute, un rêve vivant et permanent, car on convenait de tous côtés qu’il n’y avait qu’une vérité, qu’une foi et qu’un salut, dont chaque doctrine s'attribuait la possession en excommuniant toutes les autres (1). Mais celte doctrine, dite catholique, était simultanément représentée par des professions de foi contradictoires, que rien au monde, excepté la force, ne pouvait supprimer, ni la force même empêcher de se reproduire après certains laps de temps.

Si le christianisme fût demeuré libre en Occident et surtout à Rome (libre d’abord, maître plus tard), il eût pu se faire qu’à la faveur d’une pression exercée par la sagesse et l’esprit politique des Occidentaux sur les Orientaux, et du prestige du siège du Surveillant romain, comme voisin du siège du gouvernement, et enfin de l’intervention tantôt subie et tantôt appelée du pouvoir temporel dans le règlement de la foi, on lût parvenu, non pas à assurer à cette religion l’unité vraie des esprits et des cœurs, qui ne se

(!) «i Hæc est fides catlmlica, dit le jymbole d’Athanase, quant nisi quisque fidcliler, tirmiterque crediderit salvus esse non poterit. » Le concile de .Nicée termine de môme son symbole en prononçant l’anathème au nom de « l'Eglise catholique » contre ceux qui tiennent d’autres opinions que les siennes; et ou peut voir dans l’histoire ecclésiastique de Socrate (il, 41) que les surveillants ariens, dans leurs contre-conciles, prononçaient également l’anathème contre ■ les hérésies • qui recevaient des déclarations de foi dilféi*entes des leurs. ( Sole de l’éditeur.)

ECHRONIE.

commande pas, mais l’unité factice dont on dispose toujours par la domination usurpée d’une doctrine et l’exclu-' sion violente des opinions rivales. 11 en advint autrement, comme nous le savons, et rien ne put suppléer aux causes manquantes.

L’esprit latin ne laissa pas d’être représenté au sein du christianisme, devenu exclusivement oriental. Mais ce fut avec une force bien diminuée. Il trouva son siège principal en Palestine et en Syrie. Beaucoup de chrétiens occidentaux, dans leur exil, s’étaient sentis attirés, connue vers la patrie de leur foi, par les lieux où se trouvaient le berceau et le tombeau de leur Pieu, tandis que les natifs d’Orient restaient plus attachés aux intérêts de leurs terres natales, en partageaient souvent les passions, en suivaient les développements religieux propres. Il arriva ainsi que Jérusalem reçut, outre les Juifs à qui elle était rouverte, outre de nombreux chrétiens judaïsants, ébionites ou nazaréens, un nombre toujours croissant et bientôt dominant de joannisles et de paulinistes, venus d’Italie ou des provinces romaines, et qui se distinguèrent en général des Orientaux par un fanatisme moins raffiné, un penchant moindre aux spéculations théologiques, des tendances plus pratiques, une habitude de résoudre les problèmes, non pas tant par le recours aux principes et la dialectique désintéressée que par l’examen des conséquences et la considération de l’utilité. La ville d’Antioche dut à sa qualité de grande métropole de devenir un centre analogue à celui de Jérusalem; les Occidentaux y firent triompher leur influence en plus d’une occasion. Entre toutes les autres régions, ce fut la province d’Afrique qui fournit à l’esprit latin le principal appui, à cause de l’hostilité qu’on y vit régner contre la philosophie et les sciences. Là se montra la soumission la plus aveugle à de prétendus mystères dont les formules officielles étaient entachées de contradiction; là

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DCIIIIONIE.

