‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 31 sur 80 · UC H ROM K · texte numérisé non relu

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force des contrées florissantes qui renfermaient les meilleures troupes de l’Empire, troupes admirablement organisées grâce aux institutions romaines, et remplies de l’esprit national, puisqu’elles avaient été tirées de toutes les classes également et employées presque toujours à la défense des frontières. Cette dernière circonstance se trouva être le fondement d’une étroite fédération qui se démentit rarement par la suite, entre la Gaule et l’Hispanie; car la seconde de ces provinces ayant l’autre pour principal boulevard à cause de sa situation péninsulaire, était appelée depuis deux siècles, et comme cela était juste, à fournir des contingents pour la défense commune du côté du Rhin. 11 s’était ainsi formé une confraternité d’armes entre les deux nations, et une habitude de compter l’une sur l’autre dans les dangers.

La Bretagne devait nécessairement échapper à l'Empire, en même temps que la Gaule. La marine, à celte époque, était hors d’état de conduire une expédition sérieuse dans l’Océan, surtout le long des côtes* hostiles qu’il eut fallu longer, du golfe de Gènes à Gadès, et de Gadès au canal britannique. De toutes les parties de l’ancien Empire, les Bretons restèrent donc en relation plus particulière avec les Gaulois. Ce ne fut pas pour être toujours en paix avec eux, il s’en faut de beaucoup. Toutefois l’intérêt commun de la défense contre les incursions répétées des nations barbares maritimes : Frisons, Saxons, Angles et Danois, amena de fréquents traités entre ces deux peuples, semblables de race, de langue et de religion. Mais la Bretagne, trop tard conquise à la civilisation, encore à demi sauvage et mal peuplée, ne put éviter toujours les invasions. De grandes étendues de son territoire furent germanisées à plusieurs reprises par des établissements de tribus de pirates, qui ne purent être empêchés.

La Grèce et la Macédoine n’attendirent pas ces événe-

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ments de l’Occident pour se demander quel parti elles prendraient l’égard de l’Empire. Délaissés par Theodosius, au moment où ce général qui n’avait pu venir à bout ni de vaincre les Barbares dans la Thrace ni de réprimer efficacement la révolte d’une seule province chrétienne, était rappelé au centre du gouvernement par des dangers encore plus pressants, les peuples des deux provinces éprouvèrent naturellement une vive irritation. Ils durent faire face à toutes les difficultés et défendre seuls leurs frontières, car le dictateur avait emmené tout ce qu’il avait pu de troupes. Ce serait mal connaître le caractère grec, si modifié qu'on le supposât par cinq cents ans de domination romaine, que d’imaginer que de pareilles circonstances pouvaient se produire sans amener un soulèvement général de tous les anciens États, un réveil des traditions et un grand mouvement d’enthousiasme. Heureusement des habitudes d’unité contractées de longue date, la liberté dont les villes grecques jouissaient, principalement depuis la grande réforme, en même temps que les affaires d’intérêt panhellénique se concentraient à Corinthe, où résidait le proconsul; la complète fusion de mœurs et d’idées qui s’était opérée entre Gaulois, Italiens et Grecs cl avait permis que ces derniers occupassent presque tous les postes administratifs de leur propre pays et les fonctions de l’enseignement public dans une grande partie de l’Empire; enfin l’étude assidue du passé, les leçons de l'histoire, et l’intelligence native de ce peuple, alors plus cultivé, plus instruit et pénétré d’un idéal plus élevé dans ses masses, qu’il ne l’avait été au temps de la guerre du Péloponèse, toutes ces causes se réunirent au danger imminent de l’invasion pour empêcher un fractionnement funeste de la Ilcllas affranchie. Les anciennes républiques se relevèrent, sans s’attribuer dans le monde, désormais bien agrandi aux yeux de leurs citoyens, plus

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d’importance que n’en peuvent avoir des cités et des territoires auxquels une étroite union, des relations constantes, pacifiques, avec leurs semblables sont nécessaires pour la sécurité, pour le commerce et généralement pour tous les biens de la vie; car ne sont-ils pas tous une matière d’échange?

