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sur le Rhin, ou l’Italie sur les Alpes, ou la Grèce par le nord. Des Francs repoussés en Espagne, où ils n’avaient pas craint d’aborder par mer, s’étaient rejetés sur l’Afrique, que l’on croyait n’avoir pas besoin de défense, et l’avaient pillée et dévastée, des colonnes d’Ilercule à la Pcntapole libyque. Les provinces occidentales se trouvaient sans doute à l’abri des extrêmes dangers, grilce à l’organisation militaire qu’elles devaient à la constitution d'Albinus, mais les bordes qui venaient se briser contre les frontières bien défendues refluaient inévitablement vers l’Est et, descendant le cours du Danube, allaient tomber en se réunissant sur les parties de l’Empire où le gouvernement romain n’avait pas à compter sur les milices locales, et devait se défendre à l’aide d’armées amenées de loin, et souvent insuffisantes pour garder de si vastes territoires. Ce n’est pas qu’on n’eùt tenté d’organiser les milices, même en Asie, mais on avait dù y renoncer dès les premières épreuves, tant elles se montrèrent turbulentes, ou malveillantes et peu sûres, dans ces pays où l’esprit militaire n’a jamais été que celui du brigandage et où le fanatisme religieux est l’unique moteur des ûmes. Et quant aux contrées danubiennes et à quelques autres encore trop mal civilisées, l’insuffisance de la population avait les mêmes elfets qu’ailleurs l’indiscipline.
Il existait un remède à l’égard de la Dacie et de la Mœsie, qu’on ne pouvait facilement ni peupler, ni défendre, ni abandonner, et c’était d’y concéder des territoires aux tribus germaniques, toujours errantes et en quête d’établissements. On prit plus d’une fois ce parti, en demandant aux colons de payer l’impôt et de garantir la sécurité des frontières. Mais alors il ne fallait pas se dissimuler qu’une telle politique, à moins de n’èlre rien qu’un dangéreux expédient, devait viser franchement à créer des nations tôt ou tard, indépendantes de Rome. Les avoir pour amies et les
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pénétrer deTesprit de l’Occident, on pouvait l’espérer, en ne se départant jamais à leur égard des bons traitements; mais il fallait renoncer à tenir dans une sujétion prolongée des peuplades de ce caractère. On n’eut ni celte sagesse, ni même ordinairement toute la loyauté voulue dans les rapports qu’on entretenait avec les Barbares. Ils devinrent aussi dangereux pour le moins après s’ètre fixés qu’ils l’étaient avant. Il arrivait d’ailleurs que de nouvelles tribus les poussaient, les dépossédaient et les rendaient à la vie errante, au grand détriment de toutes les provinces, les unes envahies, les autres au moins menacées.
La première moitié du xu* siècle (1) n’avait guère différé du siècle précédent quant à l’histoire militaire, et les consuls étaient généralement parvenus à maintenir l’état des choses, en évitant les expéditions de conquêtes, lorsque tout J’un coup le grand ébranlement de la nation des Huns, chassant devant eux les Alains et les Goths, jeta dans une irrémédiable anarchie toutes les parties inorganisées de l’empire. Cette redoutable invasion coïncida avec une révolte générale de • l’Orient chrétien, la Syrie, l’Égypte, l’Asie Mineure, la Thrace même et l’Afrique, ces contrées si éloignées les unes des autres, que la même haine et des superstitions pareilles unissaient, passaientde l’état d’émeute, pour ainsi dire endémique, à celui d’insurrection totale et violente contre l’ennemi commun, à la fois l’étranger, l’impie et le collecteur d’impôts, le gouvernement romain, oppresseur des peuples de Dieu. Les surveillants, maîtres du mouvement qu’ils excitaient au fond sans se mettre ostensiblement à la tête, ne songeaient pas qu’en se soustrayant à l’hégémonie occidentale ils allaient se livrer aux Barbares; ou peut-être comptaient-ils avoir meilleur marché de ces
(1) 324 à 374 de l'ère chrétienne. (Soit de l'éditeur.) ■
• l’C II HOME.
derniers que des Italiens, des Grecs el des Gaulais, les convertir, s’en faire de bons instruments de leur domination spirituelle; et quant aux maux lamentables auxquels ils ne pouvaient manquer de vouer ainsi leurs provinces, aux incursions continuelles, aux rivalités de tribus, au pillage des villes el des campagnes, à l’insécurité de la vie et des propriétés, suite nécessaire de l’anarchie politique absolue, ils espéraient obtenir le respect des envahisseurs, déjà chrétiens en bonne partie, pour les personnes et les biens d’église, le surplus étant fort accessoire en cette vallée de larmes où les conditions pour gagner le ciel méritent seules d’intéresser l’être soutirant.
L’Empire n’avait pas traversé, depuis l'àge de Marcus Aurelius Antoninus, une crise pareille. Elle ne pouvait se dénouer sans quelque grande révolution. Quand les nouvelles accumulées des soulèvements des chrétiens et des marches des Barbares parvinrent à Rome, en 1152, il s’y déclara une fermentation extrême, ainsi que dans une partie de l’Italie, el les délibérations du sénat devinrent tumultueuses et violentes. Les citoyens voisins- du siège du gouvernement sont toujours plus préoccupés des intérêts généraux, et se décident par des motifs plus patriotiques que ne font bien souvent les habitants des provinces, attachés à leur repos et en garde contre tout ce qui peut exiger d’eux des sacrifices. Dans le cas présent, la vraie sagesse était du côté de ces derniers, car l’ancien Empire était désormais impossible et ils en réclamaient l’abandon : la raison et la paix parlaient dans le même sens que des passions provinciales qui n’étaient peut-être chez plusieurs que de l’égoïsme. Mais il n’est pas surprenant que les vieux Romains et les gens qui participaient de leur esprit fussent restés plus attachés aux anciennes traditions de la République et de l’Empire, et se sentissent profondément troublés à la pensée de
la décomposition de cette œuvre des siècles qui avait paru un moment devoir réaliser la paix perpétuelle de l’univers sous l’égide de Rome. La plupart des sénateurs originaires du centre de l’Italie, un grand nombre de ceux de la Grèce, de la Macédoine et des contrées danubiennes, pays qui, par le fait de la renonciation à l’empire de l’Orient, se voyaient menacés d’isolement sur de certaines frontières, et privés de leur rayonnement d’influence et de commerce du côté du Levant, enfin tous les hommes à passions militaires, ou que dominait la politique de l’extension indéfinie et de la suprématie universelle, se prononçaient avec une telle énergie pour la guerre à outrance et la revendication impériale, qu’il y avait tout à craindre pour les tenants de l’opinion de la résignation et de la paix. L'effervescence populaire se produisait dans le même sens à Rome. La population de cette métropole s’était énormément accrue, dépassant, et de beaucoup, sous le régime d'une administration équitable mais pourtant centralisée des intérêts provinciaux, le nombre d’habitants qu’elle avait atteint au temps de la tyrannie des proconsuls.’ Ces foules immenses étaient non-seulement excitées, dans cette circonstance, par le mélange de passions aveugles ou nobles en possession de soulever les peuples, mais encore poussées par les nombreux intérêts que créait nécessairement Rome l’exploitation des provinces orientales.
Le sénat était donc partagé entre deux factions inconciliables, car les représentants provinciaux qui voulaient restreindre la politique de la République à l’organisation et à la défense des provinces occidentales étaient arrivés à un degré d’exaltation et de fureur qui ne le cédait guère aux passions de leurs adversaires. Les deux partis se menaçaient des derniers excès; plus d’une fois, eh plein sénat, le poignard était sorti du fourreau. Toutefois, le parti de la paix,
ou plutôt de la guerre purement défensive, semblait l’emporter numériquement : il s'était compté, il s’était trouvé le plus fort dans quelques votes préliminaires des grandes résolutions. Le parti de la conquête s’agitait beaucoup au dehors, se nommait le parti de Home, et encourageait les masses urbaines exaspérées à des violences contre ces sénateurs qu’il appelait fédéralistes et qu’il accusait de demander la dissolution complète de l’Empire. Enfin le sénat fut deux fois envahi par une foule que ses meneurs qualifiaient de Peuple romain, et à laquelle ils attribuaient un don d’infaillibilité et le privilège du patriotisme. Sous le coup du vertige et de la terreur qui gouvernent en de pareils jours, l’auguste assemblée en vint à se mutiler de ses propres mains et à déchirer ainsi la constitution de la République. Quelle autorité vraie pouvait rester à des représentants qui violaient chez leurs collègues le seul litre dont ils pouvaient eux-mêmes se réclamer? Vingt députés éminents, choisis parmi toutes les députations, furent mis en accusation et çondamnés à mort par un tribunal inique, institué pour la circonstance, et, en violation de la grande et vieille loi protectrice des citoyens romains qui n’avait presque jamais été violée, si ce n’est au temps néfaste des empereurs. Plus de trois cents autres sénateurs, laissés libres, regagnèrent en proscrits leurs provinces où ils répandirent un esprit fatal â l’unité romaine, et justifièrent, de nécessité, l’imputation qu’ils n’avaient point méritée au commencement, celle d’avoir voulu substituer à l’unité du gouvernement un lien purement fédéral entre les principales parties de l’Empire.
