DEUXIÈME HAUTIE DE L'APPENDICE
exemples des bûchers où montaient les relaps en présence de la foule et des rois.
Voilà les principes invariables du papisme, et qui ont leur application constante partout où la milice papale exerce librement sou métier des armes spirituelles. La croisade albigeoise a montré ces principes en toute leur force et pleine expansion. De cette guerre dont la mémoire souille le nom même de la guerre, est sorti le tribunal à proprement parler de l'Inquisition. Tous les caractères que je vous ai signalés de l’âge du monde succédant à l'empire romain, cl qui ont été en continuelle croissance jusqu’au temps de celte croisade et au delà, s’y trouvent réunis. Ce sont : la foi prétendue dont les décisions seules du prêtre arrêtent les points, et dont la contrainte est l’instrument sous la sanction des supplices; la torture employée à procurer les aveux de l’hérésie; la lecture des Écritures, défendue par ceux-là même qui les nomment Saintes, n’ayant aucuns titres dont ils puissent se prévaloir hormis en elles; toutes opinions ou pensées de raison et de bon sens pour explications des croyances, durement condamnées et proscrites; les seigneurs tant spirituels que temporels, et ceux-ci sous peine d’encourir eux-mêmes les traitements des hérétiques, obligés sous serment d’exercer une surveillance continuelle et rigoureuse et de prêter main-forte à l'Église; les villes rendues solidaires du crime de ceux de leurs citoyens qui vivraient ou penseraient d’autre manière^que le commun des papistes; les dénonciations obligatoires pour toutes personnes, et même des pères par leurs fds, qui, en ce cas, conservaient les biens et honneurs dont la condamnation de leurs parents les eût autrement fait déchoir; la milice spéciale de l’ordre de Dominique de Guzman appelée, sans préjudice de l’action de tant d'autres milices, à poursuivre avec des prérogatives sacrées l’œuvre complexe de la prédication et de la persécution; l'aveugle fanatisme des provinces poussées les unes contre les autres, animées à la destruction de celles d'entre elles où la vie s’est conservée intellectuelle et civile et les pensées plus libres; enfin le brigandage des seigneurs que précipitent dans les horreurs de la guerre de religion l’appel du pape, la passion de la rapine et celle de l’unité de la foi. Il n'v a pas jusqu’aux engage-
350 ICIinONlE.
menls qui peuvent être pris envers des hérétiques et que ics papes osent déclarer nuis; en sorte que la religion, dans ses procédés de conquête, tombe au-dessous même de la barbarie.
Des princes qui étaient ceux de leur temps qu’on soupçonnait au meilleur droit d’être des ennemis du sacerdoce, un Frédéric 1", un Frédéric 11, donnèrent leur sanction aux conciles où fut organisée cette universelle croisade. Je dis universelle, parce que la guerre des Albigeois n’est que le parfait exemplaire des entreprises que les prêtres conduisirent ou fomentèrent en tous lieux contre la liberté des âmes. Le tribunal de l'Inquisition en provint, duquel les attributs principaux sont l’institution d'uno juridiction spéciale, remplaçant celle des évêques pour les délits contre la foi, et l'établissement d'une procédure où sont réunies toutes les iniquités qui peuvent perdre, je ne dis point un innocent, mais celui-là même qui jamais ne songea à ce dont on l’accuse. Mais ce sont choses assez connues chez nous et que je ne vous rappellerai pas, si ce n’est par simple mention. Ce tribunal fut institué par le pape Innocent 111 dans le midi de la Gaule, rendu plus régulier par ses successeurs, et bientôt transporté en Italie, puis eu Espagne et en d'autres pays de l’ancien et du nouveau monde dont il décime encore les habitants, retranchant de génération en génération d’hommes tous ceux dont l’esprit se relève assez pour faire ombrage au papisme. En Espagne seulement, au dire des bien informés dont nous avons quelques-uns dans nos provinces, seize tribunaux de l’Inquisition, durant le dernier siècle, qui est 1e seizième, et durant les dix-huit dernières années du quinzième, qui sont celles où fut inquisiteur général le fameux Torquémada, auraient fait périr par le supplice du feu plus de vingt-cinq mille accusés. Plus de deux cent cinquante mille auraient été condamnés pendant ce même temps à la peine de l’infamie, à la prison perpétuelle et à la confiscation des biens; et en joignant à ces nombres ceux des personnes brûlées après leur mort, ou en effigie, après leur fuite, on trouverait le nombre approchant de deux cent mille familles détruites dans cet intervalle. Si l'on était curieux de connaître l’ensemble de la mutilation de ce royaume, il faudrait ajouter encore à ceci les huit cent mille juifs qui furent