La Grèce se constitua en une république d’Étals fédérés, dans laquelle l’autorité fédérale fut forte, parce qu’elle prit spontanément la place de l'administration romaine vacante, et où cependant les États jouirent d’une liberté très-étendue, celle-là même que l’administration impériale laissait volontiers aux municipes, et qui avait été de tous temps plus grande en Grèce qu’ailleurs, grâce au culte respectueux dont les souvenirs grecs étaient l’objet de la part de tout ce qui portait un nom romain. La Macédoine fut en traînée par les antécédents et les circonstances dans le tourbillon de la nouvelle fédération. Ce n’était plus alors cette contrée à demi barbare, disciplinée par un despote de génie, pépinière de bons ofliciers, et forte à la fois par l’organisation et par la masse, à laquelle d'immortelles cités, la veille si puissantes, n’avaient eu à opposer que les laibles restes des hommes et des trésors perdus dans des guerres néfastes. La mise au pillage de l’Orient, du Granique à l’indus, ne fournissait plus, comme autrefois aux successeurs d’Alexandre, des fonds intarissables pour solder les mercenaires appelés du monde entier à combler les rangs des Macédoniens morts ou enrichis. La Macédoine du xu* siècle des Olympiades, bien différente de celle du v*, résistait difficilement seule aux attaques de ces tribus barbares, désireuses de jouer le rôle qu’elle-même avait rempli jadis, et les mêmes encore que celles que Philippe avait dû vaincre en son temps avant de tourner ses armes au midi, mais renforcées cette fois ou poussées en avant par des flots d’envahisseurs incessam-

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ment renouvelés. Kllc avait maintenant sa civilisation à défendre, sa civilisation hellénique et qui la rapprochait en tout du midi. D’ailleurs, entre la Macédoine et la Grèce, la balance des forces était changée. La Macédoine était riche et peuplée, mais moins que la Grèce, dont le commerce et les industries maritimes mettaient la prospérité hors de pair. A aucune époque les populations helléniques ne s’étaient élevées si haut, ni par le nombre, ni par l’industrie ; les lois militaires de Pcrtinax en liraient au besoin des armées de citoyens, et leur puissance navale, qui allait être la première du monde sous 1,’étendard grec, comme elle l’était naguère sous celui de Home, leur créait d’immenses ressources.

Depuis que les événements prenaient cette tournure dans la Gaule et dans la Grèce, après l’échec de Theodosius en llispanie, et quand ni l’état de l’Orient, à la fois envahi et soulevé, ni celui des régions danubiennes occupées par les Germains, ne permettaient plus de trouver des armées, de l’argent et des points d’appui pour rétablir la prépondérance romaine, toutes les espérances du parti de la guerre et de la dictature en Italie étaient perdues. Theodosius, de retour de son expédition manquée, voyait son gouvernement en hutte à toutes les agressions, même à celles de ses anciens amis, et entouré de ces obstacles qui se dressent et se multiplient toujours devant les pas de ceux qui n’ont point su réussir. Il n’existait plus alors, entre l’ancienne province d’Italie, et l’Italie république fédérative comme la Grèce, que l’épaisseur d’une dictature dont nul ne voyait le but, ou qui faisait craindre aux gens de bon sens de ruineuses et interminables entreprises. L’Italie réduite à scs propres forces allaitelle tenter de recommencer en Gaule la conquête de César, maintenant que les Gaulois avaient reçu d’elle ses institutions, avec toute la puissance qui appartient à la civilisation?