Le parti vainqueur organisa sa domination dans le sénat mutilé, et lit instituer une dictature, d’abord annuelle, bientôt décennale, en dépit des résistances de ceux qui savaient combien il y a près de la suspension de la liberté i\ sa ruine. On nomma dictateur l’Hispanicn Flavius Theodosius et on lui
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adjoignit quatre consuls subordonnés, parmi lesquels le Pannonien Gratianus, un général du nom de Clemens Maximus qui commandait alors en Bretagne, et le Gaulois Arbogastès. On comptait sur ces deux derniers pour maintenir la Gaule dans l’obéissance pendant que Theodosius ferait campagne en Orient. La tâche était rude de tenir tète aux Barbares qui menaçaient plusieurs frontières, de battre ceux qui occupaient la Thrace, jusqu’à Byzance, et ceux qui se répandaient en Asie Mineure et en Syrie, de refouler les Perses et les Arabes maîtres sur beaucoup d’autres points, et, cela fait, de s’assujettir des provinces où Home ne conservait désormais que de rares amis; car à la tournure que les événements avaient prise depuis vingt ans, presque tous les hommes attachés au gouvernement de la République et à l’ancienne religion jugeaient le séjour des provinces chrétiennes intolérable pour eux, et une émigration volontaire des citoyens d’Oriem en Occident complétait de jour en jour l’effet de l’émigration forcée des sectaires d’Oceident en Orient deux siècles auparavant. Mais il ne fut pas même donné à Theodosius de s’engager bien avant dans une entreprise plus qu’ingrate. L’état des affaires en Gaule et en Ilispanie rappela le dictateur. Ces provinces refusaient de laisser partir leurs contingents militaires, soit qu’elles se sentissent inquiètes pour leur propre défense sur le Rhin et aux Pyrénées, soit que les citoyens s’y trouvassent décidément las de la continuation de la politique impériale sous la république d’Occident, ou qu’enfin ils vissent jour à des idées d’indépendance. Arbogastès, entraîné par la vive manifestation du sentiment national, trahissait son mandat romain, et Maximus était contraint de suivre l’esprit tout breton ou gaulois de son armée. Theodosius se vit réduit, en conséquence, à rentrer en Italie, après un an de luttes où il n’avait rien gagné sur les Barbares, que de les refouler sur
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quelques points; ni sur les insurgés chrétiens, que de dégrader la ville d’Antioche après l’avoir réduite à une soumission qui devait durer autant que la présence de ses troupes.
Le dictateur perdit encore deux années, tant à arrêter les Barbares dans les provinces danubiennes, à l’aide de ses lieutenants, qu’à se préparer une armée capable d’opérer contre les Gaulois, et à faire face aux difficultés intérieures de gouvernement que lui créaient ses demi-succès, présentés en Italie comme des échecs, et l’insuffisance des rentrées de ' l’impôt. Il se décida à la fin à passer en Hispanie, espérant venir plus facilement, à bout des résistances, dans un pays où il avait ses propriétés, sa famille et de grandes influences; de là s’avancer vers la Gaule en vainqueur, à la tête d’une armée de ses compatriotes et de volontaires africains, comme autrefois Annibal. Mais à l’approche du danger, les Gaulois se fédérèrent avec lés llispaniens, chez lesquels Theodosius ne trouva point l’appui sur lequel il avait compté, et toute l’habileté du général ne l’empêcha point d’être vaincu sous les murs d’Ilerda par Arbogastès et les chefs unis de la Tarraconaise et de la Lusitanie. Il put à grand’peine se rembarquer et regagner l’Italie, où les affaires de la dictature ne devaient point tarder à péricliter (1155) (1).
Ce sont les destinées de l’Orient que nous avons à suivre en ce moment, ou plutôt à esquisser à grands traits. Une longue suite de discordes, car on ne peut vraiment que 1 nommer ainsi des guerres entre les nations occidentales, désormais parentes, et. les troubles intérieurs de ces dill’é- • rentes nations donnèrent pleine liberté aux Barbares de s’étendre, et aux chrétiens d’établir parmi eux la suprématie de la religion sur la civilisation. Nulle tribu, qu’elle fût ger-
(1) De l’èrc chrétienne 379.
manique ou mongole, ne parvint à franchir le Rhin ou les Alpes, ni à entamer les lignes de défense de la Grèce, tant se trouvèrent eflicaces, sous le poinMe vue défensif, les institutions militaires dont la réforme de 977 avait doté des provinces où l’abolition graduelle de l’esclavage et le nouveau régime de la propriété faisaient en outre augmenter la population au delà de toute espérance. Les Barbares renoncèrent bientôt entièrement à attaquer ces frontières si bien défendues mais ils devinrent les maîtres dans les contrées danubiennes, parce que la colonisation romaine y était restée trop imparfaite. D’autres firent leur proie des riches pays du Bosphore et d’au-delà, puis de la Syrie, de l'Égypte et de la Libye. Les chrétiens, demeurés libres par la retraite de tous les fonctionnaires de l’Empire, n’essayèrent à peu près aucune résistance. Inaptes d’eux-mêmes ’à toute organisation civile et politique, ils comprirent seulement que l’impôt allait passer à d’autres mains qui leur étaient moins odieuses ; mais ces mains ne tardèrent pas à leur paraître bien rapaces et trop souvent tendues, car les flots de l’invasion amenaient incessamment des vainqueurs après d’autres vainqueurs. Les surveillants se contentèrent, pour tout gouvernement, d’instituer tfes polices et tribunaux ecclésiastiques, et de traiter avec les envahisseurs successifs pour la protection des églises et des biens du clergé, ensuite des sujets laïques, autant qu’ils le pouvaient. Mais ceux des Barbares qui ne faisaient que passer pillaient outrageusement, et ceux qui avaient le temps de songer à s’établir avaient coutume, en la personne de leurs chefs, de se substituer aux grands propriétaires et de continuera leur profil les exploitations rurales existantes. Dans les villes, ils s’emparaient des palais et de tous les édifices non religieux, s’en faisaient autant de forteresses, et exerçaient de là tous les pouvoirs arbitraires qu’il leur plaisait de s’arroger. Les surveillants s’attachaient à les gagner
par la douceur, à leur imposer par la fermeté, surtout à obtenir d’eux qu’ils étendissent aux personnes des clercs le respect que ces hommes naïfs ressentaient ordinairement pour des objets saints de toute tradition. Ils circonvenaient leurs rois, et dès qu’ils les tenaient par la supériorité de l’intelligence, ils les amenaient sans trop de peine à une conversion au moins superficielle. Ils ne leur refusaient point , alors les plus grands honneurs ni les titres suprêmes, espérant bien, en leur concédant des peuples à gouverner, les gouverner à leur tour par l’ascendant sacerdotal.
Un tel état de choses, en dépit des illusions des surveillants, ne pouvait aboutir qu’au dernier degré de la décomposition sociale ; mais la chute définitive d’un corps si bien organisé demandait du temps, et en attendant il n’était pas impossible que le génie de certains chefs ne parut ramener sur des espaces plus ou moins étendus l’ombre de l’Empire détruit. Le prestige de la puissance romaine éteinte était très-grand, et il est facile de comprendre que chaque chef de hordes intelligent rêvât de la reconstruire à son profit. L’histoire est pleine des tentatives de ces conquérants, dont l’œuvre toute viagère, et vraiment peu enviable, ne laisse pas, quand elle est racontée, d’exciter des désirs de Tantale chez tous les porteurs de sceptre qui se croient en mesure de l'essayer. Deux fois, à la fin du xn' siècle et à la fin du xni% des rois de race germanique semblèrent sur le point de créer de vastes dominations. Nous ne parlons pas d’Attila chef des Huns, dont les grandes expéditions hors de la Pannonie, que ses hordes occupaient, n’eurent jamais pour but que la destruction et le pillage. Mais Alaric, roi des Yisigolhs, maill e de Byzance, étendit ses armes de la Thrace au fond de la Libye, et fit reconnaître vingt ans sa suprématie à tout ce que l'Orient comptait de diocèses de la foi arienne. Théodoric, roi des Ostrogoths, approcha mieux encore du but, et
restaura presque l'Empire en Orient ; mais l'équilibre temporaire et la demi-soumission des forces barbares devaient naturellement se terminer avec la vie et les victoires d’un homme ; l’administration imitée des Romains ne pouvait longtemps fonctionner, au milieu de la corruption générale, avec les habitudes de pouvoir arbitraire qui s’étaient insinuées partout ; et les surveillants, véritables chefs moraux des populations, n’auraient pas tardé non plus à miner l’autorité de princes qui ne visaient pas à moins qu’à les nommer eux-mêmes, et bientôt peut-être à s’attribuer le contrôle de leurs actes.
La mort de Théodoric fut le signal d’une décomposition qui ne s’arrêta plus qu’à l’extrême limite des divisions politiques et territoriales. L’insécurité s’accrut à tel point, par l’effet du parcours des tribus barbares avant qu’elles parvinssent à se fixer, que les terres demeurèrent en friche, et même sans maîtres, en beaucoup de lieux. La population diminua dans de fortes proportions. Le cœnobilisme se développa sans mesure, comme il arrive toujours quand les misères de la vie se faisant trop fortement sentir aux hommes, leur passion naturelle d’élever des familles est dominée par le goût du repos, par la contemplation d’une destinée céleste, ou encore par l’ambition du genre de pouvoir que les capables exercent au fond des cloîtres. Au moment où l’anarchie commença à diminuer, grâce à une sorte de tassement qui s’opéra chez les envahisseurs, la physionomie des anciennes provinces romaines se trouva entièrement changée, et de nouvelles coutumes, un nouveau genre d’autorité se montrèrent partout, au milieu de l’oxtrême misère des peuples.
