‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 60 sur 80 · DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE DE L’APPENDICE

bannis de l’Espagne sous le règne de Ferdinand le Catholique ; les autres juifs très-nombreux, ou Maures, qui ayant été baptisés, mais vivant depuis lors en de perpétuelles alarmes à cause de l’Inquisition et des délations intéressées des familiers du Saint- Office, trouvèrent à vendre leurs biens malgré les défenses, et quittèrent le pays; et enfin le million de Mauresques, car ils ne furent pas moins, dont la multitude a été bannie tout d’une lois, avec d’infinies misères, il y a cinquante ans à peine, sous le roi Philippe 111. On achèverait de se former une idée de l'œuvre de l’Inquisition, en joignant à ce total celui des victimes de la première période de celle institution pendant les siècles xm”, xiv", xv”, en France, Italie, Espagne et Allemagne; et puis, pour la seconde période, des victimes de Mexico, Lima et Carthagène des Indes, et de Naples* Milan et des Flandres, toutes contrées soumises à la couronne d’Espagne, soit que les inquisiteurs aient pu s’y établir à demeure ou que des flots de sang aient coulé pour les y .installer. Mais ce qui ne saurait se compter et n’est point matière d’énumérations, ce sont tant de gémissements, de larmes, de sanglots, et d’imprécations et de prières, dans les cachots, dans les. familles, dans la misère et dans l’exil ; ce sont les tortures des innocents et la continuelle décimation des nations du sein desquelles on retranche tout ce qui ose penser, jusqu’à ce qu’elles deviennent, entre les mains de leurs conducteurs, des troupeaux sans force et sans vertu.

Vous n’ignorez pas, puisque c’est l’histoire du pays où votre aïeul fuyant l’Inquisition romaine a trouvé quelque peu plus de liberté, comment le papisme et la -couronne d’Espagne ont perdu ces Provinces-Unies, comme aujourd’hui nous les nommons, dans lesquelles ont été commises tant d’atrocités vainement pour les soumettre au régime de la pure unité de la foi. Je ne vous rappellerai donc pas le Conseil de sang, la guerre des Gueux, les deuils de vingt mille familles, et la fuite de tant de nos meilleurs citoyens obligés de chercher au loin des terres où il ne se forge point encore de chaînes pour les consciences. Vous connaissez aussi, de l'histoire du pays d’origine de notre famille, ces soixante années des travaux assassins des nobles papistes, des monarques et des

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parlements, pour l’unité de la foi, depuis les supplices d’Anne du Bourg et des autres luthériens ou calvinistes, sous les rois François I" et Henri II, jusqu'à l’édit de Nantes, à la veille de notre siècle; la condamnation à mort de tout un peuple, par arrêt du parlement d’Aix en Provence, et cette expédition militaire qui, par ordre du roi, détruisant vingt-quatre villes ou villages dans le comtat Yenaissin, livra au fanatisme des soldats et de la populace papiste, c’est-à-dire au massacre, au viol, à l’incendie, aux galères, à l’esclavage même des particuliers, les débris des persécutés d’innocent III et des papes ses successeurs : le très-peu qui s'en sauvèrent devant être exterminé quelques années après, avec d’autres des vallées du Piémont, par un gouverneur du Milanais, pour le service de la politique grandissante du roi Philippe II, et durant que le vice-roi de Naples en détruisait d’autres encore, avec leurs villes qui avaient pu subsister jusque-là dans les Calabres; puis cet abominable massacre des réformés, dans le temple de Vassy en France, qui fut le signal des guerres de religion, donné par l'ambition du duc François de Guise et la violence des .prédicateurs catholiques; puis cette trahison et ce massacre du jour de la Saint-Barthélemy, dont il n’est pas de nom capable de qualifier l’horreur en aucune langue des hommes; et puis ce temps dit de la Sainte-Ligue qui est celui, non de la folie d’un peuple seulement, mais des assassinats commandés par des princes, ou’ tramés au sortir du confessionnal et justifiés par l’Église; et puis enfin, et pour couronner le tout, l’apostasie du roi Henri, sa soumission si basse aux momeries à lui proscrites par les éternels persécuteurs et meurtriers de ses amis. Il est certain que ce roi voulut mal faire pour faire du bien, la reine Elisabeth lui en adit le mot, mais c’est un jeu dangereux, outre qu’il n’est pas permis. Il donna à ceux de la religion qu’il abjurait les libertés de l’édit de Nantes, il est vrai ; mais les libertés qu’un roi donne, un autre roi peut les ravir, tant que dure la même politique : la politique de l'unité, toujours bonne aux monarques, parce qu’elle est propre à leur faire de leurs sujets des esclaves; la politique qui ne peut guère manquer d’être celle d’un petit-fils d'Henri IV, aussitôt qu'il se sentira bien assuré sur son trône.

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