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Essayerait-on plutôt de prendre A revers la Grèce méridionale, dont les forces actives étaient occupées au nord par les Barbares? Mais même en de telles circonstances, la vertu défensive que toute région bien peuplée du sol de l'Empire devait à la loi militaire de Pertinax était considérable, et la meilleure partie de la marine faisait défaut, parce que tout ce qu’il y avait sur les mers de navires de nation grecque s’était déclaré pour la cause de l’indépendance. Dans cette pénible situation, le dictateur dut temporiser et diriger toutes ses vues à la conservation de sa propre autorité : c’est au surplus ce que font ordinairement les princes et ceux qui se croient faits pour le devenir. Mais les temps du principat étaient passés, et la dictature désormais sans raison d’ètre, dans un pays qui semblait forcé A la paix, et où les haines de classes ne pouvaient plus être exploitées depuis les réformes agraires. Theodosius se vit contraint, malgré la légalité apparente de son titre dictatorial, de renouveler la partie élective du Sénat; et comme la majorité de cette assemblée s’annoncait contraire A la continuation de ses pouvoirs, il se décida brusquement A porter la guerre de l’autre côté de l’Adriatique, afin de faire diversion et de s’assurer l’appui ‘des passions patriotiques. Plus heureux dans ce nouvel effort, il parvint, en effet, dans une suite de campagnes heureuses contre les tribus qui occupaient A ce moment la Dalmatic, l’illyrie ou leurs confins, A procurer aux Italiens des établissements civils et militaires d’une grande importance pour leur sécurité ainsi que pour le développement de leur marine. C’est de cette époque que date la fondation d’une grande cité de guerre et de commerce dans les lagunes de la Vénétie. De tels services, toujours si appréciés quels qu’en soient les mobiles, et les talents administratifs de Theodosius, lui assurèrent le pouvoir sa vie durant. 11 satisfit même son ambition, l’ambition commune des grands, en

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croyant Iransmellre sa rapine, son titre souverain à sa descendance. Mais ses fils se trouvèrent incapables, et le principnt prit fin de nouveau en leurs personnes.

L’état moral et politique de l’Italie était au fond tout

semblable à celui de la Grèce, et devait la conduire aux mêmes institutions. Les libertés municipales, à fondements si anciens, restées sérieuses à toutes les époques, avaient pris beaucoup d’étendue et de force en échappant aux dangers et aux .accidents de l’arbitraire impérial, et en recevant de nouvelles et grandes attributions, par suite des réformes de l’armée et des tribunaux et des fondations d’instruction du peuple. Les municipes valaient à vrai dire de petites républiques, et l'habitude contractée d’une direction centrale des intérêts généraux représentait l’équivalent d’un lien fédéral entre eux. En d'autres circonstances, si la discipline romaine n’eùt point modifié les idées et les mœurs politiques, le fractionnement d’une contrée en ces sortes de petits Etals, aurait probablement engendré des rivalités irréconciliables, des guerres, enfin l’épuisement et la ruine commune. Maintenant l’administration impériale se trouvait amendée, modérée par le retour à la liberté, non toutefois dissoute, comme elle n’eût pu manquer de l’être à la longue par l’action énervante d’une religion sacerdotale et par les mortels abus du pouvoir absolu, prodromes ordinaires de la conquête barbare. De fortes et précieuses libertés de tous les groupes naturels de population se conciliaient donc avec le maintien d’une direction romaine, en tout ce qui louchait la sécurité de l’Italie, les intérêls collectifs, les lois générales nécessaires au règlement des droits civils et politiques, de l’enseignement, de la justice et de la guerre. Ceci ne veut point dire qu’un empêchement fût mis à tout jamais aux guerres civiles; mais au moins celles qui naissent des divisions de territoire et des diversités constitution-

l'CHROME.

nelles (levaient désormais être épargnés à la péninsule italique.

