DEUXIÈME PARTIE DE L'APPENDICE
l’empereur chrétien Justinien, informé de l’existence des païens •pii se cachaient encore dans les rangs les plus élevés comme les plus bas, au mépris des édits de ses plus zélés prédécesseurs, désigna un évêque de sa cour pour en faire l’inquisition universelle; en suite de quoi soixante et dix mille sacrements de baptême durent être conférés d’autorilé à personnes soumises, et quatre-vingt seize églises bâties et dotées pour recevoir ces bons néophytes. La province de Samarie, qui résista, ce que ne font pas si facilement des hommes isolés, perdit quarante taille habitants, les uns massacrés, les autres vendus comme esclaves, et devint de ce jour un désert. C’est ainsi que les épurations de peuples, dont je vous ai parlé, marchent du môme pas que l'inquisition de la foi : celle-ci étant toujours employée à retrancher la matière peccante des individus, cl celles-là appelées à opérer sur des masses telles que samaritains, pauliciens, Saxons, Maures, albigeois, vaudois et protestants, par guerres, transportations, bannissements ou massacres. Je ne dis rien ici des juifs; vous savez qu’en tous pays chrétiens la persécution contre eux n’a jamais cessé, et qu’il serait presque impossible de dénombrer les faits d'exil, assassinats, confiscations de biens dont ils ont été les victimes, comme aussi de compter le nombre des judaïsants, ou des mauresques suspects d’ôtre relaps, que les tribunaux de l'Inquisition ont fait périr.
Suivons cependant le progrès de cette œuvre abominable assidûment poursuivie pour l’unité de la foi. Au cours d’une première époque, qui se prolonge jusque vers la fin du siècle xn', ce sont les évêques, confirmés au besoin par les conciles, qui connaissent du crime d hérésie. Aux condamnations qu’ils prononcent, les princes attachent des effets temporels, lesquels vont jusqu’à la peine du feu, quand il s’agit des hérétiques du genre très-vaste et très-divers appelé manichéen, que l’on suppose invincible de sa nature. Des exemples sont ceux des pauliciens brûlés devant l'église de Sainte-Sophie à Constantinople, ou des treize de semblable espèce brûlés en la ville d’Orléans devant le roi Robert et la reine Constance, au nombre desquels était le propre confesseur de cette reine, qu’elle eut la bassesse de frapper de sa main
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durant qu’il marchait au supplice. D’aulrcs hérétiques recevaient le fouet, perdaient leurs biens et restaient courbés sous l'infamie, dans l'abandon où tout excommunié était inévitablement voué. Parfois aussi on les exilait, parfois on les renfermait étroitement. Aux judaisants, notamment en Espagne, après qu’on les avait fouettés, on enlevait leurs enfants, suivant décret d’un concile de Tolède. Aux peuples convertis on imposait des prêtres et des juges, ainsi que fit Charlemagne à ceux des Saxons laissés en leur pays. On leur ramenait de force des princes baptisés, s’ils venaient à les chasser, comme les Bohèmes, qui pendant si longtemps et à bien des reprises ont subi la violence du fanatisme étranger jusques à tant qu’ils soient devenus en tout semblables à leurs oppresseurs. Mais ce qui rendait surtout horrible, dans toutes les contrées soumises au contrôle du prêtre, la condition des hommes qu’on pouvait soupçonner, après une abjuration extérieure de leurs anciennes opinions ou coutumes, ou façons particulières de voir, n’êlre point attachés fidèlement du fond du cœur aux doctrines de ceux qui faisaient ainsi violence à leurs consciences, c’est que les dénonciations et persécutions étaient imputées à mérite aux particuliers, et que même l’Église comptait à ceux-ci, au vu de tels titres de foi, des avances sur leur salut éternel. De même que des indulgences apostoliques, et jusques à l’entière rémission des péchés avaient été promises par les papes aux chrétiens engagés dans la « guerre sainte », lesquels commirent, après avoir ainsi « pris la croix » pour enseigne de viols et d’assassinats, des crimes plus aboitiinablcs que ceux qui sont la commune étoffe dont toute guerre est faite ; de môme des biens spirituels, sans parler des temporels qui provenaient de la confiscation des biens des hérétiques, furent proposés en gain aux dénonciateurs de tous actes ou paroles contre la foi ; et la délation eut promesses de récompenses d’ordre divin que les tyrans les plus inhumains n’auraient jamais rêvé qu’on pût faire servir de soutien à la tyrannie. Des peuples entiers et d’innombrables familles de juifs ou Maures convertis par la force traversèrent ensuite les âges, courbés sous la terreur qu’entretenaient le zèle d’inquisition soufflé dans toutes les âmes fidèles et les fréquents