‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 53 sur 80 · DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE

Nous pouvons, pour trouver des exemples des premières, remonter jusqu'à ce moment où ceux qui n’avaient d abord demandé que la liberté de leur foi sous les lois de la république, à savoir en ce temps de Césars, s’élant faits eux-mémes Césars, on vit bien que la liberté qu’ils avaient réclamée n’était que celle d’attenter à la liberté des autres. Or, depuis les édits de Constantin, de Valens, de Théodose et de Justinien contre les adorateurs des dieux anriens et les philosophes; depuis les persécutions mutuelles des catholiques et des ariens, les expéditions de guerre qui se font contre cfs derniers là où ils occupent des provinces, la destruction des Samaritains, les supplices cruels ordonnés des donatistes, priscillianistes et autres hérétiques; les émeutes, massacres et proscriptions de ces donatistes en Afrique ; les excommunications et bannissements des catholiques par les eutychiens et des eulychiens par les catholiques; et les conciles qu’on appelle des brigandages, et les armées et batailles de moines, et les assassinats et les incendies dont les évêques donnent au peuple le signal ; depuis lors jusques aux bûchers ou meurtres des protestants, et aux guerres des catholiques et protestants en Allemagne, France et Pays-Bas, douze siècles plus tanj, et aux horreurs qui les ont signalées encore de notre temps, et aux querelles sanglantes que nous avons vues nous-mêmes ici des arminiens et des gomaristes, vous pouvez dire que la guerre civile a été, dans tous les Etats soi-disant chrétiens, sans autres interruptions que celles que causaient çà et là l'étouffement obtenu plus entier des pensées libres et naturelles des hommes et la terreur imprimée dans les esprits par la secte dominante. Et les guerres entre nations sont nées continuellement des mêmes motifs, qui envenimaient les passions communes de la guerre ou imposaient silence aux intérêts de la paix.

Ces horreurs n’embrassent pas moins en l’espace qu’en la durée. Parlant des confins des royaumes de l’Orient pour venir à nous, vous voyez les proscriptions de chrétiens chez les Perses, ou dans les lieux de leurs conquêtes, répondre à l’extermination qui se poursuit chez les chrétiens de toute doctrine ayant quelque rapport aux opinions des Perses. De là vient une cause ordinaire des guerres entre les rois de Perse et les empereurs de Constantinople.

En Afrique, les Vandales, qui sont des ariens, rendent aux catholiques les atroces persécutions que celte secte en a reçues, transportent des peuples entiers dans les déserts; à d'autres, administrent de force le baptême arien, et infligent à tout relaps le dernier supplice. Les musulmans couvrent à leur tour une grande partie du vaste champdes dissensions de religion. Toutefois, plus humains que les autres sectaires, s’ils n’admettent à l’égalité avec eux que les fidèles, ils n’imposent à ceux-ci rien qu’une brève formule d’adoration de Dieu seul; et aux infidèles, ils laissent l’existence civile, et leurs foi et coutumes, hormis à ceux qui n'ont point de « loi écrite », lesquels comme idolâtres ils s’accordent avec les chrétiens à juger dignes de mort. Ils ne soumettent donc l’infidèle, juif ou chrétien, qu’au tribut et à une sorte de servitude, aggravée seulement par le profond mépris dont ils l’accablent, et par les avanies que le maître a toujours la farce et l’occasion de faire subira l’esclave. Ils établissent ce régime en une partie du monde; leurs luttes incessantes avec l’autre sont un bien grand et bien long chapitre de l’histoire. C’est à titre d'infidèles, beaucoup plus que d’envahisseurs, que sont dirigées contre eux les croisades et ces guerres moresques, en Espagne, qui se terminent par la cruelle extermination des plus policées de leurs nations, et par une persécution surpassant de bien loin tout ce que les chrétiens eurent jamais à souffrir. Et quand toute la querelle des croisades prend fin en un succès définitif des musulmans, maîtres de la Syrie et de l'Asie Mineure, entrés vainqueurs à Constantinople, vous remarquerez que c’est encore pour cause de religion et de secte que les Latins refusent d’aider les Grecs à défendre le boulevard commun contre l’infidèle ; car ils mettent à leurs secours cette condition que le schisme des deux Eglises se termine au profit du pape de Home, et ils laissent ainsi périr ceux qu’ils ne peuvent soumettre et ranger à l’obéissance où ils sont eux-mêmes.

Revenons aux premiers royaumes des conquérants barbares. C'est encore la religion qui les divise et s'ajoute aux autres causes de leurs collisions, chaque roi qu’ont instruit les évêques estimant juste et méritoire de servir Dieu par la force de son bras, en courbant son ennemi sous le bon baptême, qui est le sien. Les Francs,

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