DEUXIÈME PA 1171 E DE L’APPENDICE
Celle puissance ne tendait pas à moins qu'à substituer la police ecclésiastique à tout le droit civil ou politique, comme ailleurs les déclarations et révélations des prêtres à toutes les vérités naturelles; et elle y réussit en grande partie. Puisque j’ai commencé à vous parler de l’altération ou perle même du droit chez les nations, il faut que je vous marque expressément des ingérences et usurpations aussi , considérables que le furent le pouvoir de lever des taxes, le pouvoir sur les sépultures et le pouvoir sur les mariages. Les conciles ordonnèrent de fort bonne heure le payement de la dlme à l’Eglise, et le bras séculier ne refusant point son intervention, les contributions volontaires des citoyens pour leurs cultes devinrent un impôt forcé en faveur de la religion de contrainte. On fixa d'autorité également les jours pour travailler, et les jours pour ne rien faire que prier, et ceux où l’on s’exposerait, en ne travaillant pas, à des soupçons pouvant conduire à la prison et à la mort. Les conciles déclarèrent encore que les excommuniés ne devaient point être ensevelis, et depuis lors les pourrissoirs publics qui ont remplacé les ustrines des anciens, ou champs à brûler les morts, sont devenus des lieux tle privilège, desquels le cadavre orthodoxe repousse avec outrage le cadavre hérétique. A l'égard des mariages, vous savez que l’autorité sacerdotale, et nommément celle des papes, qui ont toujours visé à l'assumer tout entière, s’est arrogé le droit de décider seule lesquels sont légitimes ou non, et de disposer ainsi de l'état civil des personnes. Cette prétention s’est élevée jusqu’à disposer des royaumes en excommuniant des rois ou empereurs, et mettant des peuples entiers en interdit, comme solidaires de leurs princes. Je ne vous citerai pas tant d’exemples dont l’histoire est pleine à ce sujet, mais je vous prierai de remarquer que les raisons, bonnes ou mauvaises qu’elles aient été dans l’Eglise, pour permettre ou condamner tels mariages ou tels divorces, ont cédé selon les circonstances à l’intérêt de la domination ecclésiastique; que le même pouvoir qui a forcé Philippe-Auguste àreprendre lugelburge a permis à Henri IV converti de divorcer «avec Marguerite de Valois; qu’enfin on a vu les papes trafiquer des licences qu’ils accordaient, comme quand Alexandre VI a vendu à Louis XII une
UCHltONIE.
permission de divorce, au prix de territoires donnés en France à César Borgia, fds de ce pontife.
Il n’v a point à s’étonner que le spirituel étant devenu ce qui s’appelle un pouvoir, ce qu’il n’était nullement chez les Grecs et chez les Romains, le spirituel ait été pris pour instrument temporel et moyen d’enrichissement de ses dépositaires. De lit est née la simonie. Simonie est échange du spirituel contre le temporel et vente de ce qui ne saurait être vénal. Or comment aurait-il été possible que pareil échange ne s’opérât pas communément et continuellement, alors que le spirituel réclamait pour ses agents des domaines et bénéfices, indispensables, disait-il, à son action, et que, de leur côté, les agents du temporel, qui détenaient ces domaines et les pouvaient donner, avaient besoin des bénédictions et consécrations des autres, pour se mieux imposer aux peuples qu’ils contraignaient eux-mêmes à subir l’autorité soi-disant divine? Il est clair que de tels avantages mutuels ne peuvent manquer de donner lieu à trafic entre gens si portés au commerce que le sont partout les hommes. S'ils ne trafiquent pas, il faut qu’ils se battent. Aussi tout l’âge de l’Église catholique entièrement régnante est-il l’âge même de la simonie. A bien entrer en l’esprit des choses, il n’y a donc pas simonie seulement quand Vigile achète le pontificat romain à prix d’argent et adhère à la doctrine alors en faveur à Constantinople; ou quand Bertrand de Golh le reçoit des mains du roi Philippe le Bel, moyennant promesse entre autres de faire procès d’hérésie au cadavre du pape Boniface VIII, son prédécesseur; ou quand le |iape Jean XXII vend tout couramment les offices ecclésiastiques; ou quand les Borgia tirent si beaux profits de la foi des pèlerins de l’an lôOO; ou quand le pape Léon X fait colporter dans les foires et marchés d’Allemagne des indulgences pour tous les crimes. Il y a simonie lorsque des princes ou pontifes disposent comme d’objets matériels des territoires avec les âmes qui les occupent; ainsi, lorsque la comtesse Mathilde lègue ses sujets au pape, ou que Jeanne de Provence vend au pape la ville d’Avignon; car un pouvoir qui se dit spirituel ne devrait point acheter ou recevoir à titre temporel des âmes qui sont spirituelles aussi. Et il y a simonie au premier