‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 37 sur 80 · DEUXIÈME PARTIE I>E L'APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE I>E L'APPENDICE

ment installées dans l'empire lorsque Caracalla fit égorger son frère et cohéritier; lorsque Macrin, préfet du prétoire, fut l’assassin de Caracalla et son successeur, assassiné à son tour; lorsque les soldats allèrent prendre pour empereur, parce qu'il était fils de Caracalla, un Élagabale, prêtre du soleil, soi-disant mari d’Aslarté, la lune, un prince qui portail dns colliers et qui se fardait; et qu’après avoir encore massacré celui-ci et acclamé et de nouveau massacré son parent Alexaudre-Sévèrc, qui valait mieux que lui et qui, prenant au sérieux son rôle d'empereur, tâchait à les contenir sous l'obéissance, ils portèrent leur choix sur les plus brutes de l'armée, que leur recommandaient telles qualités corporelles. Il arrivait parfois qu’enlre tous les compétiteurs venus des différentes armées, certains qui l’emportaient sur leurs rivaux déployaient plus de zèle ou montraient quelques talents à s'opposer aux barbares vers les frontières de l’empire ; et même il y en eut un, mais ce fut le dernier, Tacite, homme de mérite et Romain, dont le sénat fit l'élection sur les instances des troupes; mais les uns comme les autres étaient toujours égorgés à la fin. On peut en compter vingt à l’environ qui finirent ainsi, sur le nombre de vingt et deux, depuis Caracalla jusqu’à Dioclétien, l’espace de septante ans, sans y comprendre pareil nombre ou plus grand de princes de passage, que les annales appellent lyrans et qui ne le furent non plus que les autres, ni souvent leurs règnes beaucoup plus courts. Tout ce temps, à partir de Septimc-Sévère, répond dans Uchronie à celui des réformes d'Albin et de Perlinax et du grand ouvrage de la reconstitution de la république sous des consuls viagers ni des tribuns provinciaux. Mais la réforme militaire ayant été manquée, ainsi que la réforme agraire cl celle de l'éducation publique, ef le sage cantonnement des possessions de l’empire, et la participation des provinces au gouvernement, par des empereurs qui pouvaient encore entreprendre la tâche d’arranger les choses pour la paix et pour la durée, tout ce temps ne fut que le progrès d’une anarchie devenue à la fin irrémédiable. D’une part, les empereurs ayant continué, comme c'est assez le propre de gens élevés seulement pour la guerre, et aussi l’effet de la vanité des princes et de leur ambition, de prétendre à porter plus loin les frontières, au

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lieu d'en avoir de bonnes et de les tenir plus sûres, les forces de l’empire s’épuisent en Orient et dans des luttes contre les Perses, ingrates quand elles ne sont pas funestes; d'ailleurs au grand dommage des mœurs et croyances publiques que tout ce mélange de peuples altère et corrompt à jamais. D’une autre part, des guerres serviles en Sicile, des guerres de paysans ou bagaudes, qui sont encore des guerres serviles, en Gaule, et transportées jusqu’en Italie; des guerres de religion, des émeutes populaires horribles à Alexandrie, font bien voir que rien n’a été réglé pour porter remède aux anciens maux et empêcher les nouveaux d’apparaltre. Le monde va se dépeuplant chaque jour parce qu’il n’y a nulle sûreté pour la vie ni pour le travail; et comme le dégoût vient alors à gagner les âmes, c’est l’époque où les solitaires Paul et Antoine instituent le monachisme dans la Thébaide d’Égypte.

La fameuse létrarchic de Dioclétien : deux Augustes, deux Césars, leurs successeurs désignés, ne fut point une vraie constitution de l’empire, car elle ne remédia pas aux compétitions des parents ni à celle des généraux, et la distribution des gouvernements militaires entre les quatre princes parut l’expédient d’une défense perpétuelle, condamnée à devenir finalement impuissante contre des agressions perpétuellement renouvelées. En outre, cet arrangement politique accusa la décomposition croissante de l’État par l'abandon de Home, Milan et Nicomédie faisant fondions de capitales, par l'abandon du sénat qui resta délaissé dans cet éloignement des empereurs, et par l’abandon même des prétoriens qui pouvaient encore passer pour des corps romains, au regard des légions d’élite barbares par lesquelles on les remplaça. A mesure que Home s’en allait ainsi, les citoyens consentaient à donner à l’empereur le nom que les esclaves seuls donnaient à leurs maîtres, Dominus. Ils parlaient à Dioclétien de sa majesté sacrée, de sa divinité, des oracles de sa sagesse, et lui, dans un palais gardé par des eunuques, portant le diadème au front, la robe de soie et d'or, la chaussure constellée de pierreries, s’offrait aux adorations de scs sujets prosternés. Ne croyez pas que rien dût être changé à ces usages parce que les empereurs ne tardèrent pas à se dire chrétiens, car ils furent aussitôt regardés comme investis de la puis-

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