CINQUIÈME TABLEAU
Les nations occidentales. — Les constitutions politiques. — Marche des religions en Occident. — La grande croisade et la fédération européenne. — Le siècle des découvertes. — Le protestantisme germain. — État des religions de l’Occident et de l'Orient. — Question de la propriété. — Les guerres sociales. — L’avenir du monde.
La constitution de l’Empire romain, telle qu’Albinus l’avait promulguée en 077 (1), était fondée sur le système des adoptions, qui sous les règnes des Antonini avait si heureusement facilité la transition du principal à la République restaurée. Nous disons encore l’Empire, à cause de la domination que Rome conservait sur les provinces, même orientales, à l’époque où nous devons maintenant remonter. Mais c’était un Empire sans empereur. Ce nom d’empereur avait été réuni par l’exécration populaire, encore plus que par décret du sénat, à celui de roi, sur lequel pesaient déjà presque mille ans de malédictions non interrompues; et il était défendu aux généraux de le porter, quoique sa première et ancienne acception fût exclusivement militaire. Le consulat était unique et viager. Tout consul devait, à son entrée en charge, désigner à sa volonté, mais sous condition d’acceptation de la part du sénat et des tribuns provinciaux, un vice-consul qui serait à la fois son suppléant et son successeur désigné. Toute parenté du sang entre le consul et le vice-consul était interdite. Les tribuns, inviolables comme ceux de la vieille République, étaient quadriennaux, à la nomination du sénat,
(1) De l'ire chrétienne 201. (.Vole de l'éditeur.)
ïüî UCHROME.
mais le peuple de Rome ne larda pas à s’agiter pour obtenir de nommer directement le sien, et les provinces imitèrent ce mouvement, quoiqu’elles fussent représentées dans le sénat d’une manière qui semblait sérieuse.
Ce dernier corps, la grande assemblée de l’Empire, se composait, en premier lieu, des représentants des vieilles familles romaines, auxquelles on devait la conservation des principes de la liberté et le renversement du prineipat. Les sénateurs de cette classe peu nombreuse étaient admis à se réunir entre eux seuls tous les ans, et à désigner, afin d’obvier à. la décroissance numérique de l’ancien palriciat, deux nouveaux membres, héréditaires comme eux, choisis parmi les hommes de toutes les provinces qui se seraient signalés par un mérite éminent ou des services rendus à l’État. La seconde classe des sénateurs n’avait qu’un titre viager, mais qui dans les premiers temps se trouva souvent héréditaire par le fait. Les quatre provinces d’Italie, Grèce, Gaule et Ilispanie, et la ville de Rome, qui avec ses entours valait alors une province, les nommaient par un mode indirect assez compliqué, mais où chaque ordre de citoyens pouvait se croire appelé à influer. C’étaient en effet les assemblées générales des provinccsqui les désignaient, à chaque vacance d’emploi, et ces assemblées émanaient elles-mêmes d’assemblées locales très-multipliées, dans lesquelles tous les états et professions avaient des délégués amovibles, en principe du moins. Nous ne parlons pas ici des provinces orientales, parce qu’elles furent assimiléesà des Etats administrés et tributaires, plutôt qu’à des parties autonomes de l’Empire, faute d’aptitude reconnue aux mœurs de la liberté. Elles demeurèrent donc sous le régime du proconsulat et de la haute surveillance du sénat.
Les consuls à vie jouissaient à peu de chose près des attributions administratives des empereurs, mais sans titre reli-
CCH HOME.
