‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 48 sur 80 · DEUXIEME PARTIE DE L'APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE DE L'APPENDICE

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Ioniques; c’est le partage de toutes terres à découvrir dans le nouveau monde, entre l’Espagne et le Portugal, seuls appelés et autorisés, dont un méridien terrestre doit séparer les possessions.

A la veille do notre siècle, enfin, nous avons l’excommunication de la reine Élisabeth d’Angleterre par le pape Sixte-Quint, et celle du roi de France Henri IV par ce pape, et de nouveau par son successeur. Au temps où nous sommes parvenus, les papes disposent toujours des mômes armes, et sont prêts à s’en servir partout où l’occasion et l’utilité qui peuvent renaître le permettraient. . 11 suffit qu’ils occupent leur siège, qu’ils n'aient abandonné, qu'on le sache, aucune prétention, et qu’ils espèrent toujours trouver, étant, eux, perpétuels, et les princes changeants, des souverains puissants pour mettre le glaive à leur service. Ils peuvent toujours, en vertu de l'autorité baillée à saint Pierre et à ses successeurs,

« laquelle surpasse toute la puissance des rois et princes terriens, et quand elle en trouve aucuns contrevenant à l'ordonnance de Dieu, les châtier et priver de leurs sièges, quelque grands soientils ; dégainer le glaive de vengeance contre les enfants de colère ; déclarer les princes infidèles, génération bâtarde et détestable des plus illustres familles, hérétiques, relaps, coupables de lèse-majesté divine, et déchus, eux et leurs héritiers, de toutes principautés, domaines, dignités, seigneuries, honneurs et offices. » Ils peuvent sommer les sujets de ces princes de ne leur rendre plus aucune obéissance, à peine d’être enveloppés dans l’anathème. Ils peuvent humilier les vils convertis que fait la politique, en leur imposant les puériles pénitences du rosaire et des litanies, outre la confession et le reste, comme ils firent à Henri IV. Ils peuvent encore décréter à volonté la bâtardise en annulant les mariages, et jusqu'à ceux qu’ils ont eux-mêmes permis, en prétextant les vices de forme qu’ils ont introduits dans les autorisations qu'ils ont données; entretenir dans les États une milice de clercs qu’ils prétendent soustraire à toute obligation temporelle et civile, comme l’a prétendu Paul V, en notre siècle même, quand il a mis Venise en interdit ; avoir dans toutes les cours catholiques des confesseurs et des nonces qui, soit dans le secret, soit ouvertement, donnent dispense aux rois d’observer les traités jurés aux béréti-

u r. h ri o N i e.

ques ; comme si les hérétiques n’étaient pas même îles ennemis, envers lesquels toute foi, tout honneur et toute paix sur terre veulent que les serments obligent. Avec de tels principes de religion et de morale il n’y a nid droit possible et nulle justice entre les nations. Celles d’entre elles qui se sont affranchies par la Réforme restent des États illégitimes, selon les vues des autres, et celles-ci sont incessamment poussées à la croisade contre celles-là par les pontifes romains, aux yeux desquels les plus solennelles paix ne . sont que des trêves, tant qu'ils n’ont pas atteint le but dernier de leur suprématie, comme arbitres uniques du bien et du mal et organes de la volonté de Dieu.

Quatrièmement, afin de se former une juste idée de l’altération des esprits qui vint avec le régime sacerdotal, et des conséquences qu’elle eut, il faut se rappeler les actes de destruction qui signalèrent moins l’époque des édits constanliniens et théodosiens qu'ils ne furent eux-mêmes les signes du dégoût et de la haine dont les peuples s’étaient pris pour la culture antique ; et les signes aussi de la destruction lente, et peut-être plus efficace, qui dés lors ne cessa de s’opérer des restes de cette culture. La ruine des temples et des autres admirables ouvrages des artistes grecs et romains s’accomplit, en Italie, par l’action continuelle des peuples abandonnés à l’ignorance et à l’incurie de la plus basse vie, sans police aucune, encore plus que par les édits des derniers empereurs et le pillage répété des barbares. Dans l’Orient, les incendies de Constantinople et d'Alexandrie et les ravages des musulmans eurent leurs effets continués par le zèle des iconoclastes, une secte longtemps régnante et plusieurs fois renouvelée, dont le fanatisme trouvait bon de se venger sur les images du fanatisme des adorateurs d’images. Quant aux livres, leur perle irréparable est à imputer dans le fond à l’abandon des éludes, au mépris ou à la peur des sciences et à la proscription des oeuvres de l’esprit, avant de devoir l'être à la ruine des grandes bibliothèques. A l’égard de celles-ci, la perte est principalement pour nous. Mais depuis longtemps les anciens n’en faisaient plus qu’un nul ou ridicule usage. Les théologiens d’Alexandrie, qu’ils