l’absurdité ne craignit pas d’arborer son titre, là le plus éclairé des évêques pouvait satisfaire les fidèles en leur avouant que l’exposition qu'il leur offrait du mystère n’avait pas précisément pour objet de leur dire quelque chose, mais bien de ne pas rester tout à fait sans rien dire (1)1 Alexandrie fut une officine universelle pour la fabrication des dogmes théologiques et métaphysiques. Cependant les systèmes du mysticisme le plus transcendant y prédominèrent et tout ce que nous avons compris de doctrines sous le nom commun d'orientalisme. L’Égypte méridionale se trouva de bonne heure l’asile préféré du monachisme chrétien, le siège des pratiques ascétiques : Paulos et Antonios, ermites, y tirent leurs exercices pendant le xi* siècle (2), et longtemps avant, le cénobitisme juif avait eu un grand établissement près d’Alexandrie, savoir le monastère des thérapeutes. La doctrine d’Origénès, qui naquit dans cette dernière ville, est également remarquable par ses affinités dogmatiques avec les religions de l’extrême Orient et par le caractère ascétique de sa morale; Origénès lui-même s’était fait eunuque pour le royaume de Dieu, suivant un préceple bien ou mal entendu de ses auteurs (3). Élevé par son maître Clémens dans la philosophie platonicienne, dont on faisait alors une sorte de religion, il avait enseigné la préexistence des âmes, et tirant la lettre des Écritures des Juifs à des sens allégoriques toujours disponibles pour toutes les opinions préconçues, il

(1) ■ Non ut aliquid diccretur scil ne prorsus Uceretur*; le mot est, croyonsnous, de l'évéque dHippone. Quant à l'absurdité çui arbore son litre , c’est probablement une allusion à l’étrange profession de loi : «< Mortuus est dei Hlius: prorsus credibile est quia ineptum est ; et sepultus resurrexit : certum est quia impossibile est. Tcrtullicn, De carne Christi , cap. v.

(2) Le lll* de l’ère chrétienne.

(3) Dico autein vobis quia quicumquc dimiserit uxorem suam nisi ob fornicationem, et aliani duxerit, mæchntur... Dicunt ci discipuli : Si ita est causa liominis cum uxore, non expedit nubcrc. Quidixit... sunt eunuchi qui se ipsos castraverunt propter regnum cœlorum. Qui potest capere capial. Math . xix, 9.

(iYoïc de l’éditeur .)

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avait reculé le péché de l’homme jusqu’à des existences antérieures et regardé la vie présente comme une punition. D’après lui, chacun de nous ici-bas se faisait sa destinée par ses couvres, aidé toutefois dans le bien par l’action d’un éternel médiateur, le Logos, où personnification universelle de l’Idée, (fia s’incarne pour le salut des pécheurs. Mais celte doclrinegsvivement combattue à Antioche et par tous les surëimanh inclinant à l’esprit latin, n’acquit pas toute l'important qjfon pouvait lui promettre. Les querelles sur la nature de Dieu et de son Fils prirent le pas sur les discussions relatives à l’àme humaine, à la liberté et à l’origine du mal : triste signe d’abaissement moral que de s’intéresser moins à se connaître soi-même et à s’expliquer les causes des misères humaines, qu’à découvrir comment l’unité de Dieu serait compatible avec l’incarnation d’une seule des per sonnes qui, à ce qu’on prétend, le constituent.

C’est encore à Alexandrie que commencèrent ou que vinrent aboutir en grande partie ces recherches transcendantes. Des chrétiens de Smyrne ou d’Éphèse avaient déjà colporté dans l’empire, sans causer beaucoup de scandale, l’opinion que Dieu le Père avait été personnellement crucifié. L’argument dont ils se servaient eût été d’ailleurs assez difficile à rétorquer pour des croyants de la divinité du Christ, si des syllogismes pouvaient prétendre en pareil cas la moindre autorité. Le Christ est Dieu, disaient-ils, or le Christ est mort, donc Dieu est mort. De fait, il n’y a pour le logicien qu’une seule manière d’échapper à l’étreinte du raisonnement; et c’est d’accorder que le mot Dieu se doit prendre en un sens attributif, et nullement dans un sen. individuel et personnel, quand on dit : Le Christ est Dieu Ce n’est point ce que fit Sabellios, un chrétien de la Penlapole libyque, qui soutint que les trois prétendues personnes ou hypostases divines sont simplement trois noms et trois