gieux ni tribunilien; et ils devaient obtenir le consentement du sénat pour la guerre et la paix, pour l’établissement des impôts et pour toutes les ordonnances ayant force de lois de * l’Empire. Le véto des cinq tribuns formait une autre limite à leur autorité, car ces fonctionnaires tenaient de la durée de leurs pouvoirs et du caractère même de leurs fonctions une réelle indépendance vis-à-vis de l’assemblée qui les nommait, et dont ils pouvaient enrayer l’action, quand ils étaient unanimes, et du consul qui, ratifiant leur nomination, pouvait sans doute s’assurer d’une conformité générale de leur politique avec la sienne, mais non pas d’une connivence implicite à tous ses desseins. Malgré les bornes mises systématiquement au pouvoir des consuls, ces magistrats possédèrent durant la période de la constitution albinienneune influence considérable et vraiment dirigeante, à cause delà continuité de leurs vues, maintenue par les adoptions successives, eide l’origine de leur puissance, qui ne devait rien au sénat, et de la masse des emplois dont ils disposaient seuls dans l’administration. C’est à eux certainement, plus encore qu'aux tribuns et aux efforts constants de la partie stoïcienne du sénat, qu’il faut attribuer la réussite définitive de la grande réforme romaine ; car le parti oligarchique de l’Italie et des provinces, une fois la première impulsion et le premier enthousiasme passés, n’avait pas manqué de se mettre à l’œuvre afin de reprendre des privilèges perdus, et la majorité de l’Assemblée se trouva souvent difficile à manier pour les consuls. De graves conflits d’autorité mirent plus d’une fois la constitution en péril.
En somme, la marche des affaires devint peu à peu rétrograde, ainsi qu’il arrive souvent après les révolutions. En dépit des efforts des consuls qui, prenant les questions de haut, supérieurs aux passions des propriétaires et des riches du sénat, avaient toujours les yeux fixés sur les deux grands
U CH ROSIE
objets de Cassius et de Pertinax : repeupler l’empire, fortifier les mœurs de la liberté, le sénat retrancha tout ce qu’il put des droits accordés aux affranchis, et aggrava par tous les moyens d’interprétation et de chicane les charges qui pesaient surles fermiers emphythéotiques des particuliers etde l’État; et les tribuns adoptèrent souvent aussi la politique du sénat. Les redevances payées à l’ancienne propriété semblaient cependant d’autant plus onéreuses que le temps écoulé faisait oublier la justice des contrats : la balance paraissait de plus en plus inégale entre des hommes qui travaillaient de père en fils, en ne jouissant que de la moindre partie des fruits du travail, et d’autres qui touchaient le net du revenu sans autre titre, en général, que quelque ancienne usurpation. C’était donc au moment même où la charge semblait plus lourde et moins équitable, que le parti oligarchique travaillait à l’aggraver. Ce parti regrettait au fond l’ancienne condition de la propriété, le monopole, quoique remplacé dans ses mains par la rente de la terre et par le fruit de l’usure commerciale. 11 était enrichi toutefois, et non appauvri ; et, en effet, le produit des biens-fonds n’avait cessé de décroître et la culture servile de devenir plus ruineuse, sur la fin de l’ancien régime ; au lieu que maintenant les taux fixes des fermages, joints aux intérêts élevés de l’argent prêté à la grosse aventure, sans parler de la vilaine petite usure urbaine à douze pour cent l’an, mettaient la classe oisive dans une situation de prospérité auparavant moins commune.
Mais un phénomène inverse se produisit en même temps. Non-seulement la population augmenta, comme on l’avait prévu, non-seulement il se forma une classe importante et toute nouvelle des affranchis ruraux, mais dans les villes mêmes, et à Rome surtout, on vit paraître, ce qui ne s’était pas vu depuis trois siècles et plus, au temps des vieux plébéiens, un parti politique et social attaché aux formes du
UCHROME.
gouvernement démocratique, entendant les faire servir à l’introduction de la justice dans les lois. Ce parti se composait d’abord de la masse des affranchis qui possédaient des droits étendus et apprenaient à s’en servir ; la plupart d’entre eux payaient des redevances à leurs anciens maîtres, sur le produit des industries ou professions, souvent libérales, qu’ils avaient embrassées : et ils ne parvenaient pas toujours facilement à les racheter. Il s’y joignait une nombreuse jeunesse de tous les états, à laquelle on enseignait, dans les écoles multipliées et gratuites du nouveau régime, les lettres latines et ensuite grecques, et, avec les lettres, nécessairement la philosophie (le stoïcisme, d'où se tirait presque toute la morale propre à l’instruction publique), et les traditions républicaines, le culte des grands hommes et des actions du passé. Enfin, il y avait des familles d’affranchis ruraux qui s’étaient élevées à la richesse par le mérite de leurs chefs, par le succès d’exploitations agricoles et commerciales bien conduites. Leurs jeunes gens affluaient de toutes les provinces Home, dans des vues d’ambition, et venaient ordinairement s’y ranger dans le parti démocratique, où les agrégeaient naturellement leur origine et l’éducation libérale qu’ils avaient reçue.