Les villes étaient ruinées et en grande partie abandonnées. Les quartiers des palais n’offraient plus que des cavernes à l’usage des fugitifs et des bêtes sauvages. A quelque dis-
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tance, s’élevaient des masures, agglomérées sans ordre, appelées à former plus tard les quartiers infects de villes nouvelles. Les marbres des monuments tombés servaient de pierres à chaux, sauf les fragments de colonnes, qu’on employait çà et là dans les églises sans craindre les disparates.
Les temples étaient détruits, les statues brisées, les bibliothèques incendiées. A peine, en effet, les administrateurs romains avaient-ils quitté la place, au moment de la grande révolte de l’Orient et du commencement de la guerre civile d’Occident, que s’étaient succédé comme une traînée de poudre, depuis Byzance de Thrace jusqu’à Tingis en Mauritanie, les ordres des surveillants de brûler tous les livres des païens, d’ûter les portes des temples et d’en faire tomber les toits, de représenter toutes les idoles en quelque lieu qu’elles fussent cachées, de fondre tout ce qui était d’or ou d’argent et de ne laisser que les objets sans valeur aux propriétaires (1).
De toutes les belles productions de l’antiquité, il h’y eut que les langues qui furent sauvées, qu’on n’aurait pu détruire absolument. Le grec resta la langue du culte dans presque toutes les provinces, et le latin dans l’Église de Jérusalem et dans quelques autres Églises de Syrie et d’Afrique, où s’etajent retirés de nombreux chrétiens occidentaux, au moment de la persécution de Commodus. Les progrès de la barbarie, la division croissante des idiomes anciens et nouveaux, ou plutôt des patois qu’engendraient le mélange et la grossièreté des races, obligèrent le clergé à conserver, pour son usage propre et ses communications intérieures, le langage de ces anciens qu’il avait en abomination, qui avaient
(I) Voyai Eusèbe, fie i le Constantin, 1. III, c. ut. Le» prescriptions quant aux temples et aux statues s'y trouvent mentionnées littéralement.
(Note de l'èditedr.)
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exprimé sous une forme immortelle des sentiments et des idées proscrites désormais. Grèce à cet accident, quelque mémoire des temps civilisés put traverser les âges en Orient, un précieux instrument d’étude se conserver., pour l’époque luturc, mais éloignée, où les livres détruits seraient ramenés du dehors et remis en honneur sous les yeux d’un sacerdoce affaibli. Sans cela, il est à croire que l’histoire aurait péri entièrement dans cette partie du monde (1).
L’extinction de la vie urbaine, la disparition des capitaux, le danger des voyages et l’impraticabilité des roiites ayant anéanti tout commerce lointain, ou à peu près, et réduit l’industrie aux arts manuels du village ou de la famille, ce qui restait de richesse ou de luxe était accumulé dans les églises et dans les forteresses, ou promené dans les camps. Les habitations rurales venaient se grouper autour de quelque abbaye vénérée, ou sur des hauteurs, à l’oinbre d’un fort, s’entourant elles-mêmes de murs et de fossés, se défendant de leur mieux à l’aide de créneaux et de mâchecoulis. A dater de ce «noment, l’église et le fort voisin se
(1) L'auteur de IT'chrnnic avait certainement lu Machiavel, et ce passage avait dû le frapper : « Quando lurge una setta nuova, cioè una rcligione nuova, il primo studio suo è (per darsi ripulalione) es tin guère la veechïa ; c quando egli orcorre che pli ordinatori délia nuova setta siano di lingua diversa, la spengonn facilmente. Laquai cosa si conosce considcrando i modi che lia tenuti la religione christiana contra alla seUa gentile, laquai ha canccllati tutti gli ordini, tutte le cerimonic di quella, e. spenta ogni meniuria di quclla antica theologia. Yero c che non gli e rmseito spegucre in tutto la notizia délie cose faite da gli huomini cccellcnli di quella, il che è nato per havere quella mantenuta la lingua latina; il che freern [onatamenle, havendo à scrivcre questa legge nuova con essa. Per che se laveisino pointa scrivcre cou nuova lingua, cousiderato l'altre persécution! gli (ecero, non oi sarebhe ricordo alcuno délit cose postale. Et chi legge i modi tenuti da san Gregorio et da gli allri capi délia religio^ christiana, vedrà con quanta oslinazione c' perseguitarono tutte le memorie antiche, ardendo l'opere dei poeti e delli liistorici, ruinaudo le imagini e guaslando ogni altra cosa che rendesse alcun segno dcli’ antichit i Tal che te a questa perseculione egli haressino aggiunto una nuova lingua, si sarrebhe veduto in brevissimo tempo ogni cosa dimenticare, • Ditcorti supra la prima décadi di Tilo-Livio, u, 5.
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trouvèrent les seules garanties des populations, garanties chèrement payées à l’occupant du fort par toutes sortes de taxes, de péages et de corvées, au presbytre de l’église, par la dime des biens et le don sans réserve de l’àme : garanties incertaines toutefois, car les seigneurs barbares, une fois établis, guerroyaient entre eux, et ni eux ni les clercs ne pouvaient promettre à leurs protégés qu’un plus fort intervenant n’enlèverait jamais leurs femmes ou leurs récoltes.
Les vilains ou campagnards, comme on appelait ces habitants de villages, c’est-à-dire de villas ou fermes agglomérées, étaient exempts de tout service militaire. Mais cet apparent privilège était la simple constatation de l’impuissance à laquelle on les réduisait, et de la privation de tous droits, et du mépris où les tenait quiconque était porteur d’un instrument de carnage. L’esclave rural ne se vendait guère plus sans la terre, il est vrai, car les Barbares portaient avec eux la coutume du colonat, la même que la marche naturelle des choses tendait à généraliser dans l’Empire, à la fin de l’ère des conquêles, et que les réformateurs du x' siècle rendaient obligatoire pour les propriétaires de biensfonds en Occident. Ils rétrocédaient aux familles des laboureurs les terres dont ils se regardaient comme ayant acquis la propriété par leur courage et au prix des dangers courus. Les colons serfs étaient soumis à des redevances et à des corvées, auxquelles se joignaient à l’occasion toutes sortes d’exigences arbitraires. L’Église voyait avec plaisir une transformation qu’elle se plaisait à attribuer aux sentiments de fraternité humaine inspirés par elle aux conquérants, mais qui était simplement l’effet de leurs commodités et de leurs habitudes. La charité n’entrait pas plus que la justice dans une espèce de contrats où la volonté sans frein traitait avec l’obéissance affamée. Les nouveaux esclaves aussi misérables que les anciens se virent souvent réduits à vivre en
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communautés de plusieurs familles, sous le chaume et dans la boue; nulle part ils ne furent regardés comme de la société de leurs maîtres, pas même dans l’Église, où ils communiaient avec leur Dieu sans communier avec leurs prétendus frères.
Quant à l’esclavage domestique, il ne pouvait évidemment subsister tel qu’on l’avait vu dans les villes, excessif et féroce au sein du luxe romain, ni tel que l’avaient connu les anciennes cités grecques, avec un caractère pour ainsi dire démocratique, et destiné au service intérieur des petits ménages dont les chefs vivaient exclusivement de la vie publique. Mais qu’avaient à faire d’esclaves à acheter ou à vendre des hommes qui pouvaient d’un signe en appeler autant des deux sexes qu’il leur en (allait pour leurs besoins et leurs caprices? Et de quoi des marchés d’esclaves eussentils servi, quand la classe entière des paysans et des artisans était aux ordres des dominateurs du sol, clercs ou Barbares? L’esclavage de la glèbe et l’universelle domesticité, volontaire ou forcée (mais elle était relativement trop avantageuse pour n’être pas presque toujours volontaire), prirent ainsi la place de l’ancien esclavage commercial. Ce fut un bien, en ce que la condition de l’esclave devint entièrement stable et lui permit la vie de famille. Et les horreurs du tralic d’hommes * après les batailles cessèrent en grande partie, ainsi que les abominations des amphithéâtres. Mais on ne saurait dire que ces améliorations, dues à la simplicité comparative des . goûts des Barbares, à leurs coutumes d’inféodation, et à l’effet, quoique faible assurément, de l’incessante prédication des maximes de douceur évangélique, constituassent au moindre degré un pas accompli dans le développement des libertés humaines, dans le respect de la justice et l’amour de la paix. ,
Voilà donc quel fut l’état de l’Orient, depuis le Danube
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jusqu’au Nil, et du Midi, depuis le Nil jusqu’au détroit de Gadès. 11 y avait, à la vérité, dans cette société, si profondément morcelée et troublée, une double cause de tendance à la reconstitution de l’unité dans l’autorité : d’une part, dans l’ordre temporel, le principe féodal ; de l’autre, dans l’ordre spirituel, la constitution hiérarchique du clergé et la disposition des peuples à faire remonter au plus haut leur vénération superstitieuse. Les chefs barbares qui avaient formé des établissements dans les différentes provinces ne s’estimaient pas purement et simplement les maîtres dans leurs domaines; mais, conformément aux régies qui assujettisaient les hommes de chaque nation à des chefs, ceux-ci à des chefs supérieurs, et qui attribuaient aux premiers chefs ou rois une sorte de propriété éminente sur les pays conquis, à tout le moins un droit sur le service militaire ou les contributions pécuniaires du subordonné, il s’établissait des liens de vassalité plus ou moins ramifiée qui, selon les caractères, la puissance et l’habileté des uns ou des autres, allait se fortifiant ou s'affaiblissant, et subissait de nomî breuses vicissitudes. De là un mouvement continuel de composition et de décomposition, non sans d’affreux spectacles et de violence et de perfidie, qui devait amener dans certains pays la formation de principautés nationales sous des titres divers; ailleurs, se prolonger sans jamais rien cons- * tituer de fort ou de durable, à cause du naturel plus indiscipliné, plus sauvage des habitants, ou de leur moindre cohésion de religion, d’origine et de mœurs.