Le sort de la Gaule fut moins heureux, parce que l’assimilation romaine, accomplie dans la Narbonnaise et dans la Province, rencontra de grands obstacles et des points d’arrêt dans les Lyonnaises, l’Aquitaine, la Séquanaise, la Dclgique (1), l’Armorique. L’affranchissement des esclaves et les lois agraires en vertu desquelles la propriété du sol était passée à ceux qui le cultivaient, sous la simple condition de redevances rachetables et amortissables, ces réformes qui avaient clos l’ère des Anlonini n’avaient pu naturellement s’appliquer aussi bien aux régions dans lesquelles n’existait pas la culture proprement servile. Sans doute, dans les parties de la Gaule où la grande propriété s’était constituée sous les empereurs, à l’imitation du régime italien, la révolution avait changé, dans le cours de deux siècles, les esclaves en affranchis, les affranchis en citoyens; mais le cas était bien différent dans celles des circonscriptions gauloises où les usages nationaux et locaux persévéraient sans trop de trouble. « La classe populaire, disait Cæsar, parlant des Gaulois de son temps, est presque en état d'esclavage, ne peut rien d’elle-mème et n’est admise dans aucune assemblée » (2); mais ces gens en état d’esclavage n’étaient pas des esclaves comme ceux des Grecs ou des Romains, c’est-à-dire anciens prisonniers de guerre, eux ou leurs pères, et appartenant généralement à d’autres races que les maîtres. Leur assujettissement était politique, établi dans les mœurs et souvent de source volontaire : « La plupart d’entre eux, continue Cæsar, se voyant écrasés de dettes ou aeea-

(1) 1.1 Belgique ancienne, tlonl les frontières sc prenaient au cours de la

Seine. (.Vole de l'éditeur.)

(2) Plebs penc servorum halietur lnco quæ per sc ni li il aiulrl et millo ndlii-

betur consilio. (De l>ello gallico, vi, 13.) (.Vole de l'éditeur.)

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blés d'impôts et foulés par les puissants, se mettent au service des nobles, qui dès lors ont sur eux tous les droits du maître sur l’esclave. » Il s’agit évidemment ici de cet état de servage dont tant d’effets pratiques reviennent à ceux de la pure condition servile, mais qui ne laisse pas d’en différer en d’autres, et surtout en principe. Rendons-nous compte de la composition des deux autres classes de Gaulois et de la nature de leur autorité; nous comprendrons sans peine que l’état social qu’elles supposent doit survivre longtemps à des réformes légales apportées du dehors :

« Ces deux classes se forment, l’une des Druides et l’autre des Chevaliers. Les Druides sont les intermédiaires des choses divines. Les sacrifices publics et ceux des particuliers sont de leur ressort, ainsi que la décision de toutes les questions religieuses. Il y a concours de jeunes gens cri grand nombre autour d’eux, en vue de l’éducation, et ils sont grandement honorés, car ils prononcent dans presque tous les débats, tant privés que publics, sur les crimes, les meurtres, les héritages, les bornes des propriétés. Ils punissent et récompensent, et si quelqu’un ne se soumet pas à leurs décrets, qu’il soit personne publique ou privée, ils l’interdisent des sacrifices. Cette peine ed chez eux de la dernière gravité, car le condamné est mis au rang des impies et des criminels : on s’éloigne de lui, on ne lui parle pas, on ne le voit pas, de peur de la contagion ; la justice lui est refusée s’il la demande, et il n’a part à aucun honneur. » La puissance universelle et illimitée des Druides devait peser d’autant plus sur les sujets de ce gouvernement vraiment théocralique, qu’ils formaient un corps uni et sous la main d’un seul chef : « A la tète de tous les Druides, il en est un qui dispose de l’autorité suprême. » Klever la jeunesse, rendre la justice, excommunier les insoumis et manier seuls, en qualité d’intermédiaires entre l’homme et la divinité, les choses di\i-

2ît) UCHR0N1E.

nes(l), se recruter en outre dans les familles qui peuvent faire les frais de vingt ans d’études et consacrent volontiers leurs enfants à une profession exempte de l’impôt de la milice et de toute autre charge (2), échapper par conséquent aux dangers et à l’impopularité de la caste, et plonger ses racines au cœur d'une nation superstitieuse, c’est être les maîtres de tout. Restait seulement une fissure dans l’institution, par où l’action des princes pouvait parfois s’introduire : c’est l’élection du souverain pontife. A la mort d'un Druide suprême, i si plusieurs étaient égaux en dignité, le suffrage des Druides nommait le successeur. Quelquefois les armes en décidaient. »