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fussent des nouveaux platoniciens ou des gnosliques, de,s manichéens ou des catholiques, n'avaient presque plus rien de commun avec les savants géomètres, astronomes, physiciens, grammairiens et historiens de l'époque des Ptolémées, et ne se servaient du trésor amassé qu'ils avaient dans les mains que pour en tirer de grossières compilations ou pour appuyer de preuves cl arguments misérables les imaginations dans lesquelles ils se plaisaient à tout défigurer et à tout confondre. Ce n'est pas le tout d'avoir des livres, il faut encore s’en vouloir servir avec étude assidue, bon jugement et scrupule. Mais ces hommes nouveaux n’avaient recours aux anciens que pour la forme. Ils en condamnaient les opinions et les méthodes, ce qui ne les empêcha point, tlans la suite des temps, de revenir aux erreurs de religion qu'ils leur avaient le plus aigrement reprochées. La répudiation qu’ils faisaient de toutes doctrines de raison est la seule qu’ils maintinrent constamment, en jetant l’anathème sur les explications et interprétations de leurs propres articles de foi, autant qu'il s’en présenta que le bon sens et droit jugement pouvait avouer. C’est ce que je vais vous montrer en peu de mots.

Ils s’étaient emportés avec la dernière violence contre les cultes qui ne prenaient point Dieu même pour objet, mais qui s'attachaient à des créatures ou à des représentations inanimées; mais dès le siècle tv° et en môme temps que les temples tombaient, ils commencèrent un culte des reliques des martyrs de la foi : la superstition promena dans l'empire des tôles de malfaiteurs suppliciés qu’on disait être de saints. Dans la première année du v°, on vit une procession solennelle, avec un grand concours de peuple, depuis la Palestine jusqu'il Constantinople, porter pieusement l'impossible relique du prêtre Samuel. Peu après un songe révéla le lieu, ou la fraude l’assigna, auquel se trouvèrent les reliques de Gainalicl, d'Klienne, premier martyr, et de maître Nicodème. L'idée se répandit vers ce temps que les saints ne partageaient point l’éternel repos des Ames communes après la mort, mais vivaient, et pouvaient intercéder pour lès pécheurs; eu sorte qu’il s’introduisit un nouveau genre de pluralité divine, et des prières à l’adresse de ces façons de dieux. Les apothéoses dc-

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l’ Cil HOME.

vaient nalurellcment suivre, et en effet les reliques île l’évêque Clirysostome, mort dans l'exil, ayant été transportées à Constanlinople, l’empereur Théodose II dut marcher à leur rencontre et se prosterner, implorant le pardon du saint pour sa mère Eudoxie et son père Arcade qui l'avaient cruellement persécuté. Ce culte des morts n’est pas bien éloigné d’un culte des vivants. Aussi, bien des évêques n’étaient pas loin d’èlre adorés : leurs bénédictions ou malédictions passaient pour des déterminants de la volonté du Sauveur dont ils avaient l’oreille. Vivants, les saints faisaient des miracles; morts, ils en faisaient encore; il s’en opérait à leurs tombeaux; ceux de Pierre et Paul à Rome, celui de Martin à Tours, puis de Jacques à Compostclle, et tant d’autres, furent tout semblables à ces lieux des légendes divines et des oracles, à ces sièges consacrés des superstitions des nations, à raison desquels on avait versé l’outrage sur l'antiquité tout entière. Kl comme il convenait de fixer par l'autorité les objets de la piété populaire, et en outre de l'alimenter, on établit des règles et une procédure pour créer des saints positifs, indubitables habitants du ciel, agents et conseillers de la Providence pour la répartition des grâces entre les mortels. Les papes s’assurèrent le droit exclusif de conférer aux morts ces bénéfices célestes. Ce fut vers le temps où ils se préparaient à revendiquer un autre droit qui leur donna plus de peine : celui de disposer des sièges des princes sur la terre.

Le culte des images et des reliques, interrompu violemment par les succès des iconoclastes en divers lieux, alla gagnant et s’étendant partout, depuis l’invention de la vraie croix par la mère de Constantin, et le don que fit l’impératrice Alhénaïs des chaînes de saint Pierre et du portrait de la prétendue vierge Marie aux Byzantins, jusqu’au moment où le pape Grégoire, dit le grand, établit un colportage dans tout l’Occident des parcelles de la chaîne de saint Paul, alliées à de petites croix d'or, et jusqu’à celui, six ou sept siècles après, où le roi de France éleva un temple à la prétendue sainte épine, et où le monde fut couvert de sanctuaires dans lesquels toutes sortes de vilenies précieusement enchâssées ont servi à guérir des malades, à implorer des saints son propre

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