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bien el le inal d'autrui, et «à donner aux serments qu’on prêtait la consécration la plus propre à tromper ceux qui les demandaient. Toutefois, de tous ces cultes il y en a un qui a obtenu la prééminence, et celui-là s’est attaché à quelque chose de plus encore qu’à des reliques, à savoir à la mère vivante des grâces et faveurs, à la vierge imaginaire qui enfanta Dieu, et qui, ayant été déclarée par le pape Sixte IV exempte en sa naissance de la souillure et état cômmun de péché des fils d’Adam, est passée au vrai rang de déesse; ou l’on ne sait plus ce que déesse veut dire.
Joignez maintenant à cela les fables courantes de la vie et des oeuvres des saints, les ridicules imaginations telles que celle des sept dormeurs d’Ephèse, qu’on a inscrits au calendrier, les superstitions odieuses de ceux qui imputent à la présence des païens ou hérétiques les fléaux naturels et l’inclémence des saisons, comme l’ont osé des empereurs el comme ou l’apprend aux peuples, et enfin l'habitude contractée par les puissants de s’attirer la complicité du ciel pour leurs crimes, ainsi que faisait le roi Lonis XI, ainsi qu’a fait le roi Henri III, quand il a commandé à son chapelain une messe pour la réussite de l’assassinat des Guises, et vous commencerez à prendre une juste idée du ferment de scélératesse introduit aux croyances de religion chez les peuples nourris dans l'Eglise papale. Souvenez-vous aussi des thèses des théologiens qui justifient le poignard et le poison pour le service de la cause déclarée bonne, U de la solennelle célébration ordonnée par le pape Grégoire XIII de la journée de la Saint-Barthélemy, et de l’approbation donnée aux assassins Balthasar Gérard, Jacques Clément et autres, qui jeûnèrent et prièrent pour se préparer aux horribles entreprises qu’on leur avait enseigné à regarder comme le chemin assuré des couronnes célestes.
Je vous ai dit que toutes les explications qu’un droit jugement pouvait permettre des articles de la foi chrétienne, l’autorité dans l’Eglise les avait invariablement réprouvées, s’acharnant à en persécuter les auteurs. C’est de quoi un bref sommaire va vous éclaircir.
Un point, le premier de tous pour l'agencement de la théologie avec la morale, est le pouvoir de Dieu de nous rendre bons ou
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méchants pour nous sauver ou pour nous perdre, joint au pouvoir qu’a l'homme do faire le bien ou le mal eu dirigeant son arbitre et volonté propre. Sitôt qu’on eut commencé dans l’Église à réfléchir à la contrariété de Dieu qui fait tout et de l’homme qui fait quelque chose, il y en eut, qu’on appela, du nom de leur auteur Pélage, les pélagiens, qui se mirent à penser que le pouvoir de l'homme était réel, encore que le péché infectât toute la race humaine. Ceqx-là tinrent en conséquence que le pouvoir de Dieu devait recevoir quelque atténuation, et également sa connaissance des futurs. Mais l’autorité du clergé décida qu’elles n’en recevaient aucune, et que, cela nonobstant, Dieu n’était point l'auteur du mal. De celle manière on obligea l'esprit du pécheur à ne se croire libre qu’en acceptant de se contredire. La controverse ne pouvait finir, elle dure depuis douze cents ans. La vraie essence de la commune foi, autant qu’on y peut pénétrer, c’est l'esclavage éternel des âmes, les unes dans la damnation et les autres dans le salut; et l’utiique ressource que la métaphysique ait trouvé de nous feindre néanmoins les auteurs de nos actes, est d’imaginer que nous sommes tels en une fois, en l’éternité, celte apparente succession n’étant rien au fond, laquelle Dieu renferme en un présent indivisible.
Les théologiens nommés ariens voulant expliquer l’incarnation d'une personne divine, ou verbe de Dieu, sans que Dieu même s’incarne en ses trois personnes, ont trouvé naturel de penser que cette personne du Fils est faite par Dieu au commencement. Mais l’autorité a décidé de forcer les nations à croire que le Fils et le Père sont une même éternelle essence; en sorte que la séparation des personnes dont l’une s’incarne et l’autre non, et qui ne sont point deux Dieux mais un Dieu, est restée un scandale pour la logique. Il a été convenu d’appeler cela un mystère; il ne dépend pourtant pas d’un pur nom de changer la nature d’un concept contradictoire, auquel rien n’oblige à se porter.
