‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 28 sur 80 · UC II ROME · texte numérisé non relu

UC II ROME

on avait cru l’absolution réelle attachée à la contrition, et le rôle du prêtre borné à la déclaration du fait invoqué de Dieu. On en vint à donner au prêtre le pouvoir direct de lier et de délier, comme on disait, et le droit de prononcer les mots : Je t'absous. L’introduction de la confession auriculaire, imposée comme obligation à tous les chrétiens, et comme condition nécessaire à l’obtention des sacrements d’où dépend le salut, mit le sceau au pouvoir du clergé en lui livrant les secrets des personnes et la direction des familles, deux choses très-utiles pour manier les clés du ciel et de l’enfer.

Tous les éléments spirituels de la puissance théocratique étaient donc rassemblés : tous, hormis l’unité du pouvoir temporel, indispensable à l’unité de l’autre pouvoir et même à sa pleine efficacité. En effet, quand les contrées d’une seule religion sont divisées en de nombreux gouvernements, comme c’était le cas dans les parties de l’ancien empire romain où les Barbares avaient établi le régime féodal, l’oppression religieuse et les persécutions peuvent difficilement atteindre le même degré d’intensité que dans un grand royaume; ou, si elles l’atteignent, c’est d’une manière moins durable, à cause des variations d’esprit des princes, et de leurs rivalités, et des asiles qui s’ouvrent de tous côtés pour les résistances, et des diversités qui subsistent dans la foi ou dans les mœurs, quels que puissent être l’esprit d’unité et l’ardeur de propagande d’un clergé, là où la volonté d’un seul n’a pas réussi définitivement à s’imposer. Nous avons esquissé le tableau général de la marche suivie par la domination sacerdotale; mais il ne faut pas oublier qu’il n’avait pu se former ni un dogmatisme unique, ni un pontificat suprême universellement reconnu, ni des coutumes uniformes dans les églises. Les princes ne s’v étaient point prêtés, et les princes tenaient le clergé presque partout, par les col-

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lations de sièges et de bénéfices dont ils s’étaient rendus maîtres, par d’autres dotations dont ils disposaient, et même quelquefois par les litres de primats et chefs d’églises nationales qu'ils s’étaient fait conférer.

Il y avait donc d’assez graves divergences et de doctrine, et de culte et de discipline, entre les différents patriarcats, et principalement entre les principautés germaniques, et les provinces de l’Orient. Une institution que certains surveillants avaient tenté d’introduire sous le nom de Sainte Inquisition île la foi n’avait pu s’établir qu’en trés-peu de sièges épiscopaux, parce que les gouvernements craignirent d’accorder aux prêtres un dernier droit de police religieuse et morale qui eût anéanti leur propre pouvoir dans sa source. Il se serait agi de mettre en pratique régulière, rigoureuse et suivie la maxime, dite catholique, selon laquelle est criminel de lèse-majesté divine, et digne des plus grands supplices, quiconque s’écarte de la foi des surveillants ou de leurs conciles, et se permet non-seulement de propager, mais même d’entretenir au fond de son cœur des opinions condamnées. On aurait créé des juridictions et des procédures pour descendre dans les consciences, des agents et des tribunaux secrets pour interroger sévèrement les coupables, des tortures pour les faire parler. Les malheureux des deux sexes soupçonnés d’entretenir des relations avec l’esprit du mal eussent été, en nombre immense qu’on les croyait, amenés devant les mêmes juges. Ceux-ci déjà possédaient la science complète des signes auxquels se reconnaît l’habitation humaine de Satan! Enfin les accusés, une fois convaincus, devaient être remis au bras séculier, qu’on inviterait à les livrer aux llammes, car l'Église a horreur du sang versé. Ce fut le bras séculier, le bras du prince, qui se refusa presque toujours i\ l’œuvre : elle ne fut possible que sur quelques points, où l’excès du régime féodal avait réuni temporaire-

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