Quant à l’unité spirituelle, ou de croyance, elle était empêchée par la division des sectes, à laquelle nul pouvoir politique suffisant n’était venu s’opposer à «temps, que rien désormais, excepté les plus affreuses persécutions, ne pouvaij changer, et qui à son tour, réagissant sur les conditions de l’autorité civile, opposait un obstacle insurmontable à la
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formation ou à la durée de toute grande concentration administrative. Un tel état de fractionnement des peuples et des gouvernements n’eùt point été un grand mal s’il se fût accompagné de liberté et de moralité. Mais il n’exprimait partout que désordre et anarchie. Or, en de telles conditions, le mal n’est ordinairement guéri que par le mal, et la force semble l’unique agent d’où dépende le retour des hommes à la vie civile et à l’empire des lois.
Le jeu des principautés et des princes : batailles, traités et violations de traités, assassinats, empoisonnements et mariages, l’agrandissement ou la destruction des dominations n’ont rien en soi qui doive intéresser l’historien philosophe. Les guerres ont plus d’importance à ses yeux, quand elles naissent des haines religieuses, quand elles constatent ou déterminent des changements considérables dans les croyances des peuples. Les destinées des sectes méritent aussi d’èjtrc suivies. Leurs péripéties sont les événements principaux à compter dans les annales des nations qui n’ont ni sciences, ni philosophie indépendante, ni droit public.
L’arianisme s’était répandu et se trouvait en force dans plusieurs provinces, tout particulièrement en Thrace et en Bithynie, quand le Syrien Nestorios, surveillant de Byzance et l’un des plus fanatiques persécuteurs d’une époque où vivait Cyrille d’ Alexandrie (i), entreprit de réduire la terre entière à son opinion propre, i Purgez la terre des hérétiques, dit-il, le jour même de son installation épiscopale, «u dominateur du moment, rivql du successeur d’Alaric, . Athaülphos, et je vous donnerai le ciel en récompense;
' guerroyez contre eux avec moi, et je vous aiderai ;\ faire la
(1) Allusion au meurtre d’une femme illustre, Hypatie, fille du mathématicien Tliéon, elle-même philosophe et géomètre, dont la populace d' Alexandrie, excitée par l'éviquc Cyrille, traîna dans les rues le corps en lambeaux.
(Note de l'éditeur.)
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guerre à vos ennemis (1). » Pour commencer, il fit le siiîge de l’église arienne de Byzance et brûla tout un quartier de la ville. Sa manière devoir n’était pas pour cela si différente qu’on l’eût cru de celle d’Arios, mais la subtilité n’avait plus de bornes. Le chrétien Apollinaris, surveillant de Laodicée en 1158 (d), avait appelé l’attention sur la question de savoir comment, en admettant l’omoousie de Dieu et de Jésus le Dieu, on expliquerait la relation du divin et de l’humain dans ce dernier. Il estimait, quant à lui, que le Logos devait avoir pris simplement la place de Y âme rationnelle, Ame peccable qu’on ne saurait conserver, et laissé à Jésus l’homme son corps et son âme vitale, qu’il tenait de sa mcre pour souffrir. Mais un concile de Byzance condamna cette doctrine. Il fut donc reçu dans le parti omoousien que le Fils avait deux natures; mais il restait à comprendre leur rapport. C’est alors que Nestorios prétendit queJ’union des deux natures, en dépit de l’omoousie, est une union externe, qui ne suppose point une intimité de fusion. Ainsi Christ serait un homme placé sous une influence divine qui le gouverne constamment. De là, la proscription des expressions scandaleuses <Y Homme- Dieu pour Christ, et de Mère de Dieu pour la mère de Christ. 11 ne paraissait, on le voit, entre le système de Nestorios et celui d’Arios, nulle différence bien saisissabie. Aussi Xesto- > rios eut-il beau persécuter les Ariens pour donner le change, il n’empêcha pas les Omoousiens ameutés contre lui par Cyrille d’Alexandrie de s’assembler à Ephése, et de le condamner comme partisan d’une véritable dualité de Christ* avec Dieu. Mais Jean d’Antioche arriva bientôt dans la même ville avec d'autres surveillants convenablement armés et escortés, et un contre-concile déchira les actes du premier. La
(!) Ces paroles remarquables sont, en effet, de Nestorius et adressée» à l'empereur d'Orient en 428. (Note de l'éditeur.)
(2) De l*èra chrétienne 382. (Note de l’éditeur.)
l'CHROMK.
lutte continua longtemps avec la plus extrême violence et des phases diverses. Le nestorianisme resta dès lors une des formes du christianisme, mais il se trouva dans la suite plus profondément distinct de l’arianisme qu’il ne l’avait été dans le principe, attendu que cette dernière secte se changea en un monothéisme pur, avec Jésus comme prophète, ainsi que nous le verrons.
La secte opposée au nestorianisme, et qui le suivit de près, car il se produit toujours de ces sortes de balancements dans la marche des doctrines, est la secte d'Eulychcs. Celle-ci rappela les opinions gnostiques et docétiques, qui avaient joué longtemps un si grand rôle, et qui ne pouvaient s’éteindre. Une seule nature en Christ, savoir la nature divine absorbant la nature humaine, telle fut la nouvelle formule qui s’offrit, pour et contre laquelle s’assemblèrent de nouveaux conciles, et entre autres celui dit des brigands d'Éplièse, où les surveillants portèrent les mains les uns sur les autres, se menacèrent de se mettre en pièces, comme était mis en pièces le Christ, dans l’opinion nestorienne, et en appelèrent aux princes pour se contraindre mutuellement à la soumission par l’exil et par les supplices. Il était bien difficile de prendre un parti entre des conciles, comme ce dernier, qui perdaient l’homme dans le Dieu, faute de concevoir autrement l’homme et le Dieu unis; et d’autres conciles qui affaiblissaient l’union appelée hypostatique, ne pouvant sans cela garder intact l’homme et ce qui lui appartient. C’est pourtant la tâche qu’entreprit un concile de Chalcédoine, auquel sa qualité d' oecuménique ne permit pas plus qu’à tout autre d’imposer sa solution aux récalcitrants. Il fut assemblé sous l’influence de l’esprit de conciliation latin de certaines Églises, dont la constante politique était de tenir la balance égale entre les opinions opposées, et de rejeter parce moyen toute doctrine qui pouvait logiquement conduire à d’autres
IJCHROJilE.
innovations, à des réformes, ou à quelque philosophie trop éloignée des communs sentiments du monde. On y déclara la croyance catholique en un seul Seigneur, Dieu parfait et Homme parfait, fils de Dieu, consubstantiel à Dieu, issu de l’humanité et consubstantiel à l’humanité, formé de deux natures, sans séparation et sans confusion, en une seule personne. Autant aurait valu dire que le Christ était tout à la fois pcccablc et impeccable, ignorant et savant, un et non point un, divisé et non divisé! L’esprit latin en théologie pouvait réussir à empêcher telles questions scabreuses de se poser, à retenir parfois la spéculation sur des pentes dangereuses pour la foi déjà déclarée, ou pour la raison ellemême, si tant est que la raison conservât encore un certain poids; mais quand le problème était de ramener à l’unité des tendances contradictoires qui avaient déjà acquis de l’autorité dans les Églises, ou, ce qui revient au même, de formuler des doctrines dans lesquelles une contradiction latente était enracinée dès l’origine, on comprend que tout le savoirfaire des théologiens devait consister à professer le oui et le non simultanément, en termes dont l’incompatibilité ne parût pas à première vue, et se trouvât masquée par des distinctions verbales.
Quoi qu’il en soit, les principales opinions contraires eurent leur plein développement, en l’absence d’une autorité matérielle et tyrannique qui put les atteindre partout où elles se réfugieraient. Le nestorianisme, ou système des deux natures séparées, hiérarchisées, s'implanta solidement dans une partie de la Syrie, et de là rayonna jusque dans les Indes, où une petite Kglise chrétienne parvint à se former. Mais il * alla se fondant peu à peu dans l’arianisme, à mesure que cette secte grandit et s’imposa, en Arabie, en Mésopotamie, et dans toute la Perse et l’Assyrie. La doctrine latine des deux natures unies, respectivement consubstantielles aux
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deux contradictoires, l’Homme et Dieu, vécut un temps d’une vie agitée, grAce au crédit du surveillant qui avait son siège à Jérusalem, mais finit par tomber .dans l’oubli, quand les prétentions de ce dernier à l’hégémonie épiscopale furent forcées de se retirer devant la ferme résistance de ses confrères et des princes. Ceux-là s’attribuaient des droits égaux, fondés sur l’imposition des mains qu’ils faisaient remonter aux apôtres ; ceux-ci étaient peu soucieux de laisser grandir, oii que ce fût au monde, un pontificat suprême universel; ils visaient, au contraire, à exercer le patriarcat de la foi, chacun dans ses États, conformément aux traditions locales, en proscrivant tous les dissidents autant que possible; et la plupart d’entre eux y parvinrent avec le temps.