Quant aux chevaliers ou nobles, il suffit de savoir que la guerre était leur unique métier, et qu’ils se faisaient suivre de clients et d’ Ambactes en nombre proportionné à leur naissance et à leurs biens. C’est à la foule de ces adhérents, nous dit Cæsar, que se mesurait leur importance, et il est très-clair qu’un nombre correspondant de serfs travaillait pour l’entretien de chaque noble, de sa famille et de sa suite militaire. Dans un pays d’une constitution à la fois théocratique et aristocratique aussi caractérisée, car l'état des choses avait peir changé sous ce rapport depuis Cæsar jusqu’aux Antonini, on conçoit sans peine que les réformes agraires dussent ne trouver ni une application aussi simple ni des ré-

(1) CVst le vrai sens du passage que les traducteurs manquent toujours :

Helnts dirinis inlertun I (id., Ibid.). Les Druides seuls pouvaient sacrifier, selon Slrabon: /hurlai île ouk aneu Uruidon ( Geogr lib. IV) : grande différence avec presque tout le monde ancien, où le père de famille était sacrificateur, et le prêtre un simple ministre. (.Vote de l'éilileur.)

(2) A btllu abesse consueveritnl , neque tributa un a cum reliquit pendant, mililiir vacationem omniumi/ue rerum Italien/ immunitalem. Tanlis excitait pramiis et sua sponte mulli in disciplinant conreuiunt et a propinquis pareilliliusque mittuntur (id., iliid.) — Cæsar nous apprend ensuite que l’instruction des Druides était entièrement orale. En n'écrivant point, ils évitaient le danger de la vulgarisation des Ecritures • Neque in culgus disciplinant efferri retint.

[Note de t'edilcur.)

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sistances aussi faciles à surmonter, en le voulant bien, que dans les pays de grands domaines à culture servile, où les propriétaires ne résidaient pas. Malgré l’activité de Maternus, à l’époque de la première réforme, et l’esprit de suite apporté aux opérations territoriales dans le siècle suivant, la mauvaise volonté des classes dominantes, en Gaule, et l’extrême abaissement de cœur de la classe populaire, opposèrent des obstacles sérieux au changement de régime. Sur certains points, l’énormité des redevances et de l’impôt, jointe au fardeau des dettes privées, retint les serfs dans le servage,, quoique raehctable en principe. Sur d'autres, le serf devenu propriétaire et libéré de ses charges, resta moralement sous la sujétion du Druide et du chevalier. Les élections pour le Sénat étaient à peu près dans les mains de ce clergé et de cette noblesse, et l’administration locale se ressentait comme de raison de l’influence des sénateurs gaulois. Tout ceci se rapporte aux provinces du Nord, du couchant et en partie du centre de la Gaule. Il arriva donc qu’il s’établit, entre ces provinces et celles de la Gaule méridionale, une divergence d’esprit et de mœurs on ne peut plus prononcée. Les Gaulois du Midi manifestèrent un tempérament très-démocratique, et fondirent leurs religions en une sorte de syncrétisme avec les religions italiennes, adoptant d’ailleurs les mystères de la Grèce. Les Gaulois du Nord restèrent longtemps à la discrétion des nobles et des prêtres.

Il est vrai que le druidisme avait été plus ou moins persécuté pendant toute la durée de la domination romaine, mais sans succès définitif. L’empereur Augustus avait commencé par l’interdire aux citoyens; Claudius s’était llatté de l’abolir (1); Paulinus Suelonius, proconsul en Bretagne sous Nero, porta l’incendie et le carnage dans l’ile de Mona, où

(t) Suétone, dans Claude : Druidarum religiontm apud Galln i dira immanilatis, et tantum cirilnn sut Auguste interdictam, penitus aboi t lit.

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