‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 46 sur 80 · DEUXIEME PADTIE DÉ L’APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PADTIE DÉ L’APPENDICE

chef dans les transactions, on ne peut les nommer autrement, dans lesquelles un empereur ou un roi est sacré par un évêque en éohange de quelque terre et de la promesse de lui livrer les âmes de ses États et d’exterminer les hérétiques.

Troisièmement, après vous avoir montré la subversion du droit en son idée, je dois vous exposer la conséquence de celte subversion : C'est, la civilité se trouvant perdue dans les États, la prétention naturelle que le nouveau pouvoir, le spirituel, érigé en arbitre unique du juste et de l’injuste, introduit et peu à peu affiche à disposer des mains qui tiennent le sceptre, à faire mouvoir le glaive et placer les couronnes sur des têtes fidèles; en regard de quoi il faut mettre les actes d’oppression exercée par les princes sur les évêques et les papes, et le droit qu’ils réclament d’investir ceux-ci et de les déposer, afin de se défendre euxmêmes et n’être pas entièrement les jouets des prêtres. D’un côté, l’excommunication est l’arme; de l’autre, c’est l’imputation d’hérésie, arme d’essence pareille, mais plus faible, vu le manque d'autorité en ce genre chez ceux qui la manient. Mais ils remédient à celte infériorité parce qu’ils commandent à des soldats, ce qui rend la partie comme égale; en telle sorte que recourant au seul moyen de prendre le dessus en tout, les papes, en qui se concentre la puissance ecclésiastique, affectent d’être, eux aussi, des possesseurs de fiefs et porteurs de glaives. Mais comme ils ne le sont pas primitivement ou de fondation, il est nécessaire qu'ils aient reçu des donations ou qu’ils feignent d’en avoir reçu.

Le premier qui prit le titre de sert) us servorum Dei, afin d’opposer le faste de l’humilité romaine au faste de la grandeur du patriarche byzantin qui s’intitulait évêque oecuménique, fut aussi le premier évêque qui parut obtenir décidément pour le siège romain, au prétendu tombeau de saint Pierre, une espèce de suprématie en Occident. Mais ce siège temporel que les Lombards assiégeaient et que les empereurs d'Orient étaient impuissants à défendre, il n’en avait qu’une jouissance fort précaire, lui qui, loin de s’en attribuer la propriété, se reconnaissait, pour le spirituel même, investi par l’empereur. Quelqu’un des successeurs de ce

318 l'OIl ItOXIE.

pape Grégoire Ier, voulant se créer un titre à ce domaine, au milieu de l’universelle anarchie, fit fabriquer un faux acte de donation de Constantin, le premier empereur clirétien, à l'évéque romain de ce temps, et l’on vit le pape Adrien l"r se prévaloir de cet acte visà-vis de Charlemagne, selon la commune manière de qui veut s'exempter de reconnaissance au besoin, en prétendant un droit sur la chose qu’on lui donne. Le don fut plus réel que le Franc Pépin fit au pape romain, et que son fils confirma, d’un domaine pour l’Église, conquis sur les Lombards. Encore Charlemagne se réserva-t-il une suprématie temporelle. Mais ce fief demeura soumis à l’ordinaire instabilité de tous les autres, et le profit mêlé de chagrins que les papes en tirèrent, dans la suite des vicissitudes de leurs expulsions et de leurs restaurations, ce fut d'être comptés au nombre des petits seigneurs, d'en joindre les prétentions à leurs autres prétentions, et de faire torturer et supplicier eux-mêmes des gens sans être toujours tenus d’emprunter les bourreaux à des princes amis.

Leurs véritables instruments de règne, qu’ils eussent aussi bien manié du fond d’un monastère, ou errants de royaume en royaume, comme ils l’ont été souvent, selon que chaque prince trouvait à se servir d’eux, ce sont les sacres, les interdits, les excommunications, les investitures, les dons même de couronnes à des prétendants leurs créatures. Des pouvoirs que le clergé s’arrogeait en cela, sitôt qu’on lui en ouvrait le chemin, on en voit d'anciens et très-frappants exemples dans le royaume gothique d’Espagne, en lequel d’arien devenu catholique, un concile décide de quel sang un roi de ce pays doit être, et les évêques entrent avec les grands dans les élections royales. Là s’établit le sacre an vu° siècle. Au vin0, en France, Pépin est sacré deux fois, et la seconde par le pape, auquel il donne secours contre le roi lombard. Le pape sacre Charlemagne, et puis Louis le Débonnaire, comme Augustes et empereurs d’Occident; il sacre comme rois des enfants du premier, encore en bas âge. Ensuite les rois capétiens sont sacrés par des évêques ; ils sont oints d'une huile que le Saint-Esprit luimême a fournie lors du baptême de Clovis ; ils jurent de respecter les privilèges ecclésiastiques et d’exterminer de leur terre les

Page 1