‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 41 sur 80 · DEUXIEME PARTIE DE L'APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE DE L'APPENDICE

dose, qui se plaignait que ses sujets eussent fait montre de leur foi en massacrant des juifs et pillant des synagogues, ce qui était entreprendre sur son autorité, eut objurgation de l’évêque Ambroise et se résigna à régulièrement remettre aux mains des catholiques les biens d'autrui que leur zèle avait usurpés sans ordre.

L’empire des croyances étant ainsi livré à la violence, celui du gouvernement et des lois ne tarda point à l’être pareillement, quand toutes les forces de l’État passèrent aux barbares, ceux-ci chassant les gouverneurs romains et puis se chassant les uns les autres et se succédant, fondant et détruisant des royaumes plus ou moins chrétiens, soumettant les peuples à des exactions imitées des empereurs, livrant incessamment les serfs à de nouveaux seigneurs qui les faisaient passer de pillage en protection et de protection en pillage, selon les hasards de la guerre, jusqu’à ce (pie toutes choses étant venues à dissolution, chaque homme ne sût plus rien au monde au delà du château et de l’église, dont l'un lui prenait son corps et l’autre son âme; et il fallut que les Etats se refissent à force de temps, en s’élevant derechef de la barbarie à l’ordre civil perdu. Voilà ce que la politique impériale et la politique ecclésiastique, l'une brochant sur l’autre, ont fait de la paix romaine et de l'empire d’Occident. L’empire d’ürieut se traîne pendant ce temps, en proie aux intrigues de cour, révolutions de palais, disputes Ihéologiques, invasions de hordes étrangères et profonde corruption intestine. Cet empire a l’art de tourner sa civilité même en barbarie, et ne possédant nulle vertu ni dans sa religion savamment puérile, ni dans son gouvernement ni dans ses mœurs, pour rayonner et agir sur les peuples qui le regardent au levant, il est destiné à assister, sans pouvoir s’y opposer, à l’invasion du mahométisme, savoir à cette révolution de la foi simplifiée, propagée (comme l’autre) par les armes, qui va les entraîner tous, et qui finalement le détruira lui-même. C’est vous en dire assez de l’empire d’Orient, puisqu’à sa place vous avez sous les yeux les nations prosternées que son christianisme, fait de métaphysique et de superstitions, et ses empereurs n’ont pas été capables de défendre.

Le catholicisme, les évêques et les moines, en achevant de con-

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cert avec les empereurs romains et princes barbares la ruine de la civilité antique dans l’Occident, en ont gardé du moins les lettres, qui leur étaient très-nécessaires en leur propre établissement d’administration et de doctrine; et par là diverses traditions et connaissances dont la conservation a retenu sur son penchant le monde croulant, et permis aux hommes de revoir de temps à autre un éclair des choses anciennes, puis, après un laps de mille ans, de retrouver les litres de l’humanité civile, joints à ceux de la primitive liberté évangélique ensevelis sous la vaste construction sacerdotale. Néanmoins tout ce qui put être obtenu pour t’niïranchissemcnt des âmes, hormis certaine culture mécanique des lettres, le fut contrairement au désir et aux persévérants efforts de l’Eglise. Sa douceur qu’elle a vantée ne laissa pas de prêter les mains à toutes les violences qui servaient à ses lins et de corroborer tous ceux des pouvoirs des dominateurs de la terre qui ne nuisaient pas à sa propre domination. Les sujets de la double puissance temporelle ^t spirituelle se trouvèrent ainsi foulés doublement et par les guerres des princes, desquelles l’ambition, l’avarice et l’orgueil sont les ordinaires mobiles, et par les persécutions de la foi, nées des mêmes causes que le fanatisme n’exclut point ni chez les prêtres ni chez les rois, et qui occasionnèrent d'autres guerres et des supplices innombrables. Je ne m’ingérerai pas de vous raconter les cruautés des temps où la guerre en se rappetissant se multiplia sans fin et s’envenima, non plus que celles des temps appelés de paix, dans les États où le prince et l’Eglise ont tenu le glaive ou le bûcher en continuel exercice; mais je veux vous faire bien sentir, en les définissant et les éclairant de quelques exemples, les traits principaux qui marquent cet âge du monde dont je vous ni expliqué l'origine et dont les suites fatales gouvernent tant de choses encore autour de vous.

Premièrement, faites attention à l’anarchie et pour ainsi dire à l’extinction civile que je vous ai déjà signalée. Si vous voulez vous former une juste idée du point où la décomposition sociale et la guerre universelle furent poussées à l’époque dite féodale, et pour conduire à l’extrême division du monde en châteaux et paroisses,

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