L’eulychianisme, ou monophysisme, doctrine de l'unité de nature, se répandit en Syrie, en Égypte, en Abyssinie, en Arménie, et prit tout d’un coup une grande importance, A l’époque où se forma, sur les débris de la féodalité orientale, cet empire scytlic ( I) qui, mêlé plus tard à de puissants éléments tartares ou mongols apportés par de tardives invasions, soumit le nord de l’Europe et une partie de l’Asie à sa domination ou à son influence, détendit politiquement sa protection sur les sectes analogues à celle qu’il avait embrassée lui-même, en quelques contrées qu’il les trouvât établies. La Thrace, avec Byzance pour capitale, et l’Asie Mineure tout entière entrèrent dans ce vaste empire de langue grecque, et là se trouva désormais le siège principal du christianisme joanniste. On y reconnut le Christ comme une lliéophanie du Logos de Dieu en apparence incarné, mais au fond étranger à toute chair, et gouvernant une enveloppe mortelle, afin de donner à l’œuvre divine la forme plus que prophétique, messiaque, la plus élevée sous laquelle elle puisse s’accom-
(I) L'auteur veut probablement parler (les Slaves et de l'empire de Hussie.
rCH ROSIE.
ISO
jtlit* dans l’humanité. On y rendit un culte passionné, presque polythéiste en lait, à la Toule-Sainle, à la Vierge-mère, élue de Dieu pour servir à la génération de la forme humaine pure insufflée par le Pneuma Aghios et destinée à la manifestation temporelle du Logos. Le Pneuma Aghios et le Logos représentèrent, selon cette croyance, l’un une éternelle génération et l’autre une éternelle procession ; en somme, dans les deux cas, une émanation éternelle de vertus divines appelées personnes et adorées comme personnes; car il ne sullit pas de consacrer des mots inintelligibles à la place d’autres mots que l’on entend, et d’appeler ce qu’ils signifient mystère, pour changer la nature des idées et l’unique sens possible de ce qu’on dit.
Le christianisme subit, dans les contrées danubiennes, une évolution de nature différente, et qui se rencontra plus voisine de celle qui se produisit dans l’extrême Orient sous l’impulsion des Arabes. Les anciennes colonies romaines de la Dacie trajane, où s’étaient faits les premiers établissements des Golhs, les deux Moesies, la Pannonie, la Rhétie, la Yindélicic, la Norique et l’ensemble des régions au nord du Danube et A l’est du Rhin étaient presque entièrement germaines, et les tribus germaniques avaient embrassé l’arianisme dès leur entrée dans l’empire et avant de s’y être fixées. Cette partie de l'Europe, à cause des mœurs et du caractère plus indépendant de cesRarbares, resta beaucoup plus longtemps sous le régime de la féodalité que ne firent les pays d’établissements scythes ou mongols; ce n’est même que trèstardivement que certains princes arrivèrent à se créer des positions de suzeraineté solide, et encore le principal d'entre eux fut-il électif pendant des siècles. Cette situation politique et ce tempérament des hommes étaient faits pour les détourner des doctrines de la plus basse adoration, aussi bien que des spéculations théologiques étranges et subtiles,
UCHR0N1K.
telles qué la distinction des natures et la consubstantiation des personnes. L’arianisme, déjà favorisé par la plupart des surveillants du xii* siècle ( I), demeura donc la forme essentielle du christianisme des Germains. Dans ces Eglises d'Occident, on considéra le Christ non pas simplement, il est vrai, comme un révélateur et un grand prophète, mais non pas davantage comme Dieu et de la substance de Dieu. On le nomma une créature, encore que née avant les siècles. Le médiateur et le sauveur, né d’une vierge et mort sur la croix, lut identifié par les uns avec cette créature même, descendue du ciel, et par d’autres avec un homme désigné dans les conseils éternels de Dieu pour devenir l’habitation spirituelle et le plein véceptacle de l’inspiration de cet être supramondain ou Sagesse personnifiée. Pour ce peu de mythologie en plus ou en moins, on versa le sang quelquefois, non point tant cependant que pour d’autres querelles théologiques, venues postérieurement, et qui mirent plus décidément en cause la suprématie du clergé.
Une forme tout autrement radicale de l’arianisme eut son point de départ en Arabie, après que les juifs et les chrétiens, relluant d’Occident en Orient, lurent parvenus à ramener au monothéisme cette branche des Abrahamides égarée ou arriérée dans quelques vieilles idolâtries. Cet effort de propagande eut plus de succès que le clergé n’eût voulu en obtenir, car les Arabes, une fois lancés dans la réforme, allèrent jusqu’au monothéisme pur et farouche, et repoussèrent, avec les croyances idolûtriques touchant le Christ, celles qui auraient pu fonder parmi eux la domination sacerdotale. Les Juifs ne furent guère plus satisfaits, car le prophète Jésus vint dominer de très-haut le prophète Moïse, et tout le cérémonial ainsi que les prescriptions de l’ancienne loi étant
(1) iv« de fère chrétienne (Noie de l éditeur,)
182 UCHR0NIE.
rejetés, l’influence hébraïque tomba définitivement. Les dernières espérances de celte race dispersée qui ne pouvait, même en Palestine et dans l’enceinte de Jérusalem, reprendre son ancienne position et surmonter le christianisme, furent perdues le jour où le fanatisme monothéiste, qu’elle avait représenté jusque-là dans le monde, devint la marque et le privilège d’un autre peuple. Le moment d'éclat de cette révolution appartient à la lin du xiv' siècle (1), à l’époque où un Arabe du nom de Mohammed, après avoir brisé la résistance obstinée de l’ancien culte et fait taire par la force les envieux de sa tribu, prétendit, comme autrefois l’apôtre Paul, être monté en ravissement au septième ciel. Il y avait vu, disaitil, Jésus dans la chair, et il en rapportait ses ordres véritables que les chrétiens avaient falsifiés, d’adorer Dieu seul comme Dieu, et d’honorer Jésus comme un prophète, il ajoutait quelques prescriptions nouvelles qu’.un ange lui dictait, à l’usage des vrais fidèles. L’exaltation communiquée aux esprits par celte sorte de révélation mise à la portée des plus grossiers, et adaptée aux circonstances de lieu et de temps et aux habitudes, fut si vive qu’elle rayonna rapidement hors de l’Arabie, et loin au delà. Le dogme chrétien simplifié, borné aux croyances élémentaires de l’unité divine, de l’immortalité humaine et du dernier jugement ; la révélation réduite à la forme du prophétisme; les tendances ascétiques remplacées par quelques règles d’hygiène ou d’abstinence fort simples ; les tendances mystiques et les spéculations subtiles, par la profession de foi la plus brève, et la propagande de prédication par le franc et brutal enseignement du sabre, voilà ce qui entraîna bientôt des masses à la suite de Mohammed ou de ses lieutenants et facilita leurs conquêtes.
Du côté de l’Asie occidentale, et de l’Europe à plus forte
(I) Commencement du vil» de l'èrc chrétienne. (Note de l'éditeur .)
«CHROME
raison, les progrès de ce christianisme ultra-arien, qu’on appela mahométnn, du nom de Mohammed, se trouvèrent arrêtés par la forte organisation que s’était donnée déjà le christianisme sacerdotal et théologique, et par les adorations plus superstitieuses auxquelles étaient portés les hommes de tradition non abrahamique. Mais il en fut autrement dans les provinces ou moins peuplées ou moins définitivement chrétiennes. Le torrent de l’invasion arabe s’y répandit avec fureur et en changea toute la physionomie en moins d’un siècle. L’Égvpte, la Libye et l’Afrique même jusqu’au détroit de Gadés passèrent sous cette domination nouvelle ; l'œuvre de destruction fut immense. Ce n’est pas que les mahométans, soit Arabes d’origine, soit convertis et entraînés par les Arabes, se montrassent animés du même genre de fanatisme que les chrétiens, ou pénétrés précisément des mêmes principes d’intolérance. Ceux-ci ont apporté une passion extrême à convertir les infidèles par le feu, par le sang, mettant leur honneur à ne pas soufTrir auprès d’eux des hommes d’une croyance différente de la leur. Ceux-là, tout en attachant une grande importance aux conversions, ont moins pratiqué la persécution dite par amour, et, dans le fait, au lieu d’anéantir partout où ils l’auraient pu les païens et les hérétiques, ils se sont en général contentés de soumettre au tribut les provinces infidèles conquises. Us ont laissé aux habitants leurs religions. Ils les ont accablés de mauvais traitements et de mépris, ils ne les ont pas exterminés. En cela donc il semble que les effets destructeurs du flot mahométnn eussent dû être plus limités que ne le furent ceux de la haine systématique du sacerdoce pour les livres et monuments de l’antiquité, et de la persécution à mort q’n’il exerça durant plusieurs siècles contre tous les esprits insoumis. L’état de l’Égypte, encore aujourd’hui couverte de temples, de tombeaux, de peintures et d’inscriptions hiéroglyphiques, con-
181 l'CIlRONIE.
firme celte appréciation. Mais malheureusement lesemahisseurs mahométans portèrent des coups mortels à la civilisation presque partout ofi ils purent séjourner, et ce fut par l’insécurité civile qui accompagna leur domination, par leurs habitudes d'exploitation malhabile et d’oisiveté, leur impuissance administrative. 11 y eut à cela quelques exceptions, comme dans la Mésopotamie et dans quelques centres tout arabes, en Syrie, mais des exceptions qui ne traversèrent pas les siècles.