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formes d’un seul Dieu, selon qu’il crée, ou s’incarne, ou inspire les âmes. Et ce n’est pas davantage ce que firent reuxde scs contradicteurs qui, tout en maintenant l’existence de trois personnes, persistèrent à vouloir que la personne du Logos fût une de nature, une de substance avec celle du Père. Seulement les patripassiens, comme on les appelait parce qu’ils faisaient souffrir le Père, étaient conséquents; les omoousiens ou alhanasiens, partisans de la consubstantialité de Dieu et de Jésus, se condamnèrent à de perpétuelles contradictions, car il était impossible qu’ils s’entendissent eux-mèmes et attachassent un sens à leurs paroles, en formulant tout à la fois l’unité substantielle ou de nature de deux personnes et l’incarnation de l’une d’elles séparée de l’autre. Le dilemme : un ou plusieurs, monothéisme ou polythéisme, les suivait dans leurs débats et tourmentait leurs pensées et professions de foi.

L’arianisme seul sortait nettement de ces difficultés. Il commença avant Arios, dans la doctrine de Paulos de Samosate, surveillant d’Antioche, qui enseignait, vers le milieu du xi' siècle (1), que Jésus était un homme, vrai homme, en qui seulement le Logos avait habité comme principe actif. Il n’était plus guère question ni des alogiens de l’Asie Mineure, qui contestaient la doctrine entière du Verbe et n’acceptaient pas le quatrième Évangile, ni des monarchiens, suivant lesquels Jésus, fils d’une vierge, n’était que le plus grand des prophètes. L’incarnation du < Logos faisait décidément corps avec le christianisme, et il ne s’agissait que de savoir jusqu’à quel point, par la manière

(!) froisièinc de l’ère chrétienne, vers 274. — L'auteur, qui prolonge l'exisence du royaume de Zénobie, détruit en 273 par l'empereur romain Aurélien, change en un succès la condamnation prononcée contre Paul de Samosate au synode d'Antioche; et, en elîel, cette condamnation ne put aboutir qu’après la ruine de Zénobie, protectrice de l'évêque. (Note de l'éditeur.)

l'CHROME.

de l’entendre, on pousserait l’identification ou la distinction de Dieu lui-mêmft et de Christ Dieu.

Paulos de Samosate était le protégé de Zénobia, qui sous le nom de reine d’Orient était parvenue en ce moment à étendre l’empire arabe de la Mésopotamie jusqu’à des provinces d’Asie Mineure et de Syrie sur lesquelles la politique romaine abandonnait ses anciennes prétentions.

Malgré l’influence rayonnante de cette personne illustre, malgré l’antipathie que la plupart des chrétiens arabes et syriens montraient pour l’identification de Jésus avec le Dieu absolu, des synodes réunis à Antioche en 1040 et 1045 (1) furent travaillés par le fanatisme sabellien ou patripassien, au point de condamner l’opinion du surveillant et d’incriminer ses mœurs, ce qui en pareil cas ne manquait jamais.

Toutefois les mêmes assemblées condamnèrent également le système omoousien qui s’était promis le triomphe : effet de bascule ordinaire aux jeux de la politique en tous genres; et quelques années après, lorsque toute espérance fut perdue pour un parti qui avait compté réchauffer le zèle patriotique du gouvernement de la république romaine en faveur d’une expédition de Syrie contre la reine d’Orient, Paulos se trouva le maître de la situation et put assembler à son gré de nouveaux synodes qui lui donnassent leur pleine approbation. Au reste, il est bon de remarquer qu’il n’y avait, pour ce que nous avons nommé l’esprit latin, puissant en Syrie et en Palestine, aucun intérêt doctrinal ou sacerdotal bien sensible à préférer une doctrine à l’autre. On peut même penser que cet esprit, laissé parfaitement libre, devait se reconnaître plus d’affinité avec l’opinion qui fait de Jésus un

(1i De l’ère chrétienne 264 et 269. Ces synodes sont historiques, ainsi que la condamnation de l'opinion Oinootisiemie dans le second.