La lutte entre le parti oligarchique, égoïste et aveugle, et le parti populaire, devenu progressivement violent en raison des envahissements ou des résistances de scs ennemis, aboutit comme de coutume à une de ces crises où la question est remise au hasard des circonstances et des talents des hommes, de savoir si un dictateur, un despote quelconque détruira toutes les libertés, sous le prétexte ou de venger et de servir le peuple, ou de sauver les intérêts menacés des riches et des grands. Heureusement le plus terrible danger qui puisse exister en ces sortes de rencontres avait été écarté par les réformes militaires de Pertinax : on n’avait à craindre
âOG
LCHRONIE.
ni des généraux élevés au consulat, des vainqueurs, des triomphateurs munis de tous les titres qui préparent les tyrans, ni des cohortes de prétoriens, ou autres soldats de métier, sans patrie réelle et sans autre idée politique que la solde et l’avancement. Les grandes guerres étant finies, l’esprit de conquête répudié, l’attitude de l’Empire devenue toute défensive, même à l’égard de ses propres provinces d’Orient que le ver religieux rongeait incessamment, les milices, en grande partie locales, se trouvant affectées à la protection des territoires dans lesquels elles se recrutaient, il était impossible à un homme politique, de quelque rang et de quelque parti qu’il fût, d’employer des légions pour ou contre le gouvernement ou ses opposants, et de changer violemment la constitution. En revanche, le sénat et le consul lui-même se trouvaient sans force pour résister, si l’une de ces grandes émeutes populaires dont on avait cessé depuis longtemps de se défier, venait à se produire avec l’appui secret de quelques tribuns et sénateurs influents.
Au moment où les entreprises réactionnaires de l’oligarchie et l’animosité croissante de la bourgeoisie romaine et des payeurs de redevances approchaient d’une crise imminente, en l’an 1 0l»8 , le consulat était aux mains de Flavius Valerius Constantius, surnommé Chloros, lllyrien de vieille souche militaire, successeur par adoption du Dalmate Aurelius Diocletianus. Ce dernier avait succédé lui-même à des consuls d’un éminent mérite civil, de mœurs .et d’éducation toutes stoïciennes. Sa nomination, erreur grave du consul qui l’adopta, avait été motivée par un plan de politique étrangère alors en vogue, qui consistait à élever au rang de grande province occidentale de l’Empire les contrées à l’est de la mer Adriatique jusqu’à la Macédoine, afin de créer un boulevard plus sur à l’Italie de ce côté, dans la prévision de nouvelles incursions de Barbares, plus redoutables que
celles qu’on avait journellement à combattre aux confins de la Germanie. Mais il fallait pour cela compter avec des établissements de Goths, de Suèves et de Vandales qu’on avait autorisés sur quelques points, et se mettre en lutte avec la secte intolérante que leurs tribus avaient apportée dans ce pays. Pour suivre ce projet (qui devait être pris et repris dans la suite et donner lieu à bien des guerres) on fut conduit ;i confier les premières places de la République à des hommes qui s’y portaient de passion, mais dont rattachement aux nouvelles institutions de l’État était d’autant moindre qu’ils se sentaient plus de goût et de volonté pour les entreprises de conquête. En effet, Diocletianus et Constantius se lièrent au parti de l’oligarchie dans le sénat. Ils firent d’ailleurs rapporter la loi qui interdisait aux consuls de sortir de l’Italie, et passèrent trente ans à guerroyer contre toutes sortes de tribus allantes et venantes, depuis Aquilée et Salone jusqu’au fond de la Thrace et au delè, sans parvenir à rétablir la sécurité et de suffisantes colonies civiles, dans des régions aux trois quarts désertes. En compensation d’un échec définitif composé de cent succès divers, Dioclelianus espérait se former une armée à lui, avec laquelle il pourrait, le moment venu, passer en Italie et rétablir l’ordre troublé (c’est ainsi qu’on parlait) par l’insatiable ambition de ces esclaves d’hier. 11 la composait en grande partie de volontaires étrangers, de toutes sortes de races, et le sénat ne lui marchandait pas trop les fonds nécessaires. Mais ce consul, en dépit de ses qualités d’administrateur et de général, ne vint pas à bout d’organiser l’espèce d’Empire d’Orient dont il comptait probablement se faire un piédestal certain pour relever le trône à Rome. Son successeur Chloros, avec des vues analogues, peut-être moins personnelles et plus modestes, eut à la fois moins de dissimulation et de talents, et devint plus impopulaire. La majorité du sénat, travaillée
