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DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE. 3il

îles colons qui héréditairement y demeuraient, et de ceux qui errants par la misère des temps, et affamés, venaient s'offrir en service aux puissants à n’importe quelles conditions, bientôt tournées à celle d’entière servitude; quatrièmement, que n'v ayant nulle, garantie publique pour les serfs, ils étaient aussi bien esclaves domestiques de leurs seigneurs, à toute réquisition de ces derniers, qu’ils étaient artisans pour fabrique d’armes et autres ustensiles à leur usage, ou b:\lisse d’églises et forteresses, ou labour de terre, qui est sans contredit le cas le plus commun; cinquièmement, enfin, qu’il n'est point vrai que la vente non plus que l’usage des serfs domestiques ait jamais entièrement cessé en temps chrétiens, les causes qui diminuaient l’importance et extension de. ce commerce n’étanl point de telle nature qu’elles le fissent du tout interdire; et, dans le fait, vous savez bien que quand des causes nouvelles sont survenues dans le monde, desquelles une passion et intérêt puissant est né, en même temps qu’une possibilité de rétablir les grands marchés d’esclaves, nul sentiment chrétien ni défense de l’Église ne sont venus y faire obstacle.

Les seigneurs ont toujours eu tant de serfs domestiques qu’ils ont voulu pour leurs besoins personnels; et qui eut pu les empêcher de leur donner tels ordres ou assigner tels emplois qu’il leur convenait, ou de les mener à se repentir de toute négligence à s’y soumettre? Ils ont échangé entre eux ou vendu leurs serfs quand ils y ont trouvé de l’avantage, ce que seulement la disposition des choses alors ne pouvait rendre fréquent. Ils se sont arrogés sur eux des privilèges entraînant d’aussi horribles abus de seigneurie que les anciens en aient pu connailre. Après même que l’établissement des juridictions civiles ressortissant à des pouvoirs protecteurs, et l'émancipation partiale des communes, d’une autre part, ont apporté aux opprimés des garanties dont les bonnes paroles du clergé en leur faveur ne tenaient point lieu, il est resté des propres serfs domestiques en divers pays, tels que l'Italie, l’Espagne et le Portugal. Un commerce de serfs a continué de se faire avec les contrées du Levant, des hommes libres ont été de tout temps enlevés et vendus, même par leurs compatriotes, là où le voisinage, de la mer en favorisait le négoce. D’autres, pris

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aux Levantins ou de leurs mains, ont été introduits dans nos ports et arsenaux, et le roi de France en a dans ses galères. Mais ce sont là des traits épars qui servent seulement à montrer que le régime catholique romain, qui a gâté les coutumes du monde en tant de choses, ne les a point améliorées en celle-là autant qu’on voudrait bien le croire. Malheureusement il y a pis, et nous voyons aujourd’hui le (léau de la servitude s’étaler en d’aussi vastes proportions, et embrasser par le commerce des régions de plus d’étendue, en (erres et en mers, qu’il ne fit lors des grandes conquêtes de l’antiquité. Au siècle xv% et cinq siècles après qu’il semblait (pie l'esclavage de la glèbe était le seul qu’on pût dire être d’instilulion universelle, et coutume entièrement commune, les Portugais ont été conduits par les enlèvements d’hommes blancs, qu’ils pratiquaient sur les eûtes africaines, à faire procéder dans les pays des noirs à des enlèvements de naturels qui n’ont plus cessé, et puis à établir un grand trafic de ces derniers. Les autres nations de l’Europe ont suivi leur exemple. Isabelle la Catholique et le roi très-chrétien Louis le treizième ont donné leur consentement à ce commerce et à l’aménagement des sources qui l'alimentent, sous l’hypocrite prétexte, plus odieux que le franc aveu du crime, de sauver de l’idolâtrie les Ames de ces misérables en enchaînant leurs corps. Il a servi à repeupler ces royaumes des Indes dont les Espagnols ont mis sur leurs fins les premiers et faibles habitants, en les soumettant aux plus durs traitements des esclaves. Nous voyons ainsi, d’une part, s’etre institués de nouveaux États dans le monde dont la servitude est le pur principe et l’unique ressort; le peuple ouvrier desquels se vend, s’achète et entretient en conditions plus brutales que jamais n’en a relaté l’histoire; et, d’une autre part, s’être fondé un négoce qui non-seulement demande la marchandise humaine à la guerre, mais aux plus injustes entreprises de guerre qu’il soit possible de concevoir, et dirigées contre des nations inoffensives, pour ce seul objet d’en tirer des esclaves. Nos vieux Étals à leur tour sont menacés par cette lèpre, car les agents de la traite des noirs, se voyant encouragés en leur œuvre par les primes que des souverains leur accordent en considération de leurs colonies, la doivent estimer

DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE, licite, et sont en instance auprès des polices des royaumes pour obtenir licence d’ouvrir marchés d’esclaves partout où se trouveraient acheteurs : à quoi il n’y a guère de doute qu’ils ne parviennent en l’état présent des choses (1). Certes, pour arrêter, principalement en son origine, un mal si horrible, l’autorité catholique romaine aurait obtenu plus d’eflïcacité de ses moyens ordinaires d’action qu’elle ne leur en a trouvé pour sa tentative d’usurper le règne entier des lois. C'est donc qu’elle ne l’a point voulu.

