DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE
jure; des deux côtés à la fois, aveu que le vainqueur doit avoir raison. Quand donc les hommes eu acceptenl l'usage et l’imposent à peine du déshonneur, ils déclarent très-manifestement soumettre la justice à la violence et abaisser toutes les vertus humaines devant la promptitude à donner la mort ou à la recevoir. L’Église, il est vrai, a fini par ranger le combat singulier au nombre des péchés, mais elle n’a pas laissé d’en fournir un aliment mystique, et on ne voit pas d’ailleurs quelle ait excommunié les champions du combat judiciaire et les duellistes, comme elle a fait les hérétiques ou les princes qui épousaient leurs cousines. A l’égard de l’ordalie, de ces horribles épreuves de l'eau, du feu, du fer rouge ou de la croix, tenant lieu d'enquête, elles ont été de pratique fort autorisée, comme rendant témoignage à la foi et servant à la nourrir par de tels spectacles. L’éducation donnée aux nations par le catholicisme les a tenues en cela ravalées au niveau de la procédure qu’on suit chez les sauvages les plus abrutis. Il n'y a pas encore deux siècles qu’un peuple entier, dans l’une des plus riches et des plus belles cités du monde, s'assemblait avec passion pour voir deux moines se défier û qui prouverait la vérité de sa doctrine en traversant impunément les tlammes d’un bûcher. L’un des deux, nommé Savonarole, y monta seul peu de temps après. Mais les débats de ces hommes et de leurs partisans sur la permission accordée ou refusée de porter des talismans sacrés avec soi en subissant l’épreuve, les craintes témuignées au sujet des pratiques de magie qui eussent pu, croyait-on, altérer le jugement de Dieu, l’intervention de toutes les autorités civiles et religieuses dans le règlement des conditions et la disposition pompeuse de la scène, enfin le fanatisme cl la férocité de la foule en celte incertaine attente ou d’un miracle ou d'un affreux supplice, nous sont de grandes marques de l’entière corruption des principes du droit.
Je vous ai nommé la magie, et c’est encore un caractère de cette corruption que d’avoir introduit de faux crimes dans la pénalité, avec, des procédures pour saisir la réalité de ce qui est imaginaire, avec un préjugé fait de crédulité et de peur à l’endroit des connaissances qui passent la mesure commune, avec
UCHIîO.NIK.
des peines cruelles contre la manie, estimée diablerie, et contre la science, suspecte d’œuvres surnaturelles. Les croyances du monde antique, au temps de la décadence principalement, avaient été salies de bien des superstitions dont les questions de criminalité n’avaient pu tout à l'ait éviter l’infection. Cependant le droit dans son ensemble était resté du domaine des réalités civiles, tandis que sous l'empire du catholicisme on vit grandir continuellement la sphère des crimes de miracle, et les accusations de magie et de sorcellerie, comme celles d’hérésie, se mêler à toutes les autres, cl souvent les dominer, contre les ennemis qu'on voulait perdre. C’est ainsi que Symmaque et le théologien Boèce, accusés à la cour du roi Théodoric d’avoir désiré la liberté de l'Italie gouvernée par ce barbare, entendirent motiver leur condamnation sur les crimes de sacrilège et de magic. L’usage en demeura; sept ou huit siècles après, les templiers, dont le pape et le roi de France avaient conjuré la ruine, furent victimes d’imputations pareilles. Entre les innombrables procès d’hérétiques et de sorciers, qui ont couvert la terre de sang, il est sans doute superflu de vous citer celui de la Pucelle d’Orléans, conduit par l’Eglise elle-même. Et je ne vous rappellerai ceux d'Urbain Grandier et de Léonore Galigai que pour vous faire observer la constance et la perpétuité d’une législation si honteusement et profondément viciée, puisqu’ils sont de notre lemps.
Je vous prie maintenant de réfléchir au système entier des pénitences et des indulgences, revu dans l’Eglise catholique. Voyez-y une violation outrageuse des préceptes de justice et de juste réparation des méfaits. L’antiquité qu'on veut appeler profane déclarait universellement par la voix de ses sages et philosophes, que le précepte de bien faire a sa signification et sa sanction en nous-mêmes, et se rapporte à nos devoirs d'hommes vis-àvis des hommes ; que la culpabilité est personnelle, que les offenses ne se rachètent point par de vaincs pratiques, et que le mérite des uns ne compte pas pour vertu aux autres qui prévariquent. Mais les théologiens ont décidé que les commandements du Créateur et révélateur, dont ils se rendent les organes, imposent des obligations dont nous ne sommes point appelés à nous rendre compte,