208 CCHROSIE.
depuis des années par la corruption et l’intrigue, était acquise à l’idée d’un retour mitigé à l'ancien régime; des votes récents en donnaient la preuve; et bientôt il fut connu dans le monde entier qu’on n’attendait qu’une occasion favorable pour renverser la constitution albinienne. Le sénat y penchait d’autant mieux «à ce moment, qu’il pensait pouvoir prévenir une entière usurpation de la part d’un consul du caractère de Cldoros, et rester maître de l’État. On se fait en pareil cas de ces illusions.
Le prétexte choisi fut le triomphe accordé par un vote du sénat à Chloros, pour l’ensemble de ses succès et de ceux de son père adoptif en Orient. Contre toutes les luis et conlre toute prudence, si l’assemblée n’eût point trahi, le triomphateur fut autorisé à conduire son armée en Italie et à Home même. .Mais les conspirateurs, d’une part, craignirent de faire entrer tant de Barbares dans la ville et de donner une si grande force au consul, et, d’autre part, se crurent assez maîtres de la situation s’ils disposaient d’une ou de deux légions d’élite; car ils ne redoutaient qu’une de ces émeutes populaires dont toute force régulière a facilement raison. Ils commirent ainsi la faute de n’adinettre à Home que dix mille légionnaires au choix de leur général. Sous la protection de celte petite armée, plutôt étrangère que romaine, et dont l’entrée indisposa non-seulement le peuple mais les milices italiennes, la majorité du sénat, sur l’initiative de Chloros, et la veille même du jour fixé pour son triomphe, vota d’acclamation une suite de mesures don! la proposition seule faisait encourir la peine de mort, aux termes de la constitution dont elles étaient le renversement. Il fut décrété que l’application de la loi des latifundia serait suspendue, là où des règlements et contrats définitifs n'étaient pas encore intervenus que les biens à l’égard desquels les engagements pris par les fermiers et affranchis n’avaient pas été remplis rigou-
UCHROME.
reusement feraient retour à leurs anciens propriétaires; enfin, que les redevances seraient augmentées, à moins que le tenancier ne préférât l’annulation de son contrat, partout où une enquête établirait l’existence de profils trop etevé s. De plus, des atteintes étaient portées à l’état des personnes, et le même acte législatif faisait présager des changements au mode de recrutement du Sénat et à d’autres lois fondamentales.
Le soulèvement fut prompt à Home, dans une grande partie de l'ilalie et sur d’autres points des provinces occidentales. La minorité du Sénat quitta d’abord l’assemblée en protestant, puis, aidée des milices urbaines qui se déclarèrent, s’empara à ('improviste du Capitole, où, par un reste de respect de la loi, on avait évité d’introduire les soldats de Cbloros. La majorité dispersée ne parvint plus à se réunir, et, dans une immense ville tout insurgée, pleine d’hommes qui connaissaient les armes grâce à la loi du service militaire de Pertinax, les deux légions de Chloros se trouvèrent paralysées, bloquées, bientôt forcées de se rendre en livrant leur général. Elles repassèrent l’Adriatique, et ce Vlernier fut condamné à mort par le Sénat, en partie par les hommes mêmes qui l’avaient poussé à son entreprise. Toutefois l'affaire n’en resta pas là, car les légions revenues en lllyrie avec des sentiments de vengeance, communiquèrent à toute l’armée l’esprit dont elles étaient animées. Constantinus, fils de Chloros, fut proclamé empereur dans le camp, et mit la Itépublique en danger. Il était à la tète de forces considérables, quelques années après (1072), quand le vieux Galcrius, ancien lieutenant de Diocletianus, mais dévoué â la politique occidentale, put marcher à sa rencontre avec une armée formée des contingents militaires d’Italie, de Gaule et d'Ilispanic seulement, car la Grèce et la Macédoine avaient à se défendre contre les Barbares que Constantinus avait recrutés ou fait marcher
UCHROME.