Mais pourquoi nous étonnerions-nous de ce qu'elle ne l'a point voulu ? Pensons bien à toute la distance qu'il y a, et à la diiïércncc de nature, pour ainsi parler, entre la doctrine de l’égalité devant Dieu, que prêche l'Église, et la doctrine de l’égalité naturelle selon la justice et la raison, qui appartient à l’ancienne philosophie. Ceux qui considèrent qu’il y a des droits naturels des gens, non comme l’a fait notre Grotius, pour les sacrifier en presque toute occasion à la coutume et justifier l’esclavage une fois institué, mais pour penser, au contraire, que ce qui est éternellement juste et bon est fait pour être recherché par les hommes, ou rétabli quand il a été perdu, à l’aide de tous justes moyens capables d’y conduire, ceux-là doivent demander au législateur de restituer la nature humaine en son intégrité par l’œuvre de la politique, en tant que les voies à ce faire lui sont ouvertes ; et telle aurait été, s’ils avaient conservé la suprême direction des affaires humaines, la volonté de. plus en plus efficace de ces anciens stoïciens dont les principes touchant la raison et la nature étaient bien connus, et auxquels les esclaves de l’empire romain ont dû l'extension continuelle des garanties que leur assuraient les lois. Mais ceux dont l’essentielle doctrine porte la soumission de l’homme tombé et humilié aux puissances de bon plaisir (sauve seulement l’espérance de la religion au ciel, pour rétablissement de justice et saine nature de l’homme) ne peuvent point se proposer la poursuite de l’équité sur cette terre, en tant que régime à déclarer par raison et fonder par lois volontaires. Ils doivent donc enseigner à chacun la convenance de se tenir fidèlement en la place et condi-

(I) Voir Wallon, /Je l'esclavage dans les colonies, p. i.xxxv.

(AT oie île C éditeur.)

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lion que la Providence lui a, disent-ils, assignée ; puis les engager tous, à renfort de conseils, exhortations et comminations célestes, à s’acquitter honnêtement de leurs charges : les riches en leurs richesses, les maîtres en leurs seigneuries, les pauvres en leur dénûment et les esclaves eu leur servitude. Leurs injonctions soutenues du bras séculier sont celles-là qui rangent les inférieurs à l'autorité des supérieurs, nommément ecclésiastiques, et les éloignent de toute hérésie et libre jugement. Les autres sont matière de sermon; et cette morale parénélique a naturellement l'clTel sur les Ames qu’elle peut avoir et qu’on lui connaît : à savoir nul, ou de bien peu s’en faut. Toutes les corruptions de la matière civile et des Étals et gouvernements temporels trouvent chemins ouverts. L’histoire de l’esclavage restitué vous en donne la preuve sans réplique.

Sixièmement, vous devez ajouter .à ce que je vous ai représenté du régime des lois et des mœurs, ce fait considérable, déjà indiqué, mais sur lequel on ne saurait insister trop, qui est un caractère de tous ces temps, et qui les oppose fortement à celui des fondations, rivalités et guerres des antiques cités : ce fait, que le sang versé dans les cntre-choquements des princes, et pour la constitution ou destruction des nations, l’a été principalement sur motifs de religion, soit vraies causes, soit prétextes de haine et d’extermination ; que les actes d’oppression de peuples, la servitude, les tributs ont pris volontiers le même fondement; et qu'à l'intérieur de chaque peuple établi, car une telle cause d’aigres divisions ne se gouverne point aisément, dans quelques limites que ce soit, chaque secte a travaillé à exterminer les sectes rivales, selon qu’elle disposait de la puissance publique. De la sorte, il s'est fait que les anciennes unités de nations et de lois ont fait place à des unités de religion, mais seulement prétendues. La chrétienté, qu’on disait être venue faire des hommes un seul corps en Christ, abaissant pour cela les barrières des nations, a empêché les nations mêmes de fairu chacune un corps uni, et leur a apporté, moyennant le ferment de l’intolérance, un levain très-actif de guerres intestines aussi bien qu'étrangères.

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