‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 38 sur 80 · DEUXIÈME PAUTIE DE L'APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PAUTIE DE L'APPENDICE

sauce île Dieu pour soumellre le monde aux bonnes doctrines et le ranger à l'obéissance des évêques orthodoxes. Auparavant l'apothéose ne leur venait que morts, et de leur vivant ils agissaient en guise de simples hommes, lis vont être à présent le bras séculier, et c’est à dire le bras de Dieu même, sous la condition de prendre l’inspiration de leur vouloir au siège de la pensée divine que le mystère de l'ordination a placé dans la tète d’un évêque, et de ne se pas tromper dans le démêlement des vrais et des faux pasteurs.

De Dioclétien abdiquant, à cause du dégoût qui le prit de son reuvre, à Constantin seul régnant, il n’y eut que l’intervalle de la moitié d’une généralion où les compétiteurs Augustes et Césars abondèrent avec des catastrophes diverses; et du second de ces empires au premier il ne se trouva nulle différence que la résolution prise par un empereur de fortifier son autorité de toute celle des sectaires que ses prédécesseurs vainement et à plusieurs reprises avaient tenté d'abattre. Cet homme dont vous avez vu la ligure employée en L'chronie comme celle d’un ambitieux révolté et chef de parli vaincu (grâce à des circonstances créées et maintenues durant un siècle entier par la politique des réformes) il fut dans la réalité l'héritier nécessaire de la politique des dilations et vains expédients. Il amplifia son litre suranné et sans emploi de pontife suprême à Home de la prétention plus sérieuse et efficace d’un pouvoir chargé par délégation de la Providence de réduire l’univers en l'unité forcée de la foi qu’il déclara seule bonne. Il ne renonça point à faire l'apothéose de son père Constance, selon les riles de l'ancienne religion, mais il donna l'exemple à ses peuples de se sanctifier lui-même avec les cérémonies de la nouvelle qui, au moyen d’un baptême habilement différé jusqu'à l'heure de la mort, le blanchit par opération mystique de tous les crimes qu’il avait rommiÿ. Car celte nouvelle foi n'ayant point affaire avec la vie honnèle, hormis en dires et sermons, n’avait su empêcher ce grand catéchumène d’assassiner sa femme, son fils et son neveu; si c’est assassiner que faire mettre gens à mort sans forme de jugement. Où il signala sou christianisme, outre son grand zèle à faire édicter la soi-disant unique et catholique doctrine de la foi,

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de quoi je vais parler tout à l’heure, ce fui par exemple en abolissant le supplice île la croix et ces infâmes combats de gladiateurs qu’on avait tant reprochés à la noble antiquité, quoiqu’ils ne lui appartinssent pas, mais seulement à sa corruption. Comme il n’obéissait pour une réforme de cette sorte qu’à l’attente commune dont l’humanité était le moindre motif, il ne laissa pas au demeurant de livrer des prisonniers aux bcles dans l'amphithéâtre, et de promulguer sur le sujet du mariage, du rapt et des enfants naturels, des lois atroces de proscription et de supplices qui font frémir la plus ordinaire et mondaine charité.

Lu grande affaire de ces temps est de décider à tout prix et puis d’imposer ce qu’il faut croire en matière de choses divines, au lieu de rechercher ce qu’il est bon et sage de vouloir et de faire en l’ordre des choses humaines. L’empereur Constantin accepta la mission de contraindre les hommes à croire correctement, en sorte qu’il se rendit l’instrument de changer en une injuste domination ce qui n’avait paru d'abord que la revendication d’une juste liberté : paru du moins à ceux qui ne voulaient point observer ou prévoir les eiïets du fanatisme rirez des gens tellement pénétrés de la supériorité de leurs consciences sur celles «lu reste du monde, et pleins de mépris pour le droit du prochain à penser autrement qu’eux-mèmes. C’était un même fait d’usurpation de renverser les idoles, à savoir la croyance d’autrui, par l’acte du zèle d’un particulier, au i”r siècle, ou de les renverser par décret de la loi au tv^à cela près que la puissance publique fit sienne la violence dans ce dernier cas. Les martyrs ne furent bien souvent que des persécuteurs de fait ou d’intention persécutés, et c’est à quoi Constantin mit ordre en faisant passer toute la force de leur côté. Sans doute il ne persécuta point de prime abord les anciens cultes des cités, les adhérents des anciens dieux, car le souverain est toujours tenu de ménager les habitudes des peuples, et il fallut attendre un demi-siècle environ avant de sûrement et définitivement proscrire celles-là; mais il montra sa volonté et son savoir faire en l’art de procurer l'unité des croyances, dans la propre enceinte de la religion qu’il avait résolu de professer. Après avoir fait établir le canon de l'uniformité de doctrine,

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