Le plus fort de la dévastation et delà ruine fut du côté de l’Assyrie et de la l’erse. Il est vrai que là le fanatisme mahométan trouva d’autres sujets d’incitation, et s’il se porta aux derniers excès, ce fut aux applaudissements, il faut le dire, de tout le monde chrétien qui partagea les mêmes passions. Là en effet s’étaient réfugiés les vastes débris des sectes docétiques et gnostiques qui mettaient entre Dieu et l’humanité le plus grand nombre d’intermédiaires, qui multipliaient les vertus et les puissances, les émanations et les incarnations, qui, loin d’incliner au prophétisme, ne se contentaient seulement pas d’un Logos vêtu d’humanité et imaginaient autant d’essences spirituelles qu’il y avait d’œuvres à accomplir dans la création. Là était né et se propageait le manichéisme, celte secte étrangère que les chrétiens prenaient en aversion à mesure qu’ils lui empruntaient davantage; là vivait enfin cette religion, une des plus anciennes du monde, en hutte à la haine aveugle d’un nouveau monde religieux, qui lui imputait, et à tort, le culte idolàlrique du feu. La guerre contre l’Iran prit le caractère d’une extermination, les massacres continuèrent l’œuvre des batailles, les victimes se comptèrent par millions, et la Perse, naguère encore une pépinière d’hommes, une puissance rivale de l’empire romain, et souvent victorieuse, la Perse devint un désert de plus dans l’Orient. Les grandes villes de l'Assyrie, ruinées une dernière
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fois, ne se relevèrent plus. La religion de Zoroaslre, de ce même chef des mages que les premiers chrétiens avaient honoré à l’égal des prophètes cl des sibylles, n'eut bientôt plus que de rares adhérents qui allèrent se cacher dans le fond de l'Inde; les sectaires de la famille gnostique et manichéenne, ou du moins ce qu’il en réchappa, se disséminèrent en reniant leur foi, la laissèrent plus tard reparaître de temps en temps et de place en place, et furent partout voués aux ilammes quand leur nombre croissant n’amena pas de nouvelles scènes île carnage en grand. Le supplice du bûcher s’introduisit en effet dans les pays de la nouvelle croyance, et les sectateurs d’une religion dite de charité se complurent à voir se tordre et se consumer dans le feu, en anticipation des tourments que l’imagination populaire croyait devoir être leur éternel partage, les corps des hommes qui ne partageaient point les opinions communes; et aussi de tous les malheureux égarés, des innombrables fous de ces temps de malheur, dans l’esprit desquels on croyait que l’esprit du mal faisait sa résidence.
Déjà près de deux siècles avant l’invasion de l'arianisme mahométan, les croyances chrétiennes s’étaient fixées sur le problème du mal. longtemps les passions théologiques avaient eu la doctrine du Logos incarné pour pâture à peu près unique. On vivait alors, quant à la question du péché, sur l’idée paulinienne de l’introduction de la mort dans le monde par le péché du premier homme, et de l’apport de la résurrection et de la vie par le sacrifice du Dieu (ail homme. La grâce et la foi nécessaires pour participer au salut, on les regardait, sur la même autorité, comme de simples dons de Dieu, que, par le fait, tous les hommes sont loin de recevoir. Mais on ne creusait pas les diflicultés attachées, d’une part, à l’exercice de l’arbitraire divin qui, prédestinant les uns à la vie, et les autres à la mort de l’âme, constitue Dieu
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l’auteur réel du mal comme du bien; et, d’autre part, à l’exercice de la volonté humaine, qui, s’il n’est pas libre, ne saurait moralement condamner le pécheur, cl, s’il est libre, lui crée des mérites ou des démérites qui doivent déterminer la puissance divine et non pas en dépendre. L’indestructible dilemme entre le libre arbitre de l'homme à nier, ou la toutepuissance et prescience de Dieu à contester, se posa pour la première fois d’une manière un peu nette dans les Églises chrétiennes, quand un moine, Breton d’origine, du nom de Morgan, qu’on latinisait Pelagius, s’avisa de prétendre que l’homme, môme sans une assistance divine spéciale, peut s’abstenir de mal Taire et atteindre à la vertu, et que le péché étant personnel au pécheur n’esl point transmissible à ses descendants, en tant qu’imputable aux yeux de Dieu, si Dieu est juste. Cette opinion trouvait dans toute Ame laissée à ellemême un fondement trop naturel et trop solide pour ne pas se répandre, au moins sur certains points, jusqu’à ce que les surveillants, pussent se concerter pour l’éteindre. Aussi gagna-t-elle, après l’Afrique, où Pelagius commença à l’opposer à l’enseignement fataliste alors très-renommé d’Augustinus, la Palestine et d’autres provinces, où ce moine et son disciple Celestius tentèrent de la faire recevoir à des esprits non prévenus. Mais leurs efforts devaient être vains, car ils avaient à lutter contre deux grands obstacles : un parti pris dominant d’élever à l’absolu le pouvoir divin, et de prosterner la nature humaine dans l’adoration et dans le néant; puis l’autorité de certaines déclarations de l'apôtre Paul, que les théologiens les plus exercés à tourner les textes au sens voulu auraient eu de la peine à concilier avec la thèse d’un libre arbitre réel.
Auguslinus, surveillant d’Ilippone, en Afrique, était un ancien manichéen, c’est-à-dire un croyant de l’éternité du principe du mal, qui, devenu catholique, comme on disait,
s’arrangeait pour changer le moins possible à ses premières manières de voir. 11 ne laissait pas de se maintenir en cela dans le sens du mouvement général, aussi bien que dans la voie jadis ouverte par l’apôtre quand il avait écrit ceci de Dieu : « Il a pitié de qui il veut, il endurcit qui il veut. On me dit : De quoi se plaint-il alors? qui peut résister à sa volonté? — Mais, ô homme, qui es-tu, toi, pour raisonner avec Dieu? L’argile dit-elle à qui la moule : Pourquoi me fais-tu ainsi? Et le potier n’a-t-il pas le pouvoir de tirer de la môme masse un vase pour la gloire et un autre pour la honte? » Un instant, dans le cours d’une querelle qu’il eut avec ceux de la secte qu’il abandonnait, Augustinus s’était retourné jusqu’à dire que le péché est imputable au pécheur seul et à sa volonté; que cette volonté est la source première du péché (1). C’était accorder cela même que demandait à présent Pelagius : que le bien et le mal, en tant que notre responsabilité y est engagée, ne naissent pas avec nous, mais se font par nous, sont notre œuvre propre, encore que, nous infectant dès l’enfance et nous corrompant entièrement par l’accumulation des habitudes, nos vices à la fin nous tiennent enchaînés avec une force que nous prenons pour la force même de la nature (2). Mais maintenant, Augustinus remontait bien plus haut que la volonté de l’homme, savoir au jour de la création, où Dieu avait marqué et séparé les bons et les méchants en son décret éternel, avant qu’il y eût au monde aucun mérite ou démérite, aucune autre volonté que la sienne. Organe résolu de ce décret, il affirmait que le genre humain se divise en deux classes : la classe de ceux qui vivent selon Dieu, et la classe de ceux qui vivent selon
(I) Voyez Augustin, De libero arbitrio, 1. III, c. XVII etc. Xl.nt.
(.Vole de l'édiieur.)
[i) Voyez Pelage, Epistula ad Deinetriaiium, c. vil!, et le même, dans Augustin, De peccalo original/, c. sili. (A'o/e de l’éditeur.)
l'CUROME.
l'homme; cl « c'est ce que nous appelons mysliquemenl deux cités, disait-il, deux sociétés d’hommes, l’une qui est prédestinée éternellement à régner avec Dieu, l’autre à souffrir le supplice éternel avec le diable » (1).
Ce terrible théologien, ce Mahomet de la doctrine, à qui il fut donné de conquérir au dogme de la fatalité les nouvelles croyances presque en entier, là où l’autre ne porta pas ses armes, avait une triple manière d’anéantir la liberté humaine : d’abord en la considérant enfermée et concentrée dans le premier homme, qui la perdit; ensuite en la voyant déterminée, longtemps auparavant et dans tous les temps, pour nous tous, selon que l’auteur de tout cire voit et crée au sein de l'éternité les individus et leurs vouloirs divers qui sortiront de la semence de ce premier homme ; enfin, en retrouvant l’irrésistible action divine au moment où chacun de ces pécheurs est arbitrairement tantôt sauvé par la grâce qui intervient, tantôt abandonné dans sa perdition.