{Sole de l'éditeur.)

CCHIIOME.

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Dieu plus humain, qu’avec le dogme inintelligible et vraiment oriental qui le traite d’émanation de l’absolu, absolu lui-mème en substance. 11 y avait donc seulement le désir de se frayer une voie entre des opinions contraires, qui eussent paru peser également et se balancer. Mais du moment que les plus importantes provinces d’Oricnt se prononçaient en un sens, et que l’autorité romaine laissait tout faire, on devait trouver sage de suivre le mouvement.

Cinquante ans plus tard, l’Égypte se dessina oonmie la Syrie : fait éminemment remarquable, en un pays jusque-là l’un des principaux centres du mysticisme, et où, dans ce moment môme, un philosophe païen, Jamblichos, répandait des idées de magie et de théurgie, auprès desquelles les prétentions du culte chrétien ont quelque chose de raisonnable et de modéré. Arios, pasteur d’Alexandrie, sorti de l’école d’Antioche, enseigna, comme l’avait fait Paulos de Sainosale ou à peu près, que le Fils était Dieu par participation, non par substance, ni égalité, ni contemporanéité, et que si les noms de Dieu, Verbe et Sagesse lui convenaient, c’était seulement par l’effet d’un don de Dieu môme, duquel il le disait la première et la plus parfaite créature, créée de / rien par sa volonté avant tout temps, et créatrice à son tour de toutes choses, mais enfin créée. Un surveillant d’Alexandrie du nom de Dionysos avait déjà soutenu contre Sabeltios, il n’y avait pas bien longtemps, une opinion analogue. Le surveillant actuel, Alexandros, n’en jugea pas de môme, opina pour l’égalité et la coéternité du Père avec le Fils, quoique engendré, et fit déposer le pasteur Arios par un synode de surveillants d’Égypte et de Lybie. Un contresynode ne tarda pas à s’assembler, dans lequel des surveillants d’Asie Mineure et de Syrie réclamèrent auprès d’Alexandros en faveur de son subordonné, que soutenaient d’ailleurs de nombreuses et ebaudes sympathies dans sa

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propre église. En d’autres temps, où l’autorité politique aurait été mieux disposée à intervenir dans les démêlés religieux, on se serait adressé au pouvoir temporel de bonne volonté, pour le prier en grâce de rendre la paix à l'Église, c’est-à-dire de recourir aux moyens matériels voulus pour mettre un accord apparent dans le spirituel. L’homme d’Etat, l’empereur, si c’eût été un empereur, ne voyant pas quel intérêt pouvait être le sien dans la querelle, n’aurait pas manqué de représenter d’abord ceci aux prêtres conlendants (1) :

« Ce qui vous divise me semble de peu d’importance et ne mérite pas de vous échauffer à ce point. Celui qui a posé la question a eu tort et celui qui lui a répondu aurait mieux fait de se taire. Ces recherches subtiles conviennent pour exercer l’espril des gens qui ont trop de loisirs; ils devraient du moins les tenir secrètes, parce que les plus habiles les comprennent mal, et le peuple point du tout, qu’il faut craindre de troubler. Au fond, vous pensez les uns comme les autres. Imitez alors les philosophes, qui peuvent bien différer sur telle ou telle conséquence de leurs communs principes, dans une même secte, mais que la discussion n’empêche pas de vivre en bon accord. Vous y êtes tout spécialement obligés par les sentiments de paix et de charité dont vous faites profession. »

Si cette exhortation fût demeurée sans effet, comme il est probable, en dépit des sentiments pieux dont le chef d’Élat y eût fait étalage, celui-ci désireux, en sa qualité de surveillant du dehors, de tenir les surveillants du dedans (2) en ordre convenable vis-à-vis des peuples, et maniables sous

(1) C’est, en effet, la substance d’une lettre de Constantin à l'évêque Alexandre et au prêtre Arius. Voyez la Vif de Constantin d'Eusèbe de Césaréc, I. Il, c i.xrv et suivants, et l 'Histoire de l'Église de Socrate, I. I, c. vu.

(ï) Ce sont encore les propres termes de Constantin.

( Xoles de l’éditeur.)

UCHR0NIE.

son autorité souveraine, les aurait convoqués des quatre points de l’horizon, convoyés à grands frais au travers des provinces, entretenus et nourris dans le lieu du concile, reçus solennellement dans son palais, à sa propre table, ou à côté (1), et renvoyés enfin chez eux comblés de présents après avoir obtenu de manière ou d’autre leur universelle adhésion à celle des professions de foi proposées qui eût paru la plus prudente ou la mieux indiquée pour réussir (2). Quatre ou cinq membres du concile se seraient opiniâtres dans la résistance : ceux-là, on les aurait exilés, et sans doute deux ou trois d’entre eux seraient encore venus à résipiscence. Au surplus le pouvoir temporel se serait chargé de promulguer dans le monde l’anathême prononcé contre l’hérésie, de répandre la formule de la vraie foi, ne varietur, de vouer aux flammes les livres contenant les opinions condamnées, et à la mort les personnes coupables de les détenir (3).

L’effet de ces manœuvres, décorées du nom d 'opération du Saint-Esprit, aurait duré jusqu’au retour offensif de la même ou d’une nouvelle hérésie, laquelle aurait été combattue par les mêmes moyens, l’opinion dominante étant toujours qualifiée de seule catholique, à la simple condition de ne déplaire à aucune autorité capable de l’empêcher d’être dominante.

Les choses ne se passèrent point ainsi, parce que les magistrats civils s’abstinrent de. toute immixtion dans l’administration de la foi. Les surveillants, inquiets de la division qui se mettait dans l’Église, division plus grave que celle des nombreuses hérésies jusque-là connues, en ce qu’elle tendait à scinder le christianisme en deux partis inconci-

(1) Eusèbe, Vie de Constantin , my c. xv.

(2) Id. ibid. ni, c. MU.

(3) Socrate, Histoire de l'Eglise, I, c. ix.

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liables égaux, furent obligés d’aviser eux-mêmes à se rassembler et à se procurer l’unité par leurs propres efforts. A Nicce, en Bithynie, où ils se réunirent en très-grand nombre une première fois, ils ne parvinrent pas à s’entendre, parce que ni l’une ni l’autre des doctrines rivales ne pouvant se promettre l’aide du bras séculier, nulle appréhension, nul découragement anticipé n’étant là pour retenir tels surveillants à leurs sièges, nul appel puissant et nul secours pour en faire marcher d’autres; tout, au contraire, poussant les plus animés de chaque opinion à se présenter dans la lice, les séances se passèrent en longues et violentes discussions et se terminèrent sur les différents sujets par de mutuels anathèmes.

On n’arriva même point à réunir une majorité imposante sur un point de culte qui touchait, pour ainsi dire, au matériel de la foi et importait à son unité apparente : le choix du jour de la célébration de la Pâque. Bien plus, des opinions alors honnies dans les principales métropoles chrétiennes, mais qui avaient conservé de nombreux représentants en des lieux éloignés ou dispersés, se rencontrèrent en force : on vit non-seulement des sabelliens, que l’on savait bien être toujours puissants, mais des revenants du docétisme des temps de l’apôtre Paul, et des Alogiens, et des palripassiens déclarés, et, en sens inverse, des Ébionites, presque purs judaïsants, et enfin des Manichéens venus du voisinage de la Perse et de quelques autres provinces.

Le résultat n’était pas encourageant pour recommencer l’épreuve des conciles dits œcuméniques. Les Pères du concile de Nicée avaient constitué en fin de compte une majorité^ ou plutôt des majorités, car il y. en a toujours sur les différentes questions qu’on peut proposer, mais il leur fut plus aisé de feindre en paroles que de faire croire aux plus naïfs que l’inspiration du Ciel avait pour organes deux cent

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