DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE
et qui, justes ou injustes qu’elles nous puissent paraître, sont saintes pour cela seulement qu’elles sont sa pure volonté. Ils ont voulu que les œuvres ne fussent pas avant tout des actes de bonne vie, mais des réceptions de sacrements et accomplissements de rites qui justifient, étant d’ailleurs accompagnés de certaine foi qui est un don tout gratuit de Dieu, et que néanmoins on est coupable de ne se pas donner. Il leur a plu de feindre l’existence d'un mal profond inhérent à la masse humaine, non pas résultant des fautes de tous, comme il n’est que trop vrai, et inégalement partagé entre tous, mais absolu et commun, et imputable à crime personnel à chacun qui ne l’a pas commis; et puis d’imaginer que les souffrances de Dieu fait homme ont permis à toute personne d’échapper à sa part de responsabilité, moyennant qu'elle s’applique ou qu’on lui applique, fût-ce sans son aveu, par voie de sacrement, des mérites qui ne lui appartiennent en rien. Suivant les conséquences d'une manière de voir si perverse, on est venu à cette extrémité de supposer que des multitudes d’hommes morts dans le péché, ou hors de la foi, étant actuellement livrés à des supplices infernaux que Dieu ordonne, et, d’autre part, les macérations ou les prières des saints et le sacrifice du Sauveur constituant des mérites réversibles, on peut en faire profiter les pécheurs quand iis ne sont damnés qu’à temps et trouvent quelqu’un pour les recommander. On peut également les reverser sur les vivants et leur faire ainsi remise des pénitences dont ils sont redevables. Or celui qui opère la réversion, c’est le prêtre, et la recommandation qu’on trouve auprès de lui se paye de tout ce qui sert à fortifier son autorité; en première ligne avec de l'argent, ce sûr et commun instrument de toutes les sortes de pouvoir.
Qui donc eut imaginé, chez les anciens, pareil renversement de toutes les idées du droit, du mérite et de la vertu? Ils eurent bien leurs marchands d’indulgences, orphéotélites ou autres commerçants méprisés de divers mystères, selon les temps, mais ils ne connurent pas l'établissement universel ou catholique de ce commerce, avec obligation légale pour le monde de s’v fournir, ainsi qu'il arriva par l'institution de la confession et du sacrement de la pénitence. Les anciennes réuubliqucs et les anciennes
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religions ne donnèrent pas le spectacle scandaleux et dégradant de gens voués par ordre à confesser perpétuellement leurs péchés, à se les faire absoudre sans offrir aucune garantie de ne point les recommencer, et de fait et sans cesse les recommençant infailliblement. L’adoption d’une telle manière de vivre fait de la pénitence une simple soumission à l’autorité du prêtre, dont elle exalte l’orgueil, et n’est, du côté du délinquant, qu’une formelle renonciation à la justice de la vie ; d’autant plus que ce dernier, s’il croit à l'absolution mystique en même temps qu’à l’irrémédiable faiblesse de la chair, réduit tout naturellement en coutume et système de pratique à son usage l’encbainement régulier îles tentations, des crimes, des repentirs, des absolutions, et puis de nouveau des tentations et des crimes. Laissons cependant ce chapitre des illusions des petits et des faibles, et de leur corruption autorisée et absoute. Voyons les crimes des grands. On a fait bruit et honneur au sacerdoce des pénitences des princes. Mais quand Théodosc fut contraint à sa fameuse pénitence publique, qu’on eut soin, remarquez-le, de réduire à une vaine cérémonie, quand on ne lira de lui ni punition, ni réparation réelle de l’offense et dommage, ni garantie pour les peuples contre une puissance à laquelle tout est permis, qu’obtiut-on de plus que la soumission de l’orgueil d’un empereur à la domination usurpée d'un évêque? Quand le roi Louis, dit 1 e débonnaire, qui avait clottré ses frères, aveuglé son neveu et combattu scs lils que des évêques soutenaient, revêtit le sac et le silice, et fut à plusieurs fois dégradé et rétabli, que prouvèrent ses pénitences, si ce n’est les succès divers de la guerre ou de l’intrigue, et la coutume de donner couleur de religion aux prétentions de chacun, et sanction divine à tous les effets de la ruse ou de la violence? Et plus lard, lors de la lutte des papes et des empereurs, quel autre sens donner aux pénitences acceptées par ces derniers, que celui de leur abaissement hypocrite, en attendant de meilleurs jours, devant une puissance qui s’attirait la faveur des peuples en leur distribuant les signes de la faveur céleste, et portant la volonté de Dieu à son crédit, dans tout ce qu’il lui convenait d'entreprendre?