DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE
voient recevoir leurs domaines des moins des évêques, et servir fidèlement une foi jurée, en chassant d’autres évêques et combattant d’autres princes; les autres pouvaient résister à telles injonctions îles prêtres, à telles ingérences des moines, et même dégrader et emprisonner des papes : ils ne laissaient pas de se réclamer tous de la vraie religion et décret même du ciel, et de contraindre chacun à les imiter en ce qu’il leur plaisait à eux d'affirmer ou nier de la substance de ce décret. Ils ne pouvaient toutefois d'ordinaire éviter de retomber d’une autorité dans une autre, également de nature ecclésiastique, n’étant point réputés aptes à fournir d’eux-mêmes aucunes décisions ou interprétations de conscience, ni seulement à marquer les limites du spirituel et du temporel, puisque c’est acte spirituel de les définir. C’est donc par le seule intérêt, si vous allez au fond, qu’ils réduisaient les prêtres à se renfermer envers eux dans certaines bornes ; et le prix dont ils payaient la condescendance de ceux-ci, c'était de livrer les peuples à leur direction et commandement pour tout le surplus, en quoi ils mettaient alors volontiers le sceptre à leur service. De celte alliance, troublée, non rompue, par la persévérante ambition d’une Église qui, de ce qu’on la reconnaissait unique autorité dans l’esprit, prétendait très-justement devoir cire encore l'unique pour la conduite du corps et de la vie, de cette alliance toujours subsistante avec des compromis divers, sont nés les deux plus grands fléaux qui ont désolé toutes les terres de la chrétienté, par l'appréhension que les princes ont eue de voir leurs sujets se courber moins docilement sous eux si une fois ils échappaient au joug d’un sacerdoce, leur allié, encore qu’incommode, pour s’adonner à des croyances qui, embrassées plus librement, rendent toujours l'âme plus fière. (les deux pestes sont l’inquisition exercée sur la foi, et les épurations de religion pratiquées de vive force au sein des peuples.
L'inquisition catholique n’est pas seulement celle dont vous pourriez confondre l'institution avec le tribunal effroyable eu lequel s’est engendré, après douze cents ans d’incubation, son plus parfait exemplaire; mais c’est l’esprit catholique lui-même, tel qu’il s’est montré dès le commencement dans l’histoire de Saphire et
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Ananie retranchés de l’Église par mort violente, et pour avoir essayé de mentir « non aux hommes, mais à Dieu »; puis dans les haines qui poursuivirent l’apôtre Paul et tentèrent de l’exclure' comme hérétique; et dans les accusations mutuelles des gnostiques, et dans ce flot d’outrages et d'anathèmes dont les Pères de l’Église non-seulement accablèrent leurs adversaires, mais se couvrirent les uns les autres. A mesure que les dogmes étaient libellés en formules de métaphysique pour ainsi dire juridique et prétorienne en quelque concile, chaque évêque et chaque moine exerçait de son chef une inquisition sur les écrits ou les paroles de chacun autre, tâchait à le prendre en faute, afin d’obtenir contre lui une condamnation que ce dernier travaillait ensuite à tourner contre ses accusateurs, à l’aide d’autorités alléguées, de raisonnements et d’intrigues; jusqu’à ce que le tout vint aboutir, pour ceux-ci ou pour ceux-là, au triomphe, à l'exil ou à la soumission hypocrite. Tel est le propre fond de l’esprit de l’inquisition : il repose sur la pensée que l'erreur obstinée, à savoir résistance à l’autorité en matière de foi, est le fait d’un ennemi de Dieu, et que l’ennemi de Dieu doit être recherché, mis hors d’état de répandre sa pestilence et puni. Vous n’avez plus qu’à ajouter ce qui vient avec le temps : je veux dire l’extension de la recherche à tous les sujets d’une république, et non pas aux seuls prêtres ou docteurs, les moyens de contrainte accordés aux inquisiteurs pour obtenir révélations des secrètes pensées, l’encouragement donné aux délateurs, les ruses de la procédure, l’horrible emploi des tourments et la cruauté des supplices.
Lorsque Trajan et d’autres empereurs de ceux qu’on nomme païens furent consultés sur la politique à suivre envers les chrétiens, qui étaient alors ennemis des autres religions et de la liberté de ceux qui les professaient, et, en cela, méritaient d’èlre réprimés, ils ordonnèrent qu’on n’en fil point de subtiles recherches, mais que, s’ils étaient dénoncés par leurs actes ou autrement, on ne les poursuivît qu’au cas où ils refuseraient leur soumission extérieure aux lois ou usages des autres religions répandues dans l’empire, desquels usages d'ailleurs, non plus que l'auteur A'Uchronie, je n’entends point prendre la défense. Mais