DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE
hérétiques dénoncés par l’Église. Henri IV, hérétique relaps et reconverti, est oint comme les autres et jure comme les autres.
Des mises en interdit, l’énumération serait trop longue : il n’est point de pays catholiques sur lesquels n’ait été essayé ce moyeu de forcer les princes à la soumission en soulevant contre eux leurs sujets, qu’on punissait ainsi pour des actes auxquels ces sujets étaient étrangers. Et de môme pour les excommunications et dépositions de rois ou empereurs, à quoi ces derniers répondaient par dépositions de papes et créations d'antipapes. Le plus justement célèbre de ces actes est l’excommunication de l’empereur Henri IV par le pape Grégoire Vil, auquel il avait lui-même donné l’investiture, et la déposition de ce pape par cet empereur qu'un autre pape, nommé tout exprès, sacre dans Home même. Puis tous deux vont mourir : le pape, dans l’exil, haï et repoussé des Humains dont il a livré la ville aux Normands de Guiscard, autre excommunié cl réconcilié; l’empereur, persécuté de son (ils et des évêques, chassé au loin, misérable et sans sépulture. Ce fils, à son tour, reprend la querelle, et met en prison le pape Pascal 11, qui se soumet, le couronne, et puis de nouveau l’excommunie, et de nouveau est chassé. Bientôt après on assiste à la compétition de deux empereurs ayant chacun son pape, de deux papes ayant chacun son empereur. On fait des arrangements dont nul ne peut tenir. Voici maintenant le fameux empereur Barberousse, couronné, excommunié et recouronné par des papes divers. Tantôt ils réussissent à se faire baiser les pieds, tantôt ils n’évitent pas l’exil. Innocent III excommunie de même Othon IV; Grégoire IX excommunie Frédéric II, qui part forcé pour la croisade, revient, est encore excommunié par Innocent IV et se voit susciter deux anti-Césars, amis de l’Église. On offre de tous côtés ses Etats à qui veut prendre en main la cause du sacerdoce : au roi de France par exemple. Il meurt irrécoucilié. La vengeance des prêtres sur sa maison s’assouvit, seize ans après, par la mort d’un enfant, son dernier rejeton, sur l'échafaud.
Les prétentions papales arrivèrent à leur dernier terme en Iîonifacc VIH ; et aussi les humiliations. II n’était point nouveau pour les papes de se nommer vicaires de saint Pierre, lequel apôtre
UCHROME.
était un Dieu sur terre aux yeux des nations, comme l’avait remarqué Grégoire 11. Benoit 111 en prenait déjà le titre au IX' siècle. Au xnr, la revendication du titre divin fut plus directe : ils s’appelèrent vicaires de Jésus-Christ. Boniface VIII fit encore mieux : tirant la conséquence logique de la fonction au pouvoir, il s'intitula vicaire général de l'empire, pour prendre la place d’Albert d’Autriche qu’il ne reconnaissait point ; il traita de même l’Ecosse de fief ecclésiastique; enfin, dans ses huiles contre le roi Philippe le Bel, il revendiqua la suprématie universelle sur les États. D’autres souverains s’étaient inclinés devant les simples chaires épi>copales, t ces trônes de Dieu, disait Charles le Chauve, par lesquels Dieu prononce scs arrêts »; d’autres avaient conduit par la bride la mule papale, s’étaient humiliés en des pénitences publiques; celui-ci commit, par la main d’un ambassadeur, un acte de brutalité sur la personne qui prétendait lui transmettre les ordres mêmes du ciel. Mais ni cette entreprise violente et réussie, ni la sujétion de la papauté qui en fut la suite, ni la vénalité, les vices, les débauches de tant de papes d’Avignon ou de Borne, ni le luttes prolongées des papes et des antipapes n’empêchèrent point le rôle papal de se continuer dans les mêmes prétentions, ou les princes de servir fidèlement le sacerdoce en poursuivant l'extermination des hérétiques. Des papes d’Avignon excommunièrent encore par deux fois un empereur, Louis V, parvinrent à le déposer en dépit de l’antipape qu’il suscita, et lui firent donner par des électeurs vendus un successeur, sous lequel le clergé gouverna l’Allemagne sans aucune sujétion temporelle. Vers la fin du même siècle, qui est le xtv°, la papauté se coupe décidément en deux parts qui durent trois quarts de siècles divisées, et l’on voit Urbain VI, pape italien reconnu par l'empereur et par l’Angleterre, prêcher une croisade contre la France et contre le pape français, Clément VII, reconnu par la France, l’Espagne et Naples. Au siècle suivant, le xv% Podiebrad, roi de Bohême, est anathématisé et déposé par des papes qui le veulent contraindre à violer sa promesse faite aux hussites. Quelque temps après, c’est quelque chose de plus étrange, quoique moins sanglant, que le don fait autrefois de la Prusse par l'Église aux chevaliers Tcu-