Que la liberté, le péché et la condamnation de tous dussent être justement envisagés en un, c'est ce qui résultait, pour Augustinus, de ce que l’humanité est une entité toute contenue et modelée en un premier moule, volontairement •corrompu, où se forme l’avenir : « Nous étions tous en lui quand nous étions lui seul, lui tombé dans le péché par la femme Nous n’avions pas encore reçu la forme sépa-
rée qui devait nous constituer des vies individuelles, mais la nature séminale existait, de laquelle sortirait notre propagation (2)... La mort a régné sur ceux mômes qui n’ont pas encore péché de leur propre volonté comme Adam, mais qui ont tiré le péché originel de lui, de lui lu forme du futur, car en lui s’est constituée la forme de la condamnation des futurs descendants sortis de sa race, en sorte qu’ils naît) De cirilate üei, 1. xv, c. I.
(i) Ibid., xiu, I I.
l'CHROXIE.
quisscnt tous de lui seul pour la condamnation dont on n’est affranchi que par la grâce du Sauveur (1). »
Quant au caractère tout à la fois insurmontable et arbitraire de l’action de la grâce sur les cœurs, Augustinus s’exprimait ainsi, parlant des élus : « Ils, sont élus et choisis par le choix de la grâce, et non par le choix de leurs mérites précédents, parce que la grâce est tout leur mérite... La volonté humaine n’obtient pas la grâce par la liberté, mais la liberté par la grâce, et, alin qu’elle persévère, elle reçoit le don d’un plaisir perpétuel dans la vertu et d’une force invincible dans le bien... Pour recevoir le bien et le garder avec persévérance, cette grâce de Dieu ne nous donne pas seulement de pouvoir ce que nous voulons, mais encore de vouloir ce que nous pouvons, ce qui n’a pas été dans le premier homme... Nonseulement Dieu donne aux élus un secours tel qu’il a donné au premier homme, sans lequel ils ne pourraient persévérer, quoiqu'ils le voulussent, mais il produit même le vouloir en eux; car ils ne persévéreront pas s’ils ne le peuvent et ne le veulent, et à cause de cela la puissance et la volonté même de persévérer leur sont données par la libéralité de la grâce divine; elle Saint-Esprit embrasse tellement leur volonté, que ce qui est cause qu’ils peuvent agir, c’est qu’ils le veulent ainsi, et que ce qui est cause qu’ils le veulent ainsi, c’est que Dieu opère en eux qu’ils le veulent... Et quant à ceux qui n’appartiennent pas à ce nombre des prédestinés que la grâce de Dieu conduit au royaume... à ce nombre trèscertain et très-heureux des élus, ils sont jugés très-justement selon leurs mérites; car ou ils sont accablés sous le péché originel qu’ils ont contracté par leur naissance, et sortent de ce monde sans que cette dette héréditaire leur ait été remise par la renaissance du baptême; ou parleur libre
(T) De peccatorum mentis et remiuione, i, 10.
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arbitre ils ont ajouté encore d’autres péchés «à leur péché originel;... ou ils reçoivent la grdce de pieu, mais ils ne la conservent qu'un certain temps; ils ne persévèrent pas; ils quittent Dieu et Dieu les quitte, parce qu’ils sont abandonnés à leur libre arbitre, ne recevant point le (bn de persévérance par un jugement de Dieu qui est aussi juste comme il est caché (1). »
L’éternité de ce jugement juste et caché, sans motif aucun qui soit imputable à la personne jugée, arbitraire par conséquent, et humainement parlant injuste, apparaît dans le décret porté contre les enfants morts sans avoir été soumis, dans l’Kglise, à cette formalité de l’ enrôlement ( sacramcn tum) qui forme un premier classement des admissibles à l’élection divine : « Dieu, écrivait Auguslinus, exclut de son royaume quelques enfants de ses amis, de ses fidèles, en les laissant sortir de ce monde sans recevoir le baptême, auxquels il procurerait la grdce du baptême, s’il voulait, puisque tout est en sa main et en sa puissance, quoiqu’il reçoive leurs pères et leurs mères dans son royaume ; et il fait que des enfants de ses ennemis viennent entre les mains des chrétiens, et par le baptême qu’ils reçoivent sont introduits dans son royaume, dont leurs pères et leurs mères sont exclus, sans qu’il y ait aucun mérite ni démérite dans les enfants qui vienne de leur propre volonté. » Le refus fait du don de persévérance à quelques persécuteurs touchés de la grdce est expliqué par le môme éternel décret : « car cela n’arriverait jamais, s’ils étaient du nombre des prédestinés et de ceux qui sont appelés selon le décret de Dieu, et qui sont véritablement les enfants de la promesse... Un enfant
(I) De curreptione et gralia% paxsim. — Les passages cités dans YUchronie sc trouvent en partie les mémos, cola se comprend, que ceux qu’Antuiuc ArnauM lit imprimer en lettres capitales dans sa traduction du traité d'Augustin en 1014. Le traducteur de YUchronie a fait usage du français d’Antoine Arnauld, bieu qu’un peu archaïque. ( Sole de l'éditeur.)
l' CH RO NIE.
l'JI
de promesse ne périt point, il n’y a que les enfants de perdition qui périssent... Tous ceux qui, selon l’ordre de la Providence de Dieu, ont été connus de toute éternité, prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés, sont déjà enlantsdeDicu, quoiqu’ils ne soient pas encore renés par l’eau du baptême, et qu’ils ne soient pas même encore nés; et ils ne peuvent jamais périr... C’est donc lui qui donne aussi la persévérance jusques à la fin, et il ne la donne qu’à ceux qui ne périront pas, parce que ceux qui ne persévèrent pas périront (I). »
Ces deux mondes éternellement constitués dans les conseils de Dieu, ces deux cités impérissables des bons et des méchants, forment un partage voulu de la création entre le bien et le mal : voulu de toute éternité, pour demeurer sans lin une fois fait. Il ne reste plus qu’à savoir pourquoi Dieu disposa ainsi les choses, si toutefois on ne juge point à propos de se renfermer dans une ignorance qu’on invoquerait un peu tard après avoir montré qu’on en sait si long. La philosophie d’Augustinus avançant d’un pas encore, en effet, déclara le monde ainsi fait excellent et parfaitement beau. D’abord c’est aux élus principalement, observait-il, qu’il faut rapporter les choses ; « or ceux qui ne sont pas du nombre des élus, mais qui sont tirés de la même niasse qu’eux pour être des vases de colère, le sont pour leur utilité. Dieu ne créa aucun d’eux sans dessein, sans savoir à quoi il peut être bon. C’est déjà un bien qu’il opère, quand il crée en eux la nature humaine, et les fait entrer dans l’harmonie du siècle présent. » En toute œuvre d’art, les contrastes mettent la beauté en saillie. L’antithèse est la plus belle des figures de rhétorique. Dieu créant les méchants pour les faire servir aux intérêts des justes, a relevé par l’antithèse le sublime poème des
(I) Contra Julianum, 1. V, c. iv.
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siècles (1). Ainsi le feu de l’enfer est un ingrédient de l’éternelle beauté, ses rellets illuminent on ne peut plus heureusement l’air de douce satisfaction des bienheureux ! Peut-être jugera-t-on que la brutalité inahométane a du prix et devient respectable auprès de ce raffinement de la théologie catholique. La soumission musulmane, cet islam d’où sont dérivés les noms d'islamisme et de musulman, le silencieux accablement devant la puissance divine, et l’acceptation sans phrases des éternelles volontés que les faits seuls font connaître, ont quelque chose de digne et de vraiment pieux auprès du bavardage augustinien. Au demeurant, les doctrines sont fort semblables par le principe et par l’issue. L’augustinianisme est un islam chrétien.
Il prévalut, non toujours sans peine, mais très-décidément, dans les conciles où se porta le débat, et ce fut inutilement que les propositions pélagiennes se produisirent en énoncés plus mitigés pour se faire admettre. L’unique concession des plus prudents partisans de la prédestination, qui craignirent de jeter les âmes dans la torpeur et de rendre toute prédication, tout conseil, tout reproche infructueux, vis-à-vis de gens bien assurés d’ètre dès maintenant ou sauvés ou condamnas sans rémission, ce fut de s’abstenir des manières de parler trop franches : comme de dire que certains hommes sont prédestinés au mal, que Dieu est l’auteur du péché, et que le Christ n’est mort que pour les élus. Augustinus l’avait écrit lotidem ver bis, ou peu sans faut, en écrivant au sujet de l'homme : « Nul ne peut vouloir s’il n’y est excité et appelé, soit intérieurement, soit extérieurement, en sorte que le vouloir même est une opération de Dieu en nous » (2) ; et au sujet de Dieu : « Disposer ses œuvres futures dans son infaillible et immuable prescience, c’est prédestiner, ce n’est
(1 ) De civil ale Dei, I. XI, c. xvm.
(ij De divers, quitst., q. 83, q. 68, 5.