Ncslorius et scs adhérents, désireux de comprendre l'incarnation par rapport â l’homme, ont jugé que de même qu’en l’homme Jésus il y a deux natures, à savoir celle d’un homme cl celle d’un Dieu, comme on le croyait, il doit y avoir deux personnes, à sa-
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voir la personne d'un homme et la personne d’un Dieu. Mais les théologiens vainqueurs dans les conciles et qui ont fait l'autorité ont arrêté qu'il y aurait en Christ une seule personne, et que le Verbe avait dû s’unir ce qu’on appelle hypostatiquement avec la nature humaine. Comment pareille identification des personnes peut-elle permettre à l’homme personnel d’avoir en Christ son jeu et sa fonction? Autre mystère gratuit, semblable au précédent. Les nestoriens furent persécutés et finalement exterminés comme les ariens et comme les pélagiens. Pour plus sûrement imposer au monde ce qu’on décréta de substituer aux opinions de ces sectes et à la théologie des platoniciens, on fit bien de fermer ce qui restait des grandes écoles de logique de l’antiquité. L’empereur Justinien en eut la charge. On fut amené plus tard à interdire la connaissance même des origines et des fondements de la foi, c’est-àdire la lecture des saintes Écritures, et non plus seulement les éludes philosophiques, parce qu’on apprenait de l’expérience à se défier de l'application de la logique naturelle de l’esprit aux textes sur lesquels on prétendait appuyer l'enseignement convenu.
Au reste, les mêmes opinions ou interprétations naturelles se reproduisaient de temps à autre et s’attiraient des anathèmes renouvelés. Abailard en proposant de voir dans la Trinité divine un assemblage des attributs de la Divinité réellement indivisible, revenait, dans le xh" siècle, à l’explication fort simple que Sabellius avait rencontrée, au 111°, et on ne manquait pas de l’accuser aussi d’être un arien, un neslorien et un pélagien, et de le condamner en conséquence. A mesure aussi qu’une superstition nouvelle s’ajoutait aux anciennes, dans le faisceau des dogmes, il ne manquait pas de s’offrir un interprète qui tâchait de la conformer au bon sens. C’est ainsi que Bérenger de Tours ou ses disciples tentaient d'expliquer l'eucharistie, soit en niant le sens matériel qu’on résolvait alors de donner à la présence du Christ dans le sacrement, soit au moins en évitant de croire au changement miraculeux des substances du pain et du vin. Enfin, après que les prétentions des papes au gouvernement de la terre se furent montrées entièrement à découvert, le prêtre Arnauld de Brcsce essaya d’un retour à la vraie antiquité ecclésiastique et pure doctrine, en soutenant
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que le clergé ne doit point amasser des biens et que la religion est étrangère au régime civil. Joignant l'acte à la parole, il renouvela le souvenir de la république romaine à Rome en expulsant le pape. Mais victime d’une réconciliation passagère du pape et de l’empereur, il fut livré par ce dernier et monta sur le bûcher dans la ville même qu’il avait tenté d'affranchir.
La protestation continuée fermement, et sans rupture de tradition, contre le mal triomphant de l’Kglise tant orientale que romaine, fut celle de^ pauliriens, précurseurs des réformés de notre âge. Il s se distinguaient des autres chrétiens par la simplicité du culte, l’exclusion du sacerdoce et la libre interprétation de l’Kcriture. Us n'adoraient ni la Vierge, ni les saints, ni les images. Ils s'attiraient la haine du peuple et du clergé tant par là que par la pureté de leurs moeurs qui étaient un affront à la religion des autres, et par une doctrine fort éloignée de la commune eu ce qu’ils aimaient mieux chercher dans l’origine et la conduite du monde un propre principe du mal, que défaire un Dieu tout bon l’auteur de toutes choses comme elles sont et comme elles vont. Peut-être estimerez-vous qu’une telle manière de penser, si elle n’est point vraie, a pourtant, si vous la comparez aux misérables arguties des inventeurs de la prédestination, et de ceux qui trouvent excellent et irréprochable un régime de la divine Providence où nous serions presque tous et d’avance décrétés pour l’éternelle damnation, le mérite de se pouvoir compter au nombre des opinions de bon sens dont je vous ai parlé. Aussi celte doctrine du double principe a-t-elle plus qu’aucune autre excité la fureur sanglante des prêtres, auxquels elle retirait le privilège inliniment avantageux de vendre les dispenses des effets de la colère de Dieu.
Les pauliciens, qui s’étaient d’abord réunis dans quelques provinces de l’Asie Mineure, furent en bulle aux atroces persécutions de l’empereur Justinien et de ses successeurs, même de ceux qui tenaient pour les iconoclastes. Toutefois, un de ees derniers, un Constantin dont la mémoire a été salie de contes ridicules et du nom de Copronyme, et qui pensait à peu près comme les pauliciens, installa une de leurs colonies dans la Thrace, et ils y devinrent un moment maîtres du pays. Au siècle suivant, le )x% une impé-