pour sa cause. Ce jeune empereur était habile, et ne manquait pas de jouer aussi dans son intérêt de l'instrument du fanatisme. 11 faisait luire aux chrétiens de Mœsie, d’illyrie et de Tlirace l'espérance de voir leur religion conquérir l'Occident comme l’Orient, devenir la religion de l'Empire et maîtresse de persécuter toutes les autres. On racontait qu’un signe céleste, une croix lumineuse lui était apparue dans les airs, pendant une grande revue, ce qui était un prestige de victoire sous ce signe; et même, de son consentement, la croix avait déjà remplacé l’aigle à la pointe du labarum accoutumé, dans certaines de ses légions. Mais il fut défait cl tué dans une grande bataille sous les murs de Tcrgeste.
Le Sénat, épuré par la révolution de 1008, ne se sentit la force, en présence des troubles dont cet événement fut le signal dans les provinces occidentales, ni de travailler seul à une nouvelle loi fondamentale, ni de maintenir simplement l’ancienne, discréditée par les deux derniers consulats et dépassée par les vœux des populations. Ce corps se soumit à de nouvelles élections tant romaines que provinciales, dont l’épreuve fut épargnée seulement à ceux des sénateurs héréditaires (en assez grand nombre, à la vérité) qui avaient combattu la politique de la majorité. Les assemblées municipales des villes grandes et petites des provinces lurent laissées libres de s’entendre et de se faire représenter comme elles voudraient, elles cl les populations agricoles adjointes, sans autre condition à observer que celle d’un nombre de sénateurs préfix, calculé d’après le rapport des populations recensées. Ce mode de nomination laissa moins de place que le précédent aux vieilles inllucnces et aux agents de la grande propriété et de l’oligarchie. La nouvelle assemblée se trouva, par ses lumières et ses principes, à la hauteur de ce qui s’était fait depuis trois quarts de siècle pour répandre la philosophie et les lettres dans l’Empire,
ICHnONIE.
aussi bien qn’en accord avec les intérêts grands et nombreux que l'affranchissement du travail avait créés de toutes parts.
Le Sénat ainsi renouvelé s’attribua le rôle politique dominant, et vota l’abandon définitif de ce système des adoptions et des consulats à vie, qui avait mal fini, mais non sans avoir rendu des services inappréciables à la République. Les consuls devinrent quinquennaux, et à la nomination du sénat, sans cesser d'être uniques, avec le nombre de proconsuls de leur choix qu’ils jugeaient nécessaires à l’administration. Le droit de commander des armées et de sortir de l’Italie leur fut absolument refusé. Il y eut enfin six tribuns triennaux, armés de la faculté du veto, et nommés par Rome, l’Italie et les provinces, à l’aide d’un suffrage spécial demandé aux municipalités : six et non plus cinq, parce que depuis quelques années, la Bretagne, longtemps siège de révoltes et de combats, avait reçu d’importantes colonies, s’agrégeait sérieusement à la République et prenait rang de province. Telle est sommairement la loi qui régit l’Occident, jusqu’à l’époque où la double crise des grandes invasions de Barbares et de l’insurrection des chrétiens en Orient se termina en l’année 1153 (1), par la révolution romaine, d’un caractère si différent, que nous avons déjà racontée, et par la dissolution de l’Empire.
L’année 1156, qui suivit le retour du dictateur Thcodosins à Rome avec les débris de son armée vaincue, vit s’accomplir le grand événement de la déclaration d’indépendance des nations occidentales. La Gaule et l’IIispanie se trouvèrent libres de fait, après la bataille d’ilerda, comme elles l’étaient probablement d’intention depuis leur révolte; et il était bien difficile au dictateur de songer à soumettre par la
(1) De l'ère chrétienne 370. — Voyez ci-dessus p. 162 le récit de la révolution que l'auteur se borne à rappeler. ’ (.Vole de l’éditeur.)