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pas autre chose (1); nos volontés n’ont de force qu’autant que Dieu a voulu et prescrit qu’elles en eussent, et ce qu’elles en ont, elles l’ont de toute certitude, et ce qu’elles sont devant être, elles sont absolument devant l’être, parce que celui-là a prescrit qu’elles voudraient et qu’elles seraient, dont la prescience ne peut être en defaut (2). » « Dieu nous a élus en Christ avant l’établissement du monde, nous prédestinant pour être ses fils d’adoption, non parce que nous devions être de nous-mêmes saints et sans tache, mais afin que nous le fussions, et il l’a fait suivant le bon plaisir de sa volonté, afin que personne ne se glorifie de la sienne propre, mais de celle de Dieu sur lui (3). » Mais Augustinus avait écrit parfois le contraire de ce que signifient certainement ces déclarations, et, par exemple, que Dieu n’est pas l’auteur de nos volontés mauvaises. Les conciles firent de même : ils adoptèrent les principes et repoussèrent les conséquences logiques les plus déplaisantes. Ainsi maîtres du pour et du contre, les théologiens tinrent les esprits fortement serrés dans des formules de pure convention et gardèrent à la direction ecclésiastique sa pleine liberté, pendant que la dialectique s’épuisait én distinctions verbales et en cavillations infinies, dans les limites autorisées.
La doctrine fataliste n’est pas de celles qui sont favorables à la puissance sacerdotale; elle lui porte même un coup mortel, partout où elle s’établit fortement. Mais la théologie évita l'effet que le paulinisme et l’augustinisme auraient pu produire à cet égard, en maintenant auprès des thèses de la prédestination, de la grâce nécessitante et du salut par la foi, les thèses contradictoires du libre arbitre de l’àme, de la puissance des œuvres et de la nécessité des sacrements
(1) Dr dono prnrvrranlite, c. XVII, 41.
( i ) De e ivilale Dri, I. V, c. ix.
(3) Dr prirdrstinationr sanrlontm, e. xvttl.
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administrés par le prêtre. Ainsi la religion des p'ays non musulmans put suivre longtemps la marche naturelle aux religions cléricales, qui est de multiplier les croyances et les pratiques, d'étouffer sous les superstitions la liberté de penser et de croire, et de livrer, pour ainsi parler, les clefs de l’Ante humaine à des gens investis d’une autorité divine. Parmi les faits les plus remarquables de ce développement religieux, il iaul citer le culte des saints et de la mère de Dieu, considérés comme intercesseurs des pécheurs auprès du Christ. 11 y en eut même qui voulaient que cette Vierge-mère eût été exempte du péché originel à sa naissance, et qui par là revenaient d’une façon très-sensible au polythéisme. A ce culte fervent se joignit naturellement l’adoration des images, que les chrétiens avaientlanl reprochéè aux païens, d’ailleurs ni plus ni moins idolûtrique que la leur. 11 faut citer ensuite le culte du corps de Jésus. De tout temps l’eucharistie avait été le sacrement par excellence des chrétiens, comme le baptême de l’eau, et même plus caractéristique. L’institution de la cène, rapportée par l’apôtre Paul, pouvait bien remonter jusqu’à Jésus même, et, dans ce banquet sacré, il est certain que, en quelque sens qu’on l’entendit, on mangeait le corps, on buvait le sang de l’agneau humain sacrifié pour les péchés du monde. C’est ce sens qui arriva à se préciser de telle manière que l’acte essentiel du culte consista à manger une nourriture qui est « le corps et le sang de Jésus-Christ, avec son Ame et sa divinité, et par conséquent Jésus-Christ tout entier, contenu véritablement, réellement et substantiellement ». On ajouta que la victime tout entière, àme et corps, est non-seulement contenue sous chaque espèce du pain et du vin, mais « sous chacune des parties de chaque espèce, après leur séparation », ce qui n’empêche pas le Sauveur « d'être toujours assis à la droite du Père dans le ciel, selon la manière naturelle d’exister, et que
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né.mmoins en plusieurs autres lieux il ne nous soit présent en sa substance, sacramentcllement » ; — que le corps et le sang,
« après que la consécration est faite, ne sont pas seulement clans l’usage, pendant qu’on reçoit le sacrement, mais demeurent encore après, dans les hosties ou parcelles consacrées »; et qu’enfin c Jésus-Christ, fils unique de Dieu, doit être adoré au saint sacrement de l’eucharistie du culte de latrie, même extérieur, porté aux processions, etc. (1). »
Ce dogme vraiment extraordinaire, le plus étonnant qu’ait jamais enfanté la confiance dans les opérations de la magie, engendra à son tour d’innombrables légendes miraculeuses, et des superstitions, et des cruautés; mais surtout il servit à rehausser sans mesure le caractère du prêtre, qui, investi du don de produire Jésus-Christ dans le temps, par le sacrifice de la messe, ainsi que le Père était dit le produire dans l'èlcrnilê , se trouvait élevé au-dessus des anges, et au-dessus de la mère de Dieu, qui n’aurait fait qu’une fois en sa vie ce qu’il faisait, lui, à toute heure, à sa volonté (â). Mais un dogme d’un autre genre, moins étrange au fond, tout aussi surprenant par les conséquences qui s’y attachèrent, vint encore ajoutera prestige sacerdotal et au crédit matériel du prêtre. H s'était peu à peu introduit dans les Églises une opinion que les anciens eussent qualifiée de relâchée, louchant l’état de l’dme après cette vie. On ne se représentait plus les morts dans le repos commun de l’Hadès ou Schéol, attendant l’heure du jugement dernier et universel. Ce jugement, annoncé d’abord comme prochain et même imminent, s’était trop fait attendre. On imaginait donc qu’ils avaient déjà subi individuellement des jugements, à la suite desquels les élus
(I) L'auteur a employé ici les propres termes du concile de Trente. Nous les avons reconnus et guillemclés. (Note de r éditeur.)
(i) Voyez la défense de M. le pasteur Slceg accusé d'outrages à la religion. (Cour d’assises de la Gironde, audience du 11 septembre 1872.)
(1 Vote de l'éditeur.)
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sans lâche élaienl entrés au paradis. Ce changement de point de vue provenait non-seulement de l’abandon de l’opinion des millénaires, qui avaient jadis attendu avec une foi si vive le retour du Christ sur les nuages, avant la fin de la génération présente; mais aussi de la substitution graduelle de la philosophie platonicienne à l’opinion judéo-chrétienne la plus répandue touchant l’Ame. Cette dernière doctrine ne séparait pas le corps de la vie, en sorte que les morts devaient être supposés plongés dans ce repos dont la mention se remarque tant dans les livre liturgiques, jusqu’au moment où la résurrection des corps les appellerait à reprendre véritablement l’Ame avec la vie. Au contraire, le système grec des Ames séparées obligeait d’envisager ces dernières en quelque lieu distinct, et en un certain état de sensibilité, défini selon leurs mérites. De k\ vint la croyance au purgatoire, comme en un lieu où les Ames destinées au ciel, mais qui se trouvaient entachées de quelque souillure vénielle, payaient par des tourments matériels terribles, encore que modérés, un reste de satisfaction qu’elles devaient à la colère de Dieu. Une telle imagination jetait naturellement dans l’inquiétude ou dans la douleur, proportionnellement A l’énergie de leur foi, les chrétiens qui, n’osant croire leurs parents et amis décédés du nombre, du si petit nombre des bienheureux, et ne désespérant pas pourtant de la miséricorde divine, étaient réduits à se les représenter jour et nuit dans 1e supplice du feu : forme commune de l’expiation selon l’opinion la plus ordinaire des théologiens. Mais il y avait un remède au mal, au moins pour qui voulait ou pouvait le payer. C’est ici que la puissance du prêtre allait se montrer sous un jour tout nouveau.
La réversibilité des mérites est un dogme bien essentiel au christianisme, puisque le salut par le Christ, victime unique substituée aux personnes de tous les pécheurs, n’a
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pas d’autre fondement. Il suffisait d’appliquer cette réversibilité aux Ames du purgatoire, en les faisant bénéficier des prières ou autres bonnes œuvres des vivants. Mais l’humilité devait faire juger cela peu de chose chea chacun; et puis comment s’assurer de l’efficacité de ce qu’on pourrait faire? Mais le mérite du Christ n’étail-il pas infini, et dès lors applicable à nos péchés personnels, et toujours inépuisable, encore après qu’il a servi à nous racheter tous du péché d’origine? N’avait-on pas aussi les mérites des saints? Il ne restait plus qu’à savoir qui aurait la puissance de disposer de ce trésor. Mais dès les premiers temps de la foi nouvelle, les surveillants s’étant reconnu la mission d’imposer des peines, et puis de les remettre ou de les abréger, au nom de Dieu même, selon la connaissance qu’ils avaient de la nature et du degré de la satisfaction due à ce dernier, il était tout simple qu’ils intervinssent aussi pour distribuer aux fidèles en don les vertus surérogatoires existantes. Et comme en même temps l’usage s’était introduit, avec les Barbares, avec les Germains particulièrement, de racheter les crimes à prix d'argent, on trouva naturel que le prêtre remit à la même condition les peines encourues par le péché, et les remit au pécheur quelconque mort ou vivant, pour qui un vivant consentait à payer. Cette pratique se colorait on ne peut mieux par l’assimilation de l’argent aux bonnes œuvres, quTl représentait en sa qualité d’instrument d’échange, telles que messes achetées aux prêtres qui les disaient, dons aux abbayes ou érections d’églises. On donna le nom d 'indulgences aux remises de peine ainsi consenties.
En regard de la doctrine et de la pratique des indulgences, se développèrent celles de l’absolution des péchés par le prêtre et de la confession auriculaire, qui mirent le comble au pouvoir sacerdotal. I,a pénitence et l’absolution étaient anciennes dans les églises; mais primitivement et longtemps,