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DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE. 3M

vraient, quoi qu’il en coulât. Lui, comme ils résistaient, en une première expédition, porte l’incendie et la ruine dans leur pays; en une seconde, en une troisième, en baptise des tribus entières; en une quatrième, distribue leurs terres aux évêques et aux moines qui furent capables dès lors de donner du poids à l'enseignement de l’Évangile, et sont les prédécesseurs de tant de prêlres souverains de l’Allemagne. En une dernière expédition, Charlemagne fait de nouveau des prisonniers par milliers que cette fois il massacre, le baptême n’ayant point tenu, et se résout enfin à transporter dix mille familles saxonnes au fond des Gaules, lesquelles il remplace en Saxe par des Francs fidèles. C'est le prix dont fut payé le baptême de Witikind et la conversion des Germains à la loi d’amour.

Il semblerait donc qu’aux temps catholiques, la religion dût être un fruit de la violence ! Rappelons-nous encore les travaux étrangement apostoliques de ces missionnaires qui, sous le nom de chevaliers Teutoniques, évangélisèrent la Prusse et la Lithuanie; et les exploits des ordres militaires des croisades, et puis les croisades mêmes contre les hérétiques, et, plus près de nous, les massacres dont la charge est confiée à des armées, sous le prétexte du bien de la religion, dans la Bohème, dans la Valtelinc, dans le pays des Vaudois. F.t afin que nous comprenions que ce ne sont pas là les effets seulement des entreprises ordinaires des princes les uns contre les autres, mais bien de la persuasion où sont aussi les particuliers que la paix sociale exige la communauté de religion (ce qui revient à dire qu’on demandera cette communauté à la guerre), considérons la part que prennent les peuples, depuis les grands seigneurs jusques aux plus petites gens, à ces passions de fanatisme qui les poussent les uns contre les autres et contre leurs propres patriotes. Les guerres de religion de France et des Pays-Bas nous en sont le dernier exemple, et achèvent de nous montrer une vérité aussi longue que l’histoire, depuis la décadence du premier empire de Rome : à savoir que l’établissement du catholicisme romain a été l’œuvre de la force. Aussi notre affranchissement est-il une œuvre pareille en tous lieux où il peut se tenter, laquelle malheureusement garde un

IV, H ROSIE

fort levain des munies passions dont les réformés ne triomphent qu’en les partageant. Il est même vrai de dire que les princes se sont servis de la passion de l’intolérance chez leurs sujets plus souvent qu’ils n’en ont eux-mémes senti les atteintes. On n’expliquerait point autrement l'alliance du roi François 1er avec le Turc infidèle, durant qu’il faisait monter au hûcher les meilleurs chrétiens qui fussent en son royaume; ou la politique de son (ils Henri 11, allié des protestants d’Allemagne, et qui menait les daines de sa cour au spectacle des estrapades; ou l’accord d'Henri III avec Henri de Navarre contre la sainte Ligue; ou enfin les guerres de Richelieu, ministre d’un roi dévot, et cardinal de l'Église romaine, hardi défenseur du protestantisme à l’étranger, et destructeur en son pays des garanties que les protestants y avaient conquises contre les persécutions de l’autorité et du peuple. Ainsi ces mômes souverains qui prouvaient leur liberté et ouverture d’esprit dans les affaires des autres, autant du moins qu’ils pensaient y voir leur intérêt, étaient bien loin d’entendre à diminuer les semences ou à s’opposer aux fruits du fanatisme en leurs propres Ktats. Ils l'auraient pu, rien qu’en employant la puissance publique à conserver la liberté à quelques-uns qui, ne pensant point comme le vulgaire, étaient |iortés d'un grand zèle à enseigner la vérité et la charité à tous; ils ne le voulaient point, à cause qu’ils estimaient que leur franc et absolu pouvoir serait mieux secondé par rabaissement commun des esprits et caractères, sous |e poids d’une règle et coutume unique de foi populaire, à laquelle nul n’eût jamais droit d’objecter. Cette remarque me conduit à la dernière considération que j’ai désiré vous soumettre.

Septièmement donc, vous observerez que la religion ayant été, dès les commencements du système catholique, une telle puissance non pour unir les hommes, ainsi qu’on l’aurait voulu croire, mais pour les diviser, et détruire les États, les souverains ont pris le parti de travailler par tous les moyens à leur portée, justes ou injustes, à établir l’unité de religion parmi leurs sujets, et exterminer quiconque osait croire au delà ou à côté, aussi bien que contre la croyance autorisée en chaque chose. Les uns pou-

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