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un volants contre deux cents, par exemple ; et les suggestions de Satan, deux cents contre deux cent un; d’autant plus que, à peine le concile dissous, un nouveau concile s’assemblait en un autre lieu avec la prétention, difficile à juger, d’être non moins œcuménique que le premier par sa composition, non moins catholique par sa doctrine; et celuici procédait à la condamnation des dogmes que l’autre avait approuvés et à l’approbation de ceux qu’il avait anathématisés.
A dater de ce moment, des conciles rivaux ou ennemis ne cessèrent de se réunir dans les différentes provinces de l’Orient. Outre les doctrines soumises à leurs délibérations, et formulées en mille manières, de terribles questions touchant les personnes et les compétitions d’autorité spirituelle étaient portées devant eux. Un surveillant avait été chassé violemment de son siège par ses administrés, et remplacé par un saint qui de hasard passait en cet endroit, ou par un intrigant; un autre s’était vu déposé par les surveillants des pays voisins, un troisième expulsé ou réta'bli à main armée par une troupe de fidèles, sortis de la ville à côté. Dans toutes les villes d’une certaine importance naissaient des rixes, des émeutes sanglantes, presque quotidiennes; et même les journées de massacre n’étaient pas rares, tantôt contre les Juifs, objets d’une haine atroce, depuis que les dogmes en circulation les constituaient déicides, ou contre des sectaires inoffensifs qu’on accusait de quelque énormité. La police romaine intervenait à la vérité pour la répression des attentats contre le droit commun ; mais elle était impuissante le plus souvent à constater les faits, et à trouver des témoins qui ne fussent point parties dans les affaires et qui voulussent parler. Elle avait déjà fort à faire pour protéger contre les entreprises des dévots les vieux édifices sacrés, les chefsd’œuvre de l’art, les chaires des philosophes indépendants et
la liberté des citoyens attachés aux anciens cultes. Elle prenait peu à peu l’habitude de fermer les yeux sur ce qui ne se passait qu’entre sectaires, si grave que cela pût être, et en un mot de se désintéresser de ce qui formait désormais toute la vie du peuple. ,
Les instructions données par les consuls successeurs d’Albinus aux gouverneurs des provinces orientales s’étant donc trouvées, sans qu’on y songeât, toutes semblables à celles qui guidaient longtemps auparavant la conduite des procurateurs romains, en Judée et dans les colonies juives, ou même encore plus pleines de tolérance, les conséquences d’une politique dont on n’avait pas d’ailleurs le choix furent les mêmes : factions et luttes locales des peuples, dont la guerre religieuse avait envahi tout l’état mental, pour ainsi dire; ensuite émeutes fréquemment renouvelées contre l'autorité civile qui leur était imposée extérieurement, parce que le propre essor de leur gouvernement religieux les conduisait à traiter le pouvoir politique d’inutile, oppressif et scandaleux. Il y avait bien eu sous le consulat d’Ulpianus et pendant les années suivantes, à la fin du x* siècle, des tentatives pour organiser en Orient des assemblées municipales et provinciales qui, tout en ajoutant aux libertés des sujets de la république romaine, auraient servi de points d’appui aux proconsuls pour gouverner dans leurs départements. Mais ces conseils électifs, auxquels on n’avait prudemment accordé que voix consultative en toutes matières, étaient bientôt devenus impossibles à cause de l’esprit mêlé de faction et de bassesse qui s’v était montré, et de la totale absence de justice et de raison qu’on y remarquait presque partout. Il avait fallu les dissoudre et renoncer à en convoquer de nouveaux. Le pouvoir se trouvait complètement isolé, détruit moralement. En 845 (1), deux siècles et demi avant
(1) 63 de notre ère. (.Yole de ïédileur.)
UCHROME.
cette époque, Jérusalem seule avait fait presque douter un moment de l’ascendant romain. A présent, plusieurs grandes provinces arrivées à une situation analogue, s’acheminaient à une révolte générale, sous l’influence du même esprit qui avait animé les Juifs, et dont les chrétiens ne s’étaient écartés que momentanément à l’époque où le trop juste sentiment de leur faiblesse avait contraint V apôtre des nations de mettre en avant le principe de la soumission aux puissances établies de Dieu.
Dans une situation si critique, il était difficile de prévoir ce qu’on déciderait dans les conseils de Rome. Déjà dans les assemblées représentatives qui continuaient à se réunir en vertu de la constitution d'Albinus de 977, réformée en 101 >8 comme on le verra, il s’était produit de vives réclamations contre les sacrifices de tous genres qu'exigeait la conservation des provinces orientales. On objectait le peu de fruit qu’en retirait la République, l’impossibilité de jour en jour plus sensible de concilier des esprits aussi différents que ceux de l’Orient et de l’Occident, l’impuissance de la force même à tenir uni ce que sépare l’incoercible liberté des cœurs.
11 se trouvait aussi des députés pour reprocher au gouvernement romain l’injustice qu’il y a toujours à imposer le tribut à des nations prétendues de l’Empire, et à tirer de leur soumission plus d’or qu’il n’en faut pour les administrer, quoique au fond cet excès d’impôt ne monte pas seulement à ce qu’il en coûte pour les tenir soumises. Ce langage trouvait d’autant plus d’écho dans les provinces de la République, qu’elles voyaient leurs armées régionales détournées du soin de leur défense pour aller tenir des garnisons lointaines, et leur jeunesse décimée de temps à autre par des expéditions auxquelles elles ne se sentaient aucun intérêt.
Mais la politique d’évacuation soulevait contre elle les mêmes arguments de faux patriotisme qui